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Journal du classique

Les contes d'Hoffmann par Warlikowski à La Monnaie : trop is te veel

Les contes d'Hoffmann d'Offenbach, à La Monnaie jusqu'au 2 janvier 2020
11 déc. 2019 à 09:10 - mise à jour 11 déc. 2019 à 09:102 min
Par Camille De Rijck

Camille De Rijck revient dans son Moment musical sur Les contes d'Hoffmann d'Offenbach, dirigé par Alain Altinoglu et mis en scène par Krzysztof Warlikowski, dont la première à La Monnaie se tenait ce mardi soir. 

Il y a des bons spectacles de Warlikowski, des mauvais spectacles de Warlikowski et il y a de très mauvais spectacles de Warlikowski. Clairement, De La Maison des morts présentée la saison dernière appartenait à la dernière catégorie. Pour ces Contes d’Hoffmann on hésitera entre entre celle-ci et la précédente tant le metteur en scène polonais semble s’être enfermé dans un éternel recyclage de ses obsessions dramatiques et esthétiques, à telle enseigne que d’opéra en opéra, on sature de sa dichotomie structurelle où les hommes sont veules et ivres et où les femmes sont des putes.

Et même si l’idée d’inscrire cette œuvre-ci dans le sillage des films A Star is Born - où un chanteur has been et alcoolique vampirise le talent d’une jeune artiste qu’il a découverte -, les ficelles sont épaisses comme du gros cordage marin et certaines scènes tombent dans une vulgarité tellement normative, désormais, dans ce théâtre post-épate bourgeois où la laideur est convention et surtout cache-misère.

Car transformer Patricia Petibon en actrice de film de cul, ce n’est certes pas l’idée du siècle, mais plutôt un tic consubstantiel à un certain régietheater frelaté qui échoue à masquer la paresse imaginative de ses concepteurs. Cela ne serait rien si l’heure n’était pas venue de se battre pour chaque centime de subsides public et qu’il fallait justifier, sans arrêt, la dette que l’opéra a envers la société. Quel est son apport dans ce cas précis ? Si ce n’est une avalanche de luxe et d’idées ultra-rabâchées, saupoudrées nonchalamment sur l’œuvre et sur les spectateurs.

C’est d’autant plus dommage que la distribution réunie par La Monnaie est exceptionnelle, avec une Patricia Petibon qui tente l’impossible en incarnant les trois rôles féminins ; parvenant à masquer les difficultés que lui pose Olympia au milieu d’un one-woman show où seule compte la comédienne. Et si on regrette ses habituels problèmes d’intonation, on admire la prestation, on admire l’artiste et on admire la chanteuse dont la voix se libère tout le long de la soirée.

Le Hoffmann d’Eric Cuttler quant à lui est une leçon de chant et de style, venant à bout de cette partition écrasante comme s’il allait au marché en sifflant. Excellents aussi le diable de Gabor Bretz et la muse de Michelle Losier, qui brûlent les planches, ainsi que l’ensemble des seconds rôles, avec une mention pour François Piolino en Michel Foucault hémiplégique.

Je vous donne rendez vous le 20 décembre sur Musiq3 pour découvrir cette œuvre de la meilleure des manières : en dialogue intérieur avec les chanteurs, l’orchestre et le chef - seul le son comptera - et vous passerez, j’en suis sûr, une excellente soirée.

Parfois, reconnaissons que l’opéra à la radio est une valeur ajoutée.

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