La Première

Les chefs d'œuvres partis en poussière se comptent par milliers

Les patrimoines perdus de l’humanité...

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16 avr. 2019 à 12:23 - mise à jour 16 avr. 2019 à 12:23Temps de lecture3 min
Par Hajar Boulaich

Pour beaucoup d’entre nous, cette cathédrale évoque l’œuvre de Victor Hugo et la comédie musicale du même nom qui a tout juste 20 ans, a été jouée dans plus de 20 pays et adapté dans au moins 9 langues, dont le mandarin. Illustration de la renommée mondiale du bâtiment le plus célèbre de France qui a brûlé hier soir. L’occasion aussi de revenir sur ces vers à la fois poignants et presque prémonitoires de Gérard de Nerval.

"Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !
Bien des hommes, de tous les pays de la terre,
Viendront, pour contempler cette ruine austère,
Rêveurs, et relisant le livre de Victor
."

Hélas il n’a pas fallu mille ans… Hier soir, les Parisiens sur place et le monde entier devant sa télé, son ordi ou son smartphone a vu brûler, ému, le monument le plus célèbre de France avec la tour Eiffel.

Imaginez, les travaux ont commencé en 1163 c’est-à-dire il y a 855 ans. Notre-Dame de Paris est opérationnelle depuis 1250 mais les travaux continueront cent ans.

Un monument qui a traversé les siècles et déjà subi des destructions

Et certaines destructions n’étaient pas accidentelles: les statues de la façade ont été détruites par des révolutionnaires qui ont également décapité les têtes des rois de Judée qu’ils ont pris pour les Rois de France. Au début du 19e, la cathédrale est presque en ruine. On l’oublie souvent mais un des buts explicites de Victor Hugo en faisant revivre le Paris du Moyen Âge autour de Notre-Dame, c’est un plaidoyer pour la sauvegarde de ce monument en péril.

C’est un moment déterminant car que l’on soit catholique ou laïc, monarchiste ou républicain, la cathédrale de Paris va alors être considérée comme un patrimoine national. C’est donc au milieu du 19e siècle que sera entreprise une importante restauration avec l’édification de la flèche qui s’est effondrée hier alors qu’un nouveau chantier de restauration venait de débuter.

Des chefs-d’œuvre qui sont restaurés ou perdus à jamais

Deux exemples en France avec des incendies qui n’étaient pas accidentels.

Le premier cas c’est le palais des tuileries dont il ne reste que les jardins. Construit au 16e siècle, résidence royale et impériale, il a été détruit en 1871 par un groupe de révolutionnaires de la commune. Le palais brûla trois jours et il fallut mener un combat opiniâtre pour sauver le Louvre. Dans un premier temps, la République imagina une restauration mais face à la difficulté de l’entreprise, on finit par démolir les ruines.

Le second cas est la cathédrale de Reims. Elle a été incendiée en septembre 1914 par les Allemands qui l’ont délibérément bombardé parce que les Français avaient instauré un poste d’observation dans la tour. On est alors au début de la première guerre mondiale ; les Allemands parleront de tragique accident mais pour les Français cette destruction est difficilement pardonnable. La cathédrale de Reims deviendra ainsi la cathédrale martyre et au lendemain de l’armistice la restauration est lancée. Aujourd’hui la cathédrale de Reims a retrouvé toute sa splendeur initiale.

Des monuments disparus qui se comptent aujourd’hui par milliers.

On a détruit délibérément de vrais chefs-d’œuvre, notamment dans les années 60 et 70. On cite souvent à Bruxelles l’exemple désastreux de la maison du peuple de Horta pour y construire une tour sans charme.

Il y a les incendies tragiques, l’opéra de Venise, la Fenice a brûlé trois fois et comme le phénix, elle a pu renaître de ses cendres. Il y a évidemment les guerres qui laissent souvent les villes en ruines ou les saccages délibérés comme ces statues géantes d’Afghanistan, les bouddhas de Bamiyan détruites par les talibans.

Si l’Unesco s’est mis comme devoir de sauvegarder le patrimoine de l’humanité, c’est en se souvenant que sur les 7 merveilles du monde antique, une seule nous est parvenue, la pyramide de Khéops.

Et ce que nous rappelle le terrible incendie de Notre-Dame de Paris, c’est combien notre monde moderne reste fragile. Ce qu’écrivait Paul Valéry il y a cent ans reste tragiquement d’actualité :

Nous autres civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles 

 

Un texte tiré de la chronique de Pierre Marlet dans Jour Première, à découvrir ou redécouvrir juste en dessous.

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