RTBFPasser au contenu
Rechercher

On n'est pas des pigeons

Les caméras ANPR se trompent au moins une fois sur cent

Les caméras ANPR lisent-elles correctement votre plaque?

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

22 févr. 2022 à 15:59 - mise à jour 23 févr. 2022 à 09:58Temps de lecture5 min
Par François Louis

Au bord des routes, à l’entrée des parkings, à l’entrée des villes: les caméras ANPR poussent comme des champignons. Mais sont-elles vraiment fiables ?

ANPR signifie Automatic Number Plate Recognition, soit Reconnaissance automatique de numéro de plaque et pourtant, elles font beaucoup plus.

Les caméras des scan cars font beaucoup d'automobilistes mécontents

Celles qui sont installées sur le toit de scan cars circulant dans nos villes suscitent en tout cas beaucoup de contestations. Plus de 10.000 par an à Charleroi, depuis leur lancement en 2017. A Bruxelles aussi, les automobilistes mécontents font la file devant les guichets de Parking.Brussels. Et à Liège, récemment, la cellule stationnement de la ville a dû annuler 1.500 PV indûment adressés à cause d’une erreur de la machine.

Parfois c'est l'automobiliste qui se trompe

Les sources d’erreur sont multiples. Parfois, c’est l’automobiliste qui se trompe. Par exemple, il encode mal son numéro de plaque dans un horodateur. Ou dans la base informatique de la commune répertoriant les riverains autorisés à se garer gratuitement dans leur quartier.

"J’ai déposé une réclamation à Parking.Brussels à la suite de plusieurs redevances injustifiées", raconte cet habitant de Schaerbeek. "Quand j’ai appelé le call center, j’étais le 55e sur la liste d’attente. J’étais furieux ! Mais après examen de la base de données, c’est moi qui m’étais trompé d’un chiffre dans l’encodage de ma plaque."

Parfois, c’est le système informatique qui s’emmêle les pinceaux. "Par exemple, une mise à jour du logiciel peut entraîner des problèmes de créneau horaire et mal horodater certaines photos", explique Antoine Tanzilli, directeur de la Régie communale autonome de Charleroi qui gère les scans car. Nous estimons qu’environ 3% seulement des erreurs sont attribuables à notre système."

La nécessité d'un contrôle humain

Mais quand on sait qu’une scan car peut contrôler plusieurs milliers de voitures en une journée, 3% d’erreurs, c’est tout de même beaucoup. D’où la nécessité d’un contrôle humain, avant d’envoyer une redevance ou une amende à un automobiliste.

"Sur un écran d’ordinateur, nos agents examinent chaque voiture signalée en infraction par la scan car", explique Pierre Vassart, porte-parole de Parking.Brussels. "S’il y a quelqu’un à l’intérieur de la voiture, par exemple, la voiture n’est pas en stationnement illégal, mais simplement à l’arrêt. Donc la redevance n’est pas envoyée."

Cela n’empêche pas un certain nombre de dossiers d’arriver devant les tribunaux. Maître Vincent Dusaucy a déjà plaidé à plusieurs reprises que le système automatique de contrôle du stationnement n’était pas fiable.

"Dans un dossier, j’apporte la preuve d’une erreur évidente de géolocalisation du véhicule sanctionné, avance l’avocat carolo, qui estime que cela jette un doute sur toutes les redevances établies à partir d’une scan car. Un raisonnement récemment rejeté par un juge de paix de Charleroi, qui estime que les pièces avancées par l’avocat ne constituent qu’un "nombre peu significatif d’erreurs par rapport aux dizaines de milliers de constats opérés […]. Et "qu’il est vain d’imaginer un système informatisé qui ne subirait jamais le moindre dysfonctionnement […]."

30 euros de l’heure au parking de l’aéroport de Charleroi

Les usagers du parking express de l’aéroport de Charleroi, récemment, ont fait les frais d’une faille dans le système de reconnaissance automatique de plaques. L’été dernier, un nombre indéterminé d’automobilistes (l’aéroport n’a pas pu nous préciser le chiffre) se sont vu appliquer un tarif de 10 euros à la sortie du parking au lieu des 2 euros prévus. Certains, venus déposer un proche en mode kiss and drive, ne sont restés que 5 minutes dans le parking. Ca met l’heure de parking à 30 euros !

Par l’intermédiaire d’un parlophone, un préposé invisible répondait : "Payez toujours et réclamez ensuite."

Selon le porte-parole de l’aéroport, Vincent Grassa, "les problèmes ont été analysés et il y a une nette amélioration depuis le début de cette année. Sur environ 200.000 tickets depuis le 1er janvier, 25 personnes seulement ont déposé une réclamation."

Il est probable que vu la somme en jeu, 8 euros de différence, un certain nombre d’utilisateurs lésés n’ont pas jugé utile de réclamer leur dû.

Deux pour cent d'erreur dans les parkings

La société Interparking, qui gère plus de 1.000 parkings en Europe, nous a révélé un chiffre  intéressant : le taux d’erreur des caméras installées dans les parkings en ouvrage du groupe avoisine 2%.

"Le cas le plus courant, c’est une plaque sale ou abîmée, explique Nicolas Godon, porte-parole du groupeIl peut arriver que la caméra ne reconnaisse pas une plaque. Dans ce cas, la barrière de sortie ne s’ouvre pas automatiquement malgré le paiement et l’usager doit appeler un préposé. C’est une petite perte de temps. Mais pour les 98% restants, le système fluidifie le trafic."

Plus fluide, puisque les abonnés ne doivent même plus présenter leur carte aux bornes d’entrée et de sortie. Leur plaque est encodée dans la base de données d’Interparking et reconnue automatiquement par les caméras. Pour les non-abonnés, le gain de temps se situe à la sortie. Leur plaque est reconnue à l’entrée et associée au ticket retiré à la borne. Si le ticket est payé, la caméra de sortie reconnaît la plaque, ouvre automatiquement la barrière de sortie.

Les caméras de la police sont-elles infaillibles ?

Et les caméras ANPR utilisées par la police, notamment pour les contrôles de vitesse avec les radars tronçons, sont-elles infaillibles ? La réponse est non.

Le principal constructeur belge s’appelle Macq mobility. Près de 5.000 caméras fabriquées dans cette société basée à Evere sont déployées en Belgique, dont les 330 qui entourent Bruxelles, pour contrôler la zone de basse émission.

"Nos modèles de caméras les plus récentes ont un taux de reconnaissance des plaques de 99%, affirme Alain Dagonnier, product manager. En prenant 30 images par seconde, elles sont capables d’identifier une voiture qui roule à 250 km/heure. Elles sont aussi entraînées à reconnaître toutes les plaques européennes, ce qui est important dans un pays aussi ouvert que la Belgique. Mais une fois sur cent, environ, elles se trompent. Les erreurs sont souvent dues à des plaques qui sont légèrement abîmées, avec un caractère qui peut être confondu avec un autre caractère proche, surtout la nuit si le film réfléchissant de la plaque est endommagé."

Mais le système informatique qui accompagne ces caméras, plus performantes que celles installées dans les parkings, signale quand une reconnaissance est douteuse : sur l'écran de contrôle, un petit logo rouge apparaît à côté de la plaque en question. Il permet donc à la police (ou à l'autorité publique, comme Bruxelles fiscalité pour le contrôle de la zone de basse émission) de vérifier a posteriori si l’infraction est bien attribuée au bon véhicule.

Au bord des routes, à l'entrée des villes comme dans les parkings ou dans les zones de stationnement limité, la machine se trompe de temps en temps. Un contrôle humain reste nécessaire.


Retrouvez "On n’est pas des pigeons" du lundi au vendredi à 18h30 sur la Une et en replay sur Auvio.

Pour plus de contenus inédits, rendez-vous sur notre page Facebook.

Sur le même sujet

Le nipplegate de Janet Jackson serait à l’origine de Youtube

Le 8/9

Nothing présentera son premier smartphone le 12 juillet

High tech

Articles recommandés pour vous