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Les chanteurs virtuels sont-ils les stars de demain ?

Apoki a commencé sa carrière en avril 2019 en reprenant des morceaux d’artistes, eux bien réels, comme Kehlani, Blackpink et BOA.

© Photographie Courtesy of Sony Music

Cela fait quelques années que les idoles virtuelles connaissent un franc succès en Asie. Elles partent désormais à la conquête du reste du monde. L’une d’entre elles, Apoki, a réussi à s’attirer les faveurs de la puissante maison de disques Sony Music. Le début de la gloire ?

Comme chaque année, la fin des vacances d’été est un moment riche en nouveautés musicales. Apoki est l’une des artistes à faire son grand retour. Elle a récemment dévoilé son nouveau titre, "West Swing", qu’elle a créé en collaboration avec le rappeur californien E-40.

Ce morceau est l’occasion pour Apoki de s’essayer au new jack swing, ce genre phare des années 90 à mi-chemin entre le hip-hop et le R’n’B, mais aussi de toucher un public plus large. Si la chanteuse de K-pop jouit d’une grande popularité en Corée du Sud, elle est beaucoup moins connue hors de son pays natal.

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La raison ? Apoki n’est pas une artiste en chair et en os, mais une pop star virtuelle. Ces idoles 2.0 rencontrent un énorme succès en Asie, en particulier en Chine et au Japon, où elles ont réussi à se constituer de grandes communautés de fans. Apoki est suivie par plus de 3,7 millions de personnes sur TikTok, et 291.000 sur YouTube.

Fabriquée de toute pièce pour le succès

Elle a commencé sa carrière en avril 2019 en reprenant des morceaux d’artistes, eux bien réels, comme Kehlani, Blackpink et BOA. Deux ans plus tard, elle sort son premier single, "GET IT OUT", aux accents très K-pop. Les mélomanes ont alors pu découvrir le parcours atypique de cette lapine humanoïde à l’esthétique Y2K, venue tout droit de l’espace… et des studios d’Afun interactive.

Cette start-up sud-coréenne est spécialisée dans la production de contenus 3D en temps réel. Elle a récemment annoncé avoir noué un partenariat avec Sony Music Solutions au Japon, afin de développer la carrière d’Apoki à l’international.

Chez Afun interactive, nous sommes les pionniers d’un nouveau genre de divertissement virtuel.

"Nous sommes donc impatients de voir les différents types de synergie que nous produirons avec Sony", a déclaré DK Kwon, le PDG d’Afun interactive, dans un communiqué.

Apoki est construite comme toutes les idoles virtuelles pour s’adapter aux attentes de ses fans, ce qui témoigne d’un véritable changement de paradigme dans l’essence même de ce qu’est un artiste aujourd’hui. "Je peux faire tout ce que l’on peut imaginer. C’est dommage que je ne puisse pas donner un concert dans la vie réelle, mais il y a beaucoup de choses que je peux faire en tant qu’artiste virtuel qui compensent cela et plus encore", a-t-elle expliqué dans une interview à Billboard Japan.

L’ère de la musique 2.0

Ces pop stars numériques ne sont que l’aspect le plus visible d’une tendance de fond dans le secteur du divertissement. La technologie qui les crée, la fameuse intelligence artificielle, s’invite de plus en plus dans la création musicale. Kàra Màr, un DJ entièrement virtuel, a ainsi sorti en décembre "Anthropic Principle", un album composé de huit morceaux techno générés par intelligence artificielle. Les titres de FN Meka sont, eux aussi, composés entièrement à l’aide d’algorithmes. Seule la voix du robot-rappeur est humaine.

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Il est tentant d’émettre des prévisions dystopiques — et alarmistes — sur ce que l’essor de ces pop stars entièrement numériques signifie pour le futur de la musique. Si certaines maisons de disques comme Universal Music soutiennent le développement de ces artistes virtuels, ils n’ont pas vocation à remplacer ceux en chair et en os.

Mais une chose est sûre : il est bien plus facile de s’occuper de la carrière musicale d’un avatar. Ils sont beaucoup plus dociles et malléables que leurs "vrais" homologues. "Je n’ai pas […] à m’inquiéter de ma ligne, je peux donc manger autant que je veux", a confié Apoki à Billboard Japan.

Ces propos interpellent lorsque l’on sait que la plupart des chanteuses (et des chanteurs) de K-pop sont étroitement contrôlées par leur management, qui leur dit quoi manger pour conserver une silhouette longiligne et même quelles opérations chirurgicales entreprendre pour s’embellir. Nul besoin pour Apoki de passer sous le bistouri : la moindre de ses imperfections est effacée en quelques clics de souris.

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