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Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez avec "Les Intranquilles", photographie d’un couple en crise

L’affiche du film "Les Intranquilles"
06 oct. 2021 à 06:32 - mise à jour 06 oct. 2021 à 06:42Temps de lecture3 min
Par Hugues Dayez

Le neuvième long-métrage de Joachim Lafosse a eu les honneurs de la compétition en sélection officielle au dernier Festival de Cannes, mais il est reparti bredouille… Ce qui n’est pas tout à fait mérité.

Les Intranquilles

D’emblée, dans ce nouveau film, on fait la connaissance d’un couple, Leila et Damien, parents d’un petit garçon. Damien est artiste peintre, il prépare une exposition, il déborde de créativité. Il déborde tout court : il est bipolaire, et refuse de prendre ses médicaments, il a peur de devenir amorphe et de perdre toute énergie. Sa femme, Leila, est découragée, épuisée de gérer ses délires… L’amour peut-il surmonter une telle épreuve ?

Joachim Lafosse n’en fait pas mystère ; il s’inspire souvent de son vécu pour trouver les points de départ de ses meilleurs films. A voir "Les Intranquilles", qui se rapproche un peu de "L’économie du couple", on se rend compte que l’auteur bruxellois est, définitivement, un cinéaste de l’intime. Filmer au plus près les émotions au cœur d’une histoire familiale, traquer les visages, les mots des acteurs, voilà son obsession. Autant dire que Lafosse est terriblement tributaire du talent et de la générosité de ses comédiens. Et avec "Les Intranquilles", on peut dire qu’il a eu la main heureuse : Leila Bekhti et Damien Bonnard se sont donnés sans compter dans ce tournage, et donnent chair à leurs personnages. (On aurait volontiers imaginé Behkti lauréate d’un prix d’interprétation à Cannes, hélas, les organisateurs ont commis la bévue d’inviter son compagnon Tahar Rahim à rejoindre le jury… Difficile de voter en toute indépendance pour sa femme !)

lire aussi : Joachim Lafosse à Cannes

Grâce au tandem Bekhti/Bonnard, "Les Intranquilles" est une photographie, juste et touchante, d’un couple en crise. Avec les vertus et les limites d’une photographie : le handicap de la bipolarité, avec ses hauts et ses bas, nourrit un récit cyclique, sans véritable progression dramatique. Le film cherche sa fin, et ne la trouve pas vraiment, se réfugiant dans une "fin ouverte" insatisfaisante. Mais il impose les présences de Damien et Leila.

LES INTRANQUILLES (Drame, 2021) de Joachim Lafosse

la bande-annonce

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Cigare au miel

L'affiche de "Cigare au miel"

Paris, début des années 90. Selma, 17 ans, vit avec ses parents algériens dans un bel appartement à Neuilly. Elle vient d’entrer dans une haute école de commerce, et ne tarde pas à découvrir les plaisirs du flirt et le jeu de la séduction. Mais elle doit tout cacher à ses parents qui, malgré leurs discours empreints de modernité, essaient d’inviter chez eux des jeunes Algériens de bonne famille… Selma découvre que la menace d’un mariage arrangé est bien réelle. Tandis que dans son pays d’origine, la montée en puissance des Islamistes se précise.

Zoé Adjani (la nièce d’Isabelle) trouve un premier rôle complexe dans "Cigare au miel", et relève bien le défi. Mais la réalisatrice Kamir Aïnouz délaisse curieusement son héroïne pour s’intéresser, abruptement, au personnage de sa mère dans la seconde partie de son film. La construction maladroite de son scénario s’explique sans doute par son désir d’aborder une foultitude de thèmes (la force du patriarcat, le pouvoir de la tradition, la montée des extrémismes) au lieu de se concentrer exclusivement sur le portrait de Selma, écartelée entre deux cultures, entre les tentations parisiennes et ses racines algériennes. A cause de cette maladresse d’écriture et de certaines scènes trop démonstratives, "Cigare au miel" déçoit.

CIGARE AU MIEL

Sortie en salles le 6/10/2021

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Tralala

L'affiche de "Tralala"

"Tralala" (Matthieu Amalric) est un chanteur de rues. A la suite d’une rencontre avec une mystérieuse jeune fille, il prend le train pour Lourdes où, de pérégrinations en pérégrinations, il va être recueilli par une famille qui veut croire au retour du fils prodigue : il prend donc l’identité de Pat, musicien doué qui a claqué la porte vingt ans plus tôt. Il découvre des femmes qui l’ont aimé, qu’il est censé avoir aimé, et va de surprise en surprise… Et de chanson en chanson.

Les frères Arnaud et Jean-Marie Larrieu signent avec " Tralala " une comédie musicale "à la française", autrement dit, qui lorgne plus vers la charmante fragilité de Jacques Demy que vers le professionnalisme étincelant de Gene Kelly. Les chansons du personnage de Tralala, interprétées par Amalric, sont de Philippe Katerine, d’autres de Bertrand Belin, d’autres encore d’Etienne Daho ou de Dominique A. Le casting, qui comprend Josiane Balasko, Mélanie Thierry ou encore Maïwenn, chante sans effet ni puissance, comme on fredonnerait une chansonnette. Parfois drôle et surprenant, " Tralala " souffre néanmoins d’une absence totale de rythme, se réfugiant dans une nonchalance qui, au bout de deux heures, finit par lasser le spectateur.

 

TRALALA (2021) Comédie Musicale

La bande-annonce

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