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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "West Side Story", le premier "musical" de Spielberg

Les critiques d’Hugues Dayez : "West Side Story", le premier "musical" de Spielberg

Soixante ans après le film de Robert Wise et de Jerome Robbins, récompensé par dix Oscars, Steven Spielberg revisite le grand classique de Broadway de Leonard Bernstein et Stephen Sondheim.

Un portrait de Stephen Sondheim par Patrick Leterme – Musiq3

West Side Story

L'affiche de West Side Story, version Maria (Rachel Zegler)

Rafraichissons-nous d’abord la mémoire : "West Side Story, c’est "Roméo et Juliette" transposé à la fin des années 1950 dans un quartier alors pauvre de Manhattan (Là où s’érige désormais le très huppé Lincoln Center). Deux bandes rivales, les "Jets" – Américains d’origine immigrée, mais européenne – et les "Sharks" – communauté portoricaine – se disputent l’hégémonie de ces quelques rues. Lors d’une soirée, Maria, jeune et jolie Portoricaine, et Tony, membre des "Jets" tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Cette idylle interdite va déclencher la colère du frère de Maria, et mettre le feu aux poudres…

Steven Spielberg, qui a grandi avec le film de Wise, conserve naturellement la partition de Bernstein et les textes des chansons de Sondheim, car "Maria, "Tonight" ou encore "America" sont devenus des classiques intouchables du patrimoine américain. Par contre, son scénariste Tony Kushner (le dramaturge rendu célèbre par "Angels in America") a complètement retravaillé les scènes dialoguées (initialement écrites par Ernest Lehman et Arthur Laurents) et a accentué la dimension politique raciale de "West Side Story", en restituant des détails historiques sur la destruction des quartiers concernés, Lincoln Square et San Juan Hill.

Dans la foulée, Spielberg a tiré le film vers le réalisme, en optant pour un tournage en extérieur, dans des authentiques rues new-yorkaises et en choisissant un casting 100% latino pour les membres des "Sharks". Ainsi, Rachel Zegler, une nouvelle venue d’origine colombienne reprend le rôle de Maria – initialement tenu par la très Américaine Natalie Wood…

Visuellement, certaines scènes jouissent d’une mise en scène virtuose. Mais le mariage entre l’atmosphère réaliste et authentique des scènes dialoguées (on se croirait presque chez Scorsese) avec le lyrisme des chansons est bancal. Sans doute parce qu’un "musical", genre qui a ses codes et ses lois, préfère la stylisation d’un Robert Wise ou d’un Vincente Minnelli, plutôt que de se frotter à l’épreuve du réalisme. Dans la version de Spielberg, on se demande presque pourquoi tous les protagonistes, qui sont à couteaux tirés dans une ambiance électrique, se mettent à chanter – convention qui ne choquait absolument pas dans le film de 1961.

En résulte un film parfois brillant, mais souvent hybride. A 74 ans, Spielberg a voulu rendre hommage à un film qui a bercé son adolescence, mais cet hommage, certes sincère et techniquement irréprochable, n’était pas vraiment indispensable.

 

Steven Spielberg's "West Side Story" | Official Teaser | 20th Century Studios

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Olga

En 2013, Olga, jeune gymnaste ukrainienne, se voit contrainte de fuir son pays. Sa mère, journaliste opposante au régime, reçoit des menaces de mort, et le domicile familial n’est plus un refuge sûr. Née d’un père suisse qu’elle n’a jamais connu, Olga part dès lors rejoindre la Fédération Helvétique de Gymnastique, pour y préparer les championnats d’Europe et les prochains Jeux Olympiques. Mais pendant son entraînement, éclate la révolution de Maïdan contre le président Ianoukovytch et les émeutes à Kiev sur la place de l’Indépendance. L’adolescente assiste, impuissante et par écran interposé, aux troubles qui agitent son pays. Elle est tiraillée par un douloureux dilemme : rester en Suisse ou partir en Ukraine ? Penser prioritairement à sa carrière sportive ou rester solidaire de sa mère patrie ?

Avec "Olga", le réalisateur Elie Grappe signe, à travers le portrait de cette jeune athlète – incarnée par une vraie gymnaste, Nastya Budiashkina -, un film original et prenant, traversé par une vraie tension dramatique. Une réussite.

L'affiche d' "Olga"

OLGA

Le 8/12 en salles

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New Order

L'affiche originale de "New Order"

Dans une belle propriété à Mexico, deux riches familles célèbrent un mariage. Le champagne coule à flots, jusqu’au moment où des insurgés s’immiscent dans la fête, tirent tous azimuts sur les invités et en enlèvent plusieurs. Assez rapidement, cette révolte née des classes populaires va être relayée et jugulée par l’armée ; une violence va chasser l’autre…

Dans cette fable politique brute et réaliste, le cinéaste Michel Franco montre à quelles extrémités pourrait conduire dans un avenir très proche le fossé de plus en plus révoltant qui se creuse entre les riches et les pauvres au Mexique. Le film est dur, frontal, nerveux, et fait solidement réfléchir.

NEW ORDER Trailer (2021) Drama Movie

La bande-annonce

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Animal

En 2015, avec la complicité de Mélanie Laurent, le réalisateur Cyril Dion signait "Demain", un documentaire très fouillé sur des initiatives originales pour contrecarrer les dérives du capitalisme et du consumérisme galopants… Le film a remporté un énorme succès, bien mérité.

Aujourd’hui, il revient avec une autre enquête, qui démarre sur un constat alarmant : en un demi-siècle, la moitié des espèces animales ont disparu de la surface du globe. Dion dresse le profil de deux adolescents activistes, le français Vipulan et la britannique Bella, pour ensuite les emmener autour du monde rencontrer "en vrai" ce pour quoi ils combattent : la survie des différentes espèces sur une planète menacée par le changement climatique. Bella et Vipulan vont alors rencontrer des scientifiques, des éleveurs, des apiculteurs, des amoureux de la nature…

Cyril Dion réussit un film à la fois instructif et passionnant, non dénué d’humour et d’émotion, jamais pédant ni donneur de leçon, avec une vraie fluidité de narration. "Animal" est un film totalement indispensable pour saisir, avec plus d’acuité encore, les enjeux de notre époque.

 

L'affiche du film "Animal"

ANIMAL (Documentaire, 2021) Cyril Dion

La bande-annonce

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