Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "La nuit du 12", récit bouleversant d’une enquête inaboutie

Bouli Lanners dans l’un de ses meilleurs rôles

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31 août 2022 à 06:30 - mise à jour 31 août 2022 à 06:57Temps de lecture3 min
Par Hugues Dayez

Révélé par le formidable "Harry, un ami qui vous veut du bien", le cinéaste franco-allemand Dominik Moll a fait sensation à Cannes avec "La nuit du 12", présenté hors compétition. Au générique, on y retrouve Bouli Lanners, sans doute dans un de ses meilleurs rôles.

La nuit du 12

L'affiche de "La nuit du 12"

Dans une petite ville de la vallée de la Maurienne, au pied des Alpes, une jeune fille est retrouvée morte après avoir été brûlée vive. La police est sur les dents, mais malgré tous ses efforts, en dépit d’interrogatoires en cascade, c’est l’impasse pour Yohan (Bastien Bouillon, une révélation) et son adjoint Marceau (Bouli Lanners, bouleversant). Ce dernier, en pleine tourmente dans sa vie privée, est encore plus secoué par ce féminicide, et l’équilibre entre boulot et vie de couple est de plus en plus fragile…

Librement inspiré d’une enquête de Pauline Guéna, "Une nuit à la PJ", "La nuit du 12" est la chronique d’une investigation qui tourne court et qui va hanter ceux qui la mènent. Epaulé par son coscénariste Gilles Marchand (auteur, entre autres, d’un remarquable documentaire sur l’affaire Grégory sur Netflix), Dominik Moll livre ici une fresque quasi existentielle sur l’obsession qui naît d’une enquête irrésolue.

Dès le début du film, il annonce la couleur, évacue tout suspense d’un polar classique, et dresse un portrait réaliste, terriblement interpellant, de la détresse d’un enquêteur. Ce film d’une grande maîtrise aurait mérité une place en compétition à Cannes, bien plus que le piteux " Frère et sœur " d’Arnaud Desplechin, par exemple… Mais ce n’est pas grave : la critique, unanimement dithyrambique, a déjà fait de "La nuit du 12" un des films français de l’année.

 

LA NUIT DU 12

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La dégustation

L'affiche de "La dégustation"

A Troyes, Jacques (Bernard Campan), caviste divorcé, soigne sa déprime en buvant lui-même les grands crus qu’il est censé faire goûter à ses clients. Victime d’un malaise, il consulte son médecin qui lui conseille de se convertir à l’eau claire… Un vrai supplice pour Jacques lorsqu’il voit débouler dans son magasin Hortense (Isabelle Carré), sage-femme célibataire, désireuse de s’inscrire à des séances de dégustation.

"La dégustation", c’est une énième variation autour d’un thème éculé, la rencontre de deux êtres solitaires. Yvan Calbérac, dramaturge à qui l’on doit déjà "L’étudiante et Mr Henri" et "Venise n’est pas en Italie", a remporté le Molière de la meilleure comédie en 2019 avec ce face-à-face, déjà joué sur les planches à Paris par le même duo.

Paresseusement, Calbérac adapte et filme lui-même sa pièce ; c’est une formule artistiquement sans aucun intérêt – il n’y a pas le moindre moment de cinéma dans "La dégustation" – mais commercialement lucrative. Tant mieux pour lui, tant pis pour nous.

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Avec amour et acharnement

L'affiche de "Avec amour et acharnement"

A Paris, pendant le confinement, Sarah et Jean essayent de maintenir la flamme de leur amour. Jean, coach sportif qui a fait de la prison pour une histoire de magouille, a l’espoir de retrouver du travail avec son ancien associé, François. Mais ces retrouvailles inquiètent Sarah : jadis, elle a quitté François pour vivre avec Jean. Et les souvenirs de cette passion se réveillent en elle…

"Avec amour et acharnement" marque le premier rendez-vous à l’écran entre Juliette Binoche et Vincent Lindon. Et c’est un rendez-vous manqué : les deux acteurs semblent ne pas jouer la même partition. Binoche, fiévreuse et extatique, impose une image de "mater dolorosa" caricaturale. Lindon ne cesse de chercher ses marques dans un rôle mal dessiné.

Ce naufrage a deux auteurs : Claire Denis, cinéaste adulée par un cénacle parisien, et Christine Angot, romancière terriblement surcotée. Les deux auteures font ici preuve de leur totale incompétence : "Avec amour et acharnement" est un long fleuve d’un mortel ennui, un film d’une artificialité et d’une prétention insupportables.

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