Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Les volets verts", Simenon trahi (une fois de plus)

Les volets verts, avec Gérard Depardieu

© DR

Georges Simenon, en plus d’être un des romanciers majeurs du XXe siècle, reste un des auteurs les plus adaptés au cinéma. Nouvelle tentative : Jean Becker porte à l’écran "Les volets verts", avec Gérard Depardieu.

Les volets verts

Les volets verts, l'affiche

Jules Maugin est ce qu’il est convenu d’appeler un "monstre sacré". Chaque soir, il remporte un triomphe au théâtre, tandis qu’en journée il enchaîne les tournages. Il ne vit que par et pour son métier. Sa vie privée est un naufrage : encore amoureux de son ex, Jeanne, il souffre d’encore partager la scène avec elle. Maugin est sexagénaire, mais son médecin est formel, il a le cœur d’un homme de 75 ans. Alors l’immense acteur, le roi de Paris, noie son mal-être dans l’alcool et les coups de sang…

Dans sa préface à ce roman publié en 1951, Simenon se défendait d’avoir fait le portrait de Raimu ou de Michel Simon. Précaution prudente, tant son livre est d’une noirceur terrifiante ; c’est le portrait impressionniste d’un artiste célèbre et adulé mais qui, in fine, reste son pire ennemi.

A voir ce qu’en fait Jean Becker, sur base d’un scénario – le dernier – de feu Jean-Loup Dabadie (scénariste de Sautet et d’Yves Robert), on s’interroge : pourquoi s’emparer d’un grand roman si c’est pour le dénaturer à ce point ? Simenon est le romancier de l’angoisse existentielle. Jean Becker est le réalisateur des divertissements consensuels (si ce n’est "L’été meurtrier", qui doit énormément au romancier Sébastien Japrisot). Le génie de Simenon, c’est de savoir foutre le cafard et secouer les certitudes. Le truc de Becker (89 ans au compteur, quand même), c’est de se réfugier dans le pittoresque et l’anecdotique pour rassurer le bourgeois.

Son film est un gâchis, car Depardieu, dernier monstre sacré du cinéma français, aurait pu composer un Maugin bouleversant. Il n’en est rien : au lieu d’être un monument solitaire, son personnage est presque noyé au milieu de seconds rôles inventés par Becker et Dabadie : Jeanne (Fanny Ardant), réduite à une caricature, Félix (Benoît Poelvoorde), acteur moins doué mais ami fidèle, Narcisse (Fred Testot), son chauffeur… Le roman de Simenon avait l’intelligence de ne pas quitter Maugin d’une semelle. Becker n’a pas cette clairvoyance, c’est un faiseur qui veut plaire au public, et c’est désolant.

LES VOLETS VERTS

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Rumba la vie

L'affiche de "Rumba la vie"

Tony, la cinquantaine bien entamée, est un chauffeur de bus scolaire. Jeune, il rêvait d’Amérique, et il a quitté sa femme et sa fille en bas âge. Aujourd’hui, c’est l’heure des bilans : fumeur invétéré, Tony a une santé fragile, et secoué par un malaise cardiaque, il a envie de mettre de l’ordre dans sa vie. Il retrouve la trace de sa fille, devenue professeur de danse à Paris. Comment rétablir le contact avec elle ? En s’inscrivant à ses cours… Et voilà Tony, homme pudique et renfermé, qui s’inscrit à des cours de samba.

En 2018, Franck Dubosc surprenait tout le monde en réalisant "Tout le monde debout", une comédie sensible sur le handicap. Il récidive avec "Rumba la vie" (titre hélas digne des pires navets de Claude Lelouch) où il se donne un rôle de loser pour explorer des rapports complexes père/fille. Il bénéficie de quelques complicités étonnantes au casting : Jean-Pierre Darroussin dans le rôle de son vieux pote, et le romancier Michel Houellebecq (!!!) dans celui de son médecin traitant. Même si ce deuxième film reste assez convenu, il confirme que le Dubosc se complaisant à incarner les séducteurs à deux balles comme dans "Camping", c’est bien fini. Et ça, c’est une bonne nouvelle.

 

Rumba la Vie

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La dérive des continents (au sud)

La dérive des continents (au sud)

Nathalie (Isabelle Carré), haut fonctionnaire à l’Union Européennne, a une mission délicate : organiser la visite d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel d’un camp de réfugiés en Sicile. Mais au beau milieu des préparatifs, Albert, le fils de Nathalie, vient jouer le trouble-fête : militant dans une ONG, il entend bien dénoncer ce grand rendez-vous politico-symbolique.

Réaliser une comédie aigre-douce sur les errements de la stratégie européenne était une bonne idée. Mais le réalisateur Lionel Baier ne sait manifestement pas comment la développer, et son scénario flotte, les comédiens sont à la dérive, et le naufrage guette… Incisif, "La dérive des continents" ? Non, insipide.

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