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Les coulisses du pouvoir : les dictateurs blessés sont les plus dangereux

Les coulisses du pouvoir

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28 sept. 2022 à 07:05Temps de lecture2 min
Par Nicolas Vandenschrick

La Guerre en Ukraine est-elle en train de tourner à la défaveur des Russes ?

AU vu des évènements de ces derniers jours, la question mérite d’être posée.
Depuis une semaine, la Russie constate de nombreuses défections parmi les réservistes appelés. Personne – on le comprend – ne se rêve en chair à canon. Certains médias font désormais état de 260.000 hommes ayant fui le pays. Pour autant, le nombre de réservistes ayant positivement répondu à l’appel des autorités n’est lui pas officiellement connu. Du reste, c’est assez logique, on ne (re) reconstitue pas une armée en 7 jours, même en allant chercher les hommes dans les régions les plus pauvres du pays. Les mobilisés qui répondent à l’appel des autorités devront être réunis dans des casernes, habillés, formés, équipés et tout cela prend du temps… Du temps que Vladimir Poutine semble ne pas avoir.

Des référendums factices

Gagner du temps, c’est précisément l’objet des référendums tenus dans les quatre provinces ukrainiennes.

Car Vladimir Poutine a probablement anticipé le manque d’entrain de la population à rejoindre les drapeaux. Tout comme il sait que, sur le terrain, la progression ukrainienne si elle est rapide, étonnante et enthousiasmante pour les troupes de Kiev, cette progression va, au fil des jours se confronter à la réalité de l’automne puis de l’hiver. A la réalité aussi d’un front qui s’étend.

En calculant, Poutine espère avoir des hommes plus ou moins disponibles sur ce front, d’ici le printemps. Jusque-là, il fait le pari que son armée tiendra. Quitte à envoyer au combat l’un ou l’autre bataillon mal préparé.
Et pour s’acheter un peu de temps, il utilise sa carte référendaire, l’annexe – via ces fameux votes – des territoires équivalents à la taille du Portugal.

Bien entendu, la pratique est totalement contraire au droit international, mais le Président russe n’en a cure. Dès demain, il s’estimera en droit d’agiter une fois de plus la menace nucléaire puisque les soldats ukrainiens se trouveront – par le jeu de cette fiction – en plein territoire russe.

Eloge de la lenteur

Dans son opération de reconquête du territoire, l’Ukraine progresse. Vite. Un peu trop vite, même au point de voir Kiev se prendre à rêver d’une reconquête de la Crimée… Car les stratèges américains craignent que cette contre-offensive mette totalement Poutine hors de lui… Non pas qu’il faille le préserver… Non, mais parce qu’ils ont en tête son discours tenu la semaine dernière et cette phrase du Russe qui évoquait " l’intégrité territoriale de son pays " qu’il défendrait disait-il " avec toutes les armes dont il dispose."
Jouer au crépuscule des dieux avec la Russie n’a probablement pas d’issue favorable.

Double pari, perdu d’avance ?

C’est là que le scénario américain table sur un double pari.
Que l’Ukraine se satisfasse de belles avancées territoriales. Et choisisse de se mettre à la table des négociations.
Que la Russie s’inquiète des pertes, pertes de territoires, perte en homme de plus en plus coûteuse et qu’elle aussi s’asseye aux négociations.

Un bémol ? Ce raisonnement oublie que l’Ukraine est en ce moment galvanisé par ses victoires territoriales.

Un couac, ensuite ? Vladimir Poutine – s’il connaît désormais les limites de son armée – sait aussi la capacité destructrice de son arsenal. Suffisamment effrayant pour inquiéter toutes les capitales d’Europe.

Lui non plus ne semble pas prêt à négocier. Appuyée sur ses référendums d’opérette, l’annexion d’une partie de l’Ukraine à la Russie lui permet de gagner du temps. D’annoncer – en Russie – une victoire territoriale. Et dans le même temps, d’inquiéter les soutiens occidentaux de l’Ukraine.

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