Critiques d'Hugues Dayez

Les critiques d’Hugues Dayez : "Aline", le délire de Valérie Lemercier

"Aline", le faux biopic de Céline Dion par Valérie Lemercier

© Jean-Marie Leroy / Rectangle Productions – Gaumont – TF1 Films Production – De L’huile – Productions Caramel Films Inc. – PCF Aline Le Film Inc. – Belga Productions

Cela fait plus d’un an que le film dort sur les étagères à cause du Covid : "Aline", le faux biopic de Céline Dion par Valérie Lemercier sort enfin sur les écrans mercredi.

L'affiche du film "Aline"

"Aline", c’est l’histoire d’Aline Dieu, petite fille à la voix d’or née dans une modeste famille nombreuse au Québec, repérée à l’adolescence par un imprésario, Guy-Claude qui va devenir son Pygmalion… et l’amour de sa vie.

"Toute ressemblance avec des personnes existantes" n’est absolument pas fortuite. Sans restituer tous les détails de la vie et de la carrière de Céline Dion, Valérie Lemercier en suit malgré tout les grandes lignes, avec fidélité, voire dévotion. La vue de ce curieux projet laisse perplexe. A qui s’adresse précisément "Aline" ? Les fans irréductibles de Céline Dion risquent d’être désarçonnés par les libertés que prend l’actrice française avec la "vraie vie de leur idole", et de voir Valérie Lemercier, 57 ans, incarner Céline dès son plus jeune âge grâce à des trucages numériques… Bizarre, vous avez dit bizarre ?
Quant aux admirateurs de l’humoriste Lemercier, autrice de one-woman-show savoureux, ils rechercheraient en vain la moindre once d’humour au second degré dans "Aline", qui ne brocarde jamais les excès kitsch et l’univers rose bonbon de Céline.

En définitive, "Aline" semble surtout là pour faire plaisir à Valérie Lemercier, qui assouvit le fantasme de danser et de chanter à la manière de son idole. On espère pour elle que son plaisir fut intense, car pour le spectateur, c’est plutôt l’embarras qui domine.

Aline

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Cry Macho

L'affiche de "Cry Macho"

Mike Milo, vieux cow-boy texan, gloire déchue du rodéo, est mandaté par son ancien patron pour franchir la frontière pour y retrouver Rafa, le fils que ce dernier a eu, treize ans auparavant, avec une Mexicaine. L’adolescent, laissé pour compte par sa mère, est devenu un petit voyou qui s’adonne aux combats de coq clandestins avec son volatile baptisé Macho. Mike retrouve Rafa, et commence pour le vétéran et le novice un long voyage pour revenir au Texas…

A 91 ans, Clint Eastwood a décidé de reprendre du service devant la caméra pour incarner Mike. Même si retrouver la dégaine du grand Clint est toujours un plaisir, il faut bien avouer que ce "Cry Macho" ressemble furieusement au "film de trop" de la part du réalisateur de "Gran Torino" (où il tint son dernier grand rôle à l’écran). Pourquoi ? Parce que le scénario de ce "road movie" paresseux est cousu du fil blanc, parce qu’Eduardo Minett (Rafa) déclame ses répliques comme à un mauvais cours de comédie, et parce que le scénario regorge d’invraisemblances (voir Clint décrocher un coup de poing fatal à un vigoureux gangster mexicain frise le ridicule). Vous voulez continuer à être fan d’Eastwood ? Épargnez-vous la vision de "Cry Macho".

Tre Piani

L'affiche de "Tre Piani" de Nanni Moretti

C’est un des rares cinéastes italiens contemporains lauréats d’une Palme d’Or : Nanni Moretti avait remporté le trophée cannois il y a vingt ans avec le très émouvant "La chambre du fils". Il est revenu sur la Croisette en juillet dernier avec "Tre piani".

Une fois n’est pas coutume : "Tre Piani", "Trois étages" n’est pas basé sur un scénario original, mais adapté d’un roman d’Eskhol Nevo. L’action du livre se déroulait à Tel-Aviv, Moretti l’a déplacée à Rome. Trois étages, cela signifie trois appartements, trois récits qui s’entrecroisent.

Il y a d’abord le portrait d’un couple âgé – Nanni Moretti incarne un juge, Margherita Buy son épouse – en conflit avec leur fils qui, ivre, a renversé une piétonne. Il y a ensuite un couple plus jeune, dont le mari est traumatisé par le fait que sa fille ait été emmenée dans le parc du quartier par un vieux voisin, et qui ne peut s’empêcher d’imaginer des choses… Il y a enfin une jeune mère, perpétuellement seule avec son bébé parce que son mari est parti sur des chantiers. Ces personnages, avec leurs souffrances, exprimées ou contenues, se croisent dans le même immeuble.

Avec la sobriété qu’on lui connaît – Moretti n’a jamais été un grand styliste de la mise en scène, préférant toujours privilégier la vérité des personnages aux effets de caméra sophistiqués -, le cinéaste explore des thèmes qui lui sont chers : le deuil, la culpabilité, la fragilité des relations humaines.

Mais on reste sur sa faim, car l’auteur des délicieux "Caro Diario" et "Habemus Papam" nous a habitués à distiller dans ses films un humour aigre-doux, une ironie subtile qui constituent véritablement sa griffe.

Mais dans "Tre Piani", il n’y a hélas pas une once d’humour, mais sans pour autant générer beaucoup d’empathie pour les principaux personnages. La pudeur qu’il instaure crée une distance ; on regarde ces destinées prendre forme sur une dizaine d’années, mais on reste finalement très extérieur face à cette chronique. Dommage.

Tre piani | Three Floors (2021) trailer | Directed by Nanni Moretti

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