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Les cervidés en point de mire des chasseurs : la santé des forêts comme enjeu

Biches et faons en point de mire des chasseurs: une obligation du Département Nature et Forêt
01 oct. 2020 à 09:423 min
Par Philippe Collette

Depuis le 21 septembre, la chasse aux cervidés, à l’affût, est ouverte en Wallonie, et depuis ce 1er octobre, la chasse est également ouverte en battue et à la traque ; depuis plusieurs années, les cervidés sont, comme les sangliers toute l’année, les cibles majeures des chasseurs ce qui ne rend pas le grand public très heureux car souvent amoureux voire passionné de ces bêtes gracieuses et majestueuses.

Préserver les feuillus

Pour les chasseurs, ce n’est pas un choix mais une obligation : le Département Nature et Forêt de la Wallonie est en effet obligé d’imposer des quotas d’abattage pour des raisons en grande partie liées à la santé de nos forêts. C’est en fait l’équilibre de celles-ci qui est en jeu : "depuis plusieurs années, explique René Dahmen, chef du cantonnement du DNF à Elsenborn, l’Europe de l’Ouest voit ses forêts impactées par les modifications climatiques ; les forêts sont essentiellement composées de résineux et ceux-ci souffrent désormais des périodes de sécheresse de plus en plus nombreuses." Le but est donc de réduire les résineux et les remplacer par des feuillus afin d’assurer une mixité des espèces dans nos forêts et ainsi en assurer leur pérennité. Mais voilà : si l’augmentation des feuillus dans nos forêts est devenue l’une des bases de la gestion forestière, elle entraîne une conséquence malheureuse pour les populations animales, en particulier les cervidés car c’est précisément de feuillus dont ils se nourrissent avec délectation : " Les biches et faons surtout, s’ils n’ont pas d’autres choix, mangent les feuillus, hêtres, chênes, sorbiers, bouleaux, mélèzes, etc. en particulier évidemment les jeunes pousses qui sont à leur hauteur, poursuit René Dahmen, nous sommes donc contraints d’imposer aux chasseurs des quotas de tirs assez élevés depuis plusieurs années afin de réguler la densité de la population de cervidés, des quotas qui varient en fonction des régions. Si nous ne le faisons pas et que nous laissons les cervidés agir, les forêts seront alors composées de sortes de bonsaïs qui ne grandiront jamais, ce qui va appauvrir à terme les forêts ; nos plans de tirs sont donc essentiels ".

Les cerfs font également l'objet de quotas de tirs mais dans une moindre mesure que les jeunes et femelles
Les cerfs font également l'objet de quotas de tirs mais dans une moindre mesure que les jeunes et femelles Photo privée avec l'aimable autorisation de l'auteur

Des quotas de tirs stables mais pas partout

Ces demandes de plans de tir sont introduites par les différents Conseils cynégétiques – ces rassemblements de territoires de chasse donc de chasseurs – au DNF au printemps et rendus définitifs, après recours ou non, en septembre en vue de l’ouverture de la chasse qui s’achèvera le 31 décembre. Un décompte est alors réalisé et si les quotas ne sont pas atteints, les Conseils sont frappés d’une amende de 500 € par animal non abattu pour ce qui est des forêts domaniales wallonnes, la justice se chargeant des amendes dans les domaines privés. En pratique, les quotas restent globalement stables pour 2020 ; à titre d’exemple, 395 biches et faons devront être tirés au minimum dans la région Hautes Fagnes-Eifel, 150 pour le Conseil Val de Hoëgne plus 61 cerfs boisés ; par contre, on relève une nette augmentation du quota pour le Conseil cynégétique de Stavelot-Spa-Stoumont avec 452 jeunes et femelles à abattre, plus 120 cerfs boisés, soit 35 jeunes et femelles de plus par rapport à 2019, et ce sans recensement de la population en raison de la crise sanitaire : "on constate une augmentation d’un tiers de la population, explique Nicolas Denuit du DNF Cantonnement de Spa, et en plus, les espèces souffrent par écorcement des troncs et frottement des bois contre les arbres." Le DNF ne relâche donc en rien la pression afin de poursuivre la diminution des populations de cervidés dans nos forêts ; les quotas ne seront réduits que dès l’apparition d’une baisse significative de la densité des cervidés.

 

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