Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Downton Abbey, a new era", un nouveau souffle pour la célèbre saga

« Downton Abbey, a new era » : un nouveau souffle pour la célèbre saga

Née il y a douze ans sur les écrans de télévision anglais, "Downton Abbey" a conquis le monde entier, récolté des brouettes de récompenses et est devenu d’ores et déjà un classique. Après 52 épisodes et un premier film au cinéma il y a trois ans, toute l’équipe originelle est réunie pour un deuxième long-métrage.

Dowton Abbey

L'affiche de "Downton Abbey"

1928. C’est le branle-bas de combat à Downton Abbey : la toiture du château fuit de partout, et ses habitants n’ont pas le budget pour la rénover. C’est alors qu’un producteur de cinéma vient proposer à la famille Crawley de pouvoir investir les lieux comme décor pour son prochain long-métrage. D’abord réticente, Lady Mary, devant le montant du chèque proposé par le cinéaste, va accepter qu’une équipe de tournage débarque à Downton. Au même moment, Lady Violet (Maggie Smith, l’icône de la série) apprend par son notaire qu’elle hérite d’une somptueuse villa à la Côte d’Azur. Incapable de faire le voyage, elle délègue son fils Robert sur la "french riviera" pour rencontrer la famille de son généreux donateur…

Après un premier film plaisant mais un tantinet anecdotique, le créateur – et unique scénariste ! – de la série Julian Fellowes retrouve sa plume des grands jours pour créer de nouveaux enjeux dans sa célèbre saga. Son idée d’un tournage d’un film muet dans les salons de Downton est excellente car elle permet de rappeler combien, à l’époque, le cinéma n’était pas encore le 7e art mais un loisir populaire : alors que les acteurs sont attendus comme le messie par les domestiques du domaine, ils sont perçus comme des vulgaires saltimbanques par les aristocrates. Ce contraste permet quelques scènes savoureuses et très bien documentées. L’intrigue parallèle dans le sud de la France est peut-être un peu moins riche, mais elle permet d’entretenir un suspense non négligeable dans la trame globale du récit.

Le fait que ce film ait réussi à se faire en pleine crise du Covid tient du miracle : aucun acteur essentiel de l’univers de "Downton Abbey" ne manque à l’appel, et le cocktail entre humour et émotion est, une fois de plus, au rendez-vous.

Downton Abbey II : Une Nouvelle Ère

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Arthur Rambo

L'affiche d'"Arthur Rambo".

Karim D., jeune issu des banlieues, a le vent en poupe ; son premier roman qui parle de sa mère est porté aux nues par l’intelligentsia parisienne. Alors que son éditeur est en train de lui concocter une campagne de presse monumentale, le passé de Karim refait surface ; des anciens tweets haineux et homophobes signés de son pseudonyme Arthur Rambo sont exhumés sur les réseaux sociaux. Le jeune homme se défend mais mal, plaide l’humour provocateur mal compris. Rien n’y fait : sa chute sera aussi brutale que son ascension.

Laurent Cantet (Palme d’Or en 2008 pour "Entre les murs") s’est inspiré librement de l’affaire Mehdi Meklat comme point de départ pour "Arthur Rambo". Le problème de son film, c’est que cet excellent point de départ… ne débouche sur rien, ou pas grand-chose : une fois Karim D. démasqué (après le premier quart d’heure du film), Cantet filme son lâchage par ses copains et sa famille. Il a un personnage, une thématique, mais pas d’intrigue. Un acte 1, mais pas d’acte 2. Il filme avec détachement – ni empathie, ni ironie – Karim empêtré dans ses contradictions. Simenon disait, en parlant de ses personnages : "Comprendre, mais ne pas juger". Cantet évite de juger, mais il ne donne pas à comprendre : les motivations de Karim resteront opaques. Ce faisant, le réalisateur passe à côté de son sujet. Frustrant.

Loading...

Ténor

L'affiche de "Ténor"

Antoine, jeune issu des banlieues (encore !), fait sans conviction des études de comptabilité, poussé par son grand frère. Comme job, il livre des sushis. Un jour, une commande le mène à l’Opéra Garnier, où il tombe en plein cours de chant. Mal accueilli par un des élèves, Antoine réplique… en chantant. Sa voix séduit le professeur du cours, Mme Loyseau, qui va remuer ciel et terre pour faire éclore sa vocation, alors qu’Antoine, plus versé dans le rap que le chant lyrique, doute de lui…

"Ténor" reprend un synopsis usé jusqu’à la corde : la rencontre improbable entre un jeune beur des cités et un vieux bourgeois parisien qui va le pousser à l’excellence et lui faire découvrir un monde a priori inaccessible pour lui. Au casting, le jeune est joué par un "espoir du cinéma français" et le vieux par une vedette qui rassure les investisseurs et les télévisions coproductrices. En vrac, ça donne "Le Brio" avec Camelia Jordana et Daniel Auteuil, "Haute couture" avec Lina Khoudri et Nathalie Baye, et maintenant "Ténor" avec le rappeur MB14 et Michèle Laroque. Si les deux premiers films tenaient la route grâce à des duos bien choisis, "Ténor" est bancal de bout en bout, accumule les invraisemblances et les poncifs. C’est signé Claude Zidi Junior, mais le fils du réalisateur des films des Charlots et des "Ripoux" montre que le sens de la comédie n’est pas forcément héréditaire.

Loading...

Ma mère est un gorille (et alors ?)

L'affiche de "Ma mère est un gorille"

Dans un orphelinat menacé de fermeture par un maire corrompu, la petite Jonna rêve d’être un jour adoptée. Une candidate se présente, et pas n’importe qui : un gorille femelle qui tient une brocante dans la banlieue… Passé ses premières appréhensions, Jonna découvre la gentillesse de sa mère adoptive. Mais comment affronter les commérages et le regard des autres quand on est élevée par un gorille ?

L’argument de cet étonnant film d’animation scandinave vient d’un livre publié en 2005 par la romancière suédoise Frida Nilsson, devenue depuis une référence de la littérature jeunesse dans les pays nordiques. Adapté avec un graphisme simple et sans fioriture, ce film d’animation destiné aux enfants (grosso modo à partir de 7 ans) est une fable assez subtile sur l’art d’accepter les différences. Sans l’air d’y toucher, l’auteur aborde plusieurs thèmes complexes, sans misérabilisme ni sensiblerie. Et le doublage réalisé par des comédiens belges (Manuella Servais, Michel Hinderyckx…) fait partie des atouts du film.

Loading...

Articles recommandés pour vous