Les congés payés: une des plus importantes conquêtes sociales du XXe siècle

Les premiers départs congés payés
01 août 2018 à 09:59Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

C’est l’une des conquêtes sociales les plus importantes du XXe siècle : les congés payés. On n’y pense plus aujourd’hui quand on boucle sa valise ou qu’on quitte le bureau tellement ça va de soi, mais ce ne fut pas toujours le cas. Interrogée dans Jour Première, l'historienne Florence Loriaux, responsable du pôle Analyse des études au Centre d’Animation et de Recherche en Histoire Ouvrière et Populaire le bouleversement que cela constituait : "Bien que la conquête du droit aux congés payés soit bien antérieure à 1936, la revendication est déjà en cours dès la fin du XIXe siècle. Là, c’est une grande première pour des milliers de travailleurs qui vont pouvoir bénéficier d’une semaine de temps à ne rien faire. Payer du temps à ne rien faire, ça c’est vraiment la grande conquête. Mais on est quand même loin de ce faste parce que tout le monde n’aura quand même pas les moyens d’aller sur les plages ou d’aller faire un tour dans les Ardennes. La première semaine de congés payés, c’est peut-être aussi du temps de repos. Il y aura un courant qui pourra partir, mais ce ne sera pas le cas pour tout le monde. Surtout qu’une partie de la population, dans les entreprises où il y a moins de 10 travailleurs par exemple, n’a pas encore droit à ces congés".

"Les années 30 sont des années de crise. Ce sont des années où le chômage a atteint des records, où on a porté atteinte à toute une série de conquêtes sociales, où la classe ouvrière est mise à mal, où on touche déjà aux pensions, où on touche aux allocations de chômage, c’est la montée des partis extrémistes, c’est la montée des régimes totalitaires. Donc c’est vraiment une période de crise et ça arrive dans une période où aussi la question du temps de travail prend toute son amplitude" poursuit-elle.

"Que va-t-on faire de ce temps?"

"Quelque part, les premières conquêtes sociales ont déjà permis de réduire le temps de travail. En 1921, le mouvement ouvrier va conquérir la journée de huit heures, qui est déjà une grande première, et contre lequel le patronat va s’évertuer à contrer cette conquête en organisant le travail d’une autre manière, en rationalisant plus le travail et en mettant en place l’organisation scientifique du travail pour tenter de déjà récupérer cet acquis. On est donc dans une phase où on réduit le temps et ça pose justement une question : que va-t-on faire de ce temps inutile, puisque travailler dans une société c’est prôner la valeur travail comme étant la valeur fondamentale ? Ce temps libéré, même les syndicats et les mouvements ouvriers se posent la question : est-ce que ce ne serait pas un moment au cours duquel on va pouvoir éduquer la classe ouvrière, lui permettre de se former ?", explique l'historienne.

"Dès 1936, les syndicats et les mutuelles vont mettre en place des structures qui permettront d’accueillir les travailleurs en congé, mais il y a aussi des formations qui se mettent en place. Durant l’entre-deux-guerres, il y a eu le développement de bibliothèques, d’universités populaires... ce temps libéré va vraiment permettre de pouvoir émanciper culturellement aussi la classe ouvrière" poursuit-elle.

La question des frigobox

Les relations familiales vont aussi changer grâce à cette nouvelle loi, selon elle : "Il va falloir gérer cette nouvelle préoccupation familiale, qui n’était du fait que des classes bourgeoises ou de la noblesse. On permet aux familles ouvrières de partir ensemble dans des lieux de villégiature, qui n’ont pas toujours été extrêmement accueillants, il faut bien le dire. Il y a des plages qui s’effraient déjà de ce nouveau public qui arrivent et de comment est-ce qu’on va pouvoir le contrôler. La question des frigobox est quelque part déjà en cours en 1936".

"En 1936, on a une première semaine de congés payés. Après la Seconde Guerre mondiale, une seconde semaine sera en cours de discussion pour arriver à une troisième semaine en 1966 et à une quatrième semaine de congés en 1975. Donc, ce temps qui se libère va aussi donner naissance au développement touristique, pour lequel il va falloir faire des offres. Par exemple, la SNCB développe ses offres de trains, de déplacements, non seulement pour la Belgique, mais également pour l’étranger, notamment la France et l’Italie" conclut-elle.

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