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Cannes 2021

Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : The French Dispatch, le train électrique de Wes Anderson

Les critiques d’Hugues Dayez à Cannes : The French Dispatch, le train électrique de Wes Anderson

Plusieurs films de la compétition de cette édition du Festival sont restés au frigo pendant plus d’un an, prévus initialement pour l’édition 2020, annulée pour cause de Covid19. C’était le cas de "Tre Piani" de Nanni Moretti, c’est aussi celui de "The French Dispatch", de Wes Anderson, projeté hier soir en compétition.

THE FRENCH DISPATCH Bande Annonce (2020) Timothée Chalamet, Wes Anderson

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Dans la petite municipalité fictive d’Ennui-sur-Blasé (c’est en réalité Angoulême qui a servi pour le tournage du film), Arthur Howitzer Jr (Bill Murray), Américain installé en France, est le rédacteur en chef de "The French Dispatch", vénérable magazine qui relate l’actualité européenne pour un lectorat anglo-saxon. Le film nous fait d’abord découvrir l’équipe de ce joli journal, ensuite on nous raconte par le menu trois reportages pittoresques : le portrait d’un criminel qui, de sa prison, devient une star de l’art abstrait, la chronique d’une révolution étudiante, et les tribulations d’un grand chef coq.


Le réalisateur posant avec le casting du film

Wes Anderson, Tilda Swinton, Bill Murray et Benicio Del Toro
Adrien Brody, Wes Anderson et Benicio Del Toro
Stephen Park, Wes Anderson et Mathieu Amalric
Lyna Khoudry, Wes Anderson et Timothee Chalamet

"The French Dispatch" est élaboré comme si le spectateur feuilletait un luxueux magazine illustré – façon " New Yorker " – et qu’il rentrait comme par magie dans l’univers des trois reportages. Comme toujours chez Wes Anderson, c’est superbe sur le plan esthétique : chaque élément du décor est choisi avec soin, les cadrages privilégient la symétrie et les doux travellings, et le casting ressemble à un véritable bottin mondain.

lire aussi : Wes Anderson dévoile The French Dispatch et son casting ***

C’est bien simple : des acteurs renommés – Christof Waltz, Elizabeth Moss, Saoirse Ronan, Edward Norton, etc. – viennent parfois pour réciter deux répliques ou faire une aimable apparition (une "cameo appearance").


La montée des marches de Wes Anderson, et du casting de "The French Dispatch"

Wes Anderson vient présenter "The French Dispatch" à Cannes
Tilda Swinton, Timothee Chalamet, et Wes Anderson à la montée des marches
Le casting de "The French Dispatch" : Timothee Chalamet, Lyna Khoudry, Wes Anderson, Tilda Swinton, Bill Murray, Benicio Del Toro, et le compositeur Alexandre Desplat
Adrien Brody, Tilda Swinton et Wes Anderson à la montée des marches

En réalité, Wes Anderson a inventé un procédé incroyablement snob : le "male dropping" au cinéma. Ces acteurs de talent n’ont, souvent, rien à défendre dans le film ; ils sont réduits à être des figurines avec lesquels le cinéaste, tel un gosse couché sur le tapis de sa chambre, joue pour les disposer à sa guise dans ses jolis décors.

"The French Dispatch", c’est un luxueux panorama de train électrique. Mais après un quart d’heure, on s’ennuie à la regarder comme on se fatigue d’avoir regardé un train faire trois fois le tour du circuit. C’est beau, mais c’est monotone et terriblement vain.

Certains cinéastes creusent une obsession toute leur vie, et refont perpétuellement le même film. C’est le cas de Wes Anderson : "The French Dispatch" copie le maniérisme de "The Grand Budapest Hotel" et de "Moonrise Kingdom". Mais à force de répéter ses procédés, narratifs comme visuels, il finit par lasser. Et le spectateur a envie de laisser seul ce grand gosse jouer avec son train électrique.

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