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"Les Barbares" de Hamadi et Soufian El Boubsi, au Grand manège à Namur, jusqu'au 8 mars

les barbares
05 mars 2013 à 12:59Temps de lecture2 min
Par Christine Pinchart

Rencontre avec Soufian El Boubsi pour un seul en scène, où le comédien pousse un grand cri de colère. Seul au centre d’un cercle qui lui délimite son territoire, cette valise à la main, qui résume son existence, Soufian raconte son histoire. Un père violent, une mère qui s’éteint, et une famille qu’il va choisir de laisser pour le voyage vers un ailleurs…

 

Pas de manichéisme dans le texte d’Hamadi ?

 

Le personnage qu’on met en scène est dans la nuance ; c’est ce qui intéresse Hamadi. Une fois qu’on est confronté à l’humanité de la personne qu’on a en face de soi, c’est beaucoup plus difficile de la remettre dans un avion et de la renvoyer, que quand on a juste un numéro de dossier sans nom, sans histoire et sans trajectoire.

 

Ce petit garçon qui a rapidement onze ans au début de l’histoire, va gagner en assurance, après avoir résisté à son père violent. Cela va lui donner la force de défier le monde ?

 

C’est paradoxal parce que ce petit garçon n’est pas sympathique du tout. Il est plein de rage, et de colère en fait. C’est aussi ce qui lui a donné la force de partir, en laissant derrière lui parfois des choses très belles, comme une femme et une petite fille. Cette rage a été canalisée pour en faire une force positive. Afin de tenter la grande traversée. Et à l’intérieur de cette rage-là, il y a aussi beaucoup de fragilité. Et parfois il y a des trajectoires qui prennent dix ans, pour arriver à l’endroit convoité.

 

Vous dénoncez le fait qu’on hiérarchise l’immigration et qu’on la met dans des cases ?

 

On parle d’immigration clandestine, économique, écologique avec les catastrophes naturelles, et politique. Moi je pense que depuis l’aube des temps, on n’a jamais empêché les gens qui meurent de faim, de bouger. L’histoire de l’Europe elle-même le prouve ; il n’y a pas très longtemps des irlandais s’installaient aux Etats unis et ce n’était pas il y a six siècles. Chez nous on a parfois la sensation que l’état du monde actuel est gravé dans le marbre. Hors on voit bien qu’avec le crise que l’on vit, les équilibres sont mouvants, et peut-être que dans un siècle, nous devrons partir pour aller travailler ailleurs, tout simplement pour manger.

Le spectacle essaie de rappeler qu’on est toujours le barbare d’un autre.

 

Dans la trajectoire du personnage, il y a plusieurs naissances ?

 

Il y a plusieurs renaissances au fur et à mesure du récit. Liées souvent à la renaissance de l’espoir. La renaissance avec l’arrivée d’un enfant par exemple ; quand il se dit qu’il aura la force de rester, de s’échiner comme une bête, et puis non finalement. Puis le fait d’arriver signifie qu’on recommence quelque chose, et ce sont de nouvelles difficultés qui se profilent. La trajectoire est émaillée de petites morts et de petites renaissances.

Christine Pinchart

 

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