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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "La main de Dieu", le film le plus personnel de Paolo Sorrentino

Les critiques d’Hugues Dayez : "La main de Dieu", le film le plus personnel de Paolo Sorrentino
01 déc. 2021 à 08:03 - mise à jour 14 déc. 2021 à 10:464 min
Par Hugues Dayez

Lauréat de l’Oscar du meilleur film étranger en 2014 avec "La grande bellezza", qui lui a valu une gloire internationale, le cinéaste italien Paolo Sorrentino a remporté le Grand Prix du Jury à la dernière Mostra de Venise avec "E stata la mano di Dio".

La main de Dieu (E stata la mano di Dio)

Paolo Sorrentino a remporté le Grand Prix du Jury à la dernière Mostra de Venise avec "La Main de Dieu"

"La main de Dieu" dont il est question dans le titre, c’est le célèbre but de Diego Maradona marqué avec le poing lors de la coupe du monde de football de 1986. Sorrentino, d’origine napolitaine, raconte la vie d’une famille dysfonctionnelle fascinée par le footballeur argentin lorsqu’il rejoint un club de Naples à l’époque. On connaissait les mises en scènes parfois tape-à-l’œil de Sorrentino (son portrait de Berlusconi, "Loro" sonnait d’ailleurs tristement creux) mais cette fois-ci, son style sophistiqué et visuellement inventif se met au service d’une chronique familiale chargée d’émotion. Le vulgaire côtoie en permanence le sublime dans le Naples filmé par Sorrentino, et ce mélange fait du film une réussite.

"E stata la mano di Dio" sort en salles ce mercredi, et sera disponible dans quinze jours sur Netflix. Pourquoi Sorrentino a-t-il été se faire produire par ce géant du streaming ? Sans doute pour les mêmes raisons que Jane Campion (Également couronnée à Venise avec son " Power of the dog ") : pour disposer d’un budget confortable et d’une grande liberté artistique. Car ce nouveau film, " La main de Dieu " est sans doute son projet le plus personnel et le moins commercial de sa carrière : pas de star au générique, et un patchwork de souvenirs de jeunesse – exactement comme "Roma" d’Alfonso Cuaron, production Netflix qui décrochait ici même le Lion d’Or il y a trois ans…

La Main de Dieu (Paolo Sorrentino)

la bande-annonce

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Madres paralelas

Autre grand cinéaste présent à la Mostra cette année : Pedro Almodovar. Son nouveau film "Madres paralelas" a été projeté au gala d’ouverture et a permis à Penélope Cruz de remporter la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine.

De quelles mères s’agit-il ? Ce sont deux femmes de génération différente. L’une, Janis (Cruz), va avoir quarante ans, l’autre, Ana (Milena Smit, jeune espoir du cinéma espagnol), sort à peine de l’adolescence. Elles se retrouvent côte à côte dans le même hôpital pour accoucher, et vont rapidement sympathiser parce qu’elles sont, toutes les deux, des futures mères célibataires. Janis a carrément grandi dans un monde sans hommes, car son arrière-grand-père et son grand-père ont été assassinés par les fascistes pendant la Guerre d’Espagne. Passé l’émerveillement, vient le doute pour cette maman quadragénaire : en observant son bébé grandir, elle a l’impression qu’un sang étranger coule dans ses veines…

Avec ce "Madres Paralelas", Pedro Almodovar renoue avec son genre de prédilection : le mélodrame au féminin. Mais c’est la première fois qu’il utilise ce genre pour aussi aborder frontalement les plaies mal cicatrisées de son pays, l’Espagne, et les fantômes du franquisme. C’est donc à la fois un drame sentimental et un film politique, une manière pour la cinéaste de continuer à explorer ses obsessions tout en essayant de se renouveler. Sans atteindre la force de "Tout sur ma mère" ou de "Parle avec elle", "Madres Paralelas" fait partie des films aboutis du cinéaste, même si, à 70 ans passés, il ne surprend évidemment plus beaucoup…

L'affiche de "Madres Paralelas"

MADRES PARALELAS de Pedro Almodóvar

Teaser Trailer

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Les choses humaines

"Les choses humaines"

Coïncidence des sorties : un troisième film remarqué à la Mostra sort ce mercredi. Présenté hors compétition, "Les choses humaines" est le 7e long-métrage réalisé par l’acteur Yvan Attal, et c’est l’adaptation d’un roman très célébré de Karine Tuil (récompensé par le Prix Interallié et le Goncourt des Lycéens).

Au cœur du roman – et du film -, il y a Alexandre, garçon bien né : son père est journaliste star à la télévision, sa mère est une essayiste féministe en vue. Etudiant à la prestigieuse université de Stanford, Alexandre rentre brièvement à Paris et va dîner chez sa mère, qui a emménagé avec son nouveau compagnon et Mila, la fille de celui-ci. A la fin du repas, le jeune homme part rejoindre une soirée organisée par des copains de son ancien collège, et on lui propose d’emmener Mila avec lui… Le lendemain, ayant dormi au domicile de son père, Alexandre est réveillé et emmené par la police judiciaire pour être mis en examen : Mila l’accuse de l’avoir violée à la soirée.

Dans son adaptation, Attal respecte la construction subtile et délibérément ambiguë du roman, qui développe les points de vue des deux protagonistes de l’affaire, jusqu’à leur confrontation au procès, forcément très médiatisé vu le pedigree de l’accusé. Si "Les choses humaines" dépasse le compte rendu de fait divers, c’est parce que Tuil en dit long sur les mœurs de notre époque, et sur la différence de perception de la sexualité : pour Alexandre, "gosse de riches", beaucoup de filles sont forcément consentantes, tandis que pour Mila, d’un milieu plus modeste, il y a beaucoup d’interdits liés à l’éducation de sa mère, juive orthodoxe très stricte. A partir de ce roman très riche, Attal réussit un film solide, qui fait salutairement réfléchir.

LES CHOSES HUMAINES de Yvan Attal

La bande-annonce

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La pièce rapportée

Paul (Philippe Katerine), vieux garçon de très bonne famille, a le coup de foudre pour Ava (Anaïs Demoustier), une jeune guichetière du métro parisien. Très vite, ils ont le projet de se marier, mais cette mésalliance déplaît souverainement à la mère de Paul, Adélaïde Château-Têtard (Josiane Balasko), grande bourgeoise snob clouée dans un fauteuil roulant depuis un accident de chasse. Entre la "reine mère" et la belle-fille, commence un jeu du chat et de la souris…

Le réalisateur Antonin Peretjatko a imposé son style de comédie avec "La fille du 14 juillet" : délibérément loufoque, très éloigné du réalisme. Un style forcément "clivant" : les esprits cartésiens trouveront son nouveau film débile, les autres entreront dans cet univers dont la fantaisie atteint, par moments, une certaine poésie – je fais partie de ces autres.

Katerine, dans ce rôle de fils bien né mais très empoté, trouve un emploi très proche de son propre humour, et Josiane Balasko s’en donne à cœur joie en mère autoritaire, tyran domestique qui dispose d’un ascenseur personnel baptisé "le Pinochet " (une des trouvailles les plus drôles du film). Malgré des petites longueurs, "La pièce rapportée " offre une alternative rafraîchissante dans le monde de la comédie française si souvent envahi par des navets vulgaires et populistes (cf. "Les Bodin en Thaïlande", qui triomphe au box-office hexagonal).

L'affiche de "La pièce rapportée"

LA PIÈCE RAPPORTÉE Bande Annonce (2021)

La bande-annonce

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La séquence JT

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