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Belgique

Les amours impossibles du prince Gabriel, fils du roi Philippe et de Mathilde

Les amours impossibles du prince Gabriel, fils du roi Philippe et de Mathilde
12 nov. 2021 à 17:305 min
Par Eric Boever

Ce n’est encore qu’une rumeur mais le prince Gabriel de Belgique, fils du roi Philippe et Mathilde, filerait le parfait amour avec la princesse héritière néerlandaise Catharina-Amalia. Faut-il dire, comme les Inconnus, que "cela ne nous regarde pas"? Et bien si, cela nous regarde un peu quand même car Gabriel est deuxième dans l’ordre de succession au trône de Belgique et il suffirait que sa sœur Elisabeth renonce ou soit dans l’incapacité de devenir reine pour que Gabriel devienne le prochain roi des Belges.

Or, un décret datant de 1830 pourrait s’opposer à une union entre les deux familles régnantes belge et néerlandaise car cela reviendrait à ramener l’ancien occupant hollandais au pouvoir chez nous. Autrement dit, à moins de changer la Constitution, un mariage entre les deux jeunes princes serait impossible. On essaye d’y voir clair avec un spécialiste des questions royales.

Une rumeur qui ressemble à un casse-tête constitutionnel

Les rubriques people n’en demandaient pas tant ! A peine ont-elles fini de commenter la participation de la princesse Delphine à l’émission " Danse avec les Stars " sur la chaîne flamande " Play4 " qu’un autre membre de la famille royale leur offre un sujet de délectation : le jeune prince Gabriel, fils du roi Philippe et de la reine Mathilde. Il a fêté ses 18 ans à la fin du mois d’août et il mène actuellement ses études en Angleterre mais c’est sa relation supposée avec une autre jeune princesse qui suscite curiosité et questions.

Selon le journal argentin Mendoza Post, Gabriel serait " le petit ami secret " de Catharina-Amalia des Pays-Bas, âgée de 17ans et princesse héritière chez nos voisins du nord. Les deux jeunes se connaîtraient et s’apprécieraient depuis des années mais aujourd’hui, si l’on croit les indiscrétions du journal argentin, ils seraient plus qu’amis. Peut-on parler de couple ? Il est certainement trop tôt mais l’hypothèse d’une relation amoureuse soulève des questions, pas vraiment d’ordre sentimental mais plutôt légal et même constitutionnel. Pour comprendre, il faut remonter près de deux siècles en arrière.

Au cœur du débat, un décret de 1830 censé protéger le jeune Etat belge de la menace hollandaise

En 1830, au lendemain de notre indépendance conquise en chassant l’occupant hollandais, des balises ont été dressées par le Congrès national pour empêcher toute influence de la famille royale néerlandaise sur le jeune Etat belge. " C’était un complément logique à notre déclaration d’indépendance, dira un congressiste ", explique Vincent Dujardin, professeur d’histoire contemporaine à l’UCLouvain et spécialiste de la famille royale.

Il ajoute : "Il faut se rappeler que les Hollandais n’ont pas renoncé tout de suite à la Belgique, ils ont continué à avoir des vues sur notre pays. Moins de deux semaines après la prestation de serment de Léopold 1er du 21 juillet 1831, ils ont même tenté de revenir et la jeune armée belge a dû les repousser militairement. La menace de complots orangistes a duré une dizaine d’années et on comprend que le Congrès ait tenu à priver la famille Orange-Nassau de toute influence en Belgique, et ce de manière perpétuelle. "

Parmi ces décrets adoptés pour se prémunir de l’ennemi hollandais, le n° 5 du 24 novembre 1830 stipule que "les membres de la maison tribale des Oranje-Nassau sont exclus d’exercer tout pouvoir ou autorité en Belgique". Cela signifie-t-il qu’un mariage entre les deux familles royales serait interdit ?

Un mariage princier interdit au nom d’un décret vieux de deux siècles ?

Vincent Dujardin nuance : "Tout d’abord, je ne crois pas à cette histoire racontée par la presse argentine, cela me paraît même farfelu. Mais la question est néanmoins intéressante. Concernant le décret de 1830, il ne faut pas lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Le texte interdit clairement à tous les membres de la famille royale néerlandaise d’exercer un quelconque pouvoir dans notre pays, qu’il s’agisse de fonctions exécutives, législatives, judiciaires ou plus largement politiques. Cela inclut bien sûr la fonction de chef de l’Etat. Maintenant, un mariage induit-il ce type de fonctions ? A mon sens, non."

Selon le professeur, notre Constitution n’accorde aucun pouvoir à l’épouse d’un prince ni même d’un roi : "C’est le cas actuellement, Mathilde porte le titre de reine mais elle n’a aucun pouvoir, aucune autorité au regard de la Constitution. Dès lors, au nom de quoi le décret de 1830 pourrait-il s’opposer au mariage éventuel d’un prince de Belgique avec une héritière de la Couronne des Pays-Bas ? Selon moi, il n’y a donc pas d’obstacle juridique à un tel mariage. "

Comment imaginer un couple où chaque conjoint serait souverain d’un pays différent ?

Cela signifie-t-il que Gabriel et Catharina Amalia pourraient envisager de convoler, si leur aventure devait exister et se poursuivre ? Sans en référer à personne d’autre que leurs parents ? "Ce n’est pas aussi simple que cela. Pour un mariage princier, il faut l’aval du gouvernement. Or, cet accord serait loin de couler de source", précise Vincent Dujardin.

Le futur couple cumulerait en effet les titres d’héritier de la Couronne dans deux pays différents. Si la princesse Elisabeth succède à Philippe comme reine des Belges, il ne semble pas y avoir d’objection légale à ce que son frère devienne le prince consort des Pays-Bas, mais il suffirait qu’il arrive quelque chose à la fille aînée de Philippe et Mathilde pour que son frère Gabriel soit appelé à régner, et là, difficile d’imaginer un couple au sein duquel l’époux serait roi des Belges et l’épouse reine des Pays-Bas : "Selon moi, l’un devrait se démettre et renoncer au trône. Mais cette situation a peu de chance d’arriver car le gouvernement n’autorisera sans doute pas une telle union. "

De plus, si le mariage était autorisé, que se passerait-il avec les enfants du couple ? Seraient-ils à la fois héritiers de la Couronne des deux pays ? C’est assez difficile à imaginer. " C’est même impossible. Ces enfants seraient automatiquement exclus de l’ordre de succession en Belgique car, en vertu du décret de 1830, ils ne peuvent pas à la fois prétendre aux trônes de Belgique et des Pays-Bas."

Abroger le décret de 1830 ? Personne ne semble pressé…

S’il n’interdit pas formellement un mariage princier, le décret de 1830 conserve aujourd’hui un caractère désuet. Il est loin le temps où la famille Oranje-Nassau représentait une menace pour la Belgique. Pourtant, l’abrogation de ce décret n’est sans doute pas pour demain. "Ce décret a fait l’objet de plusieurs demandes de modification ou d’abrogation de la part de partis flamands, sans aboutir", explique Vincent Dujardin.

"En 1993, le Conseil d’Etat a pourtant estimé qu’une abrogation était possible malgré le caractère perpétuel du décret. Il faisait référence à la loi salique, elle-même réputée perpétuelle et pourtant abrogée en 1991, permettant aux descendantes du souverain de lui succéder. Mais comment s’y prendre pour abroger le décret de 1830, le Conseil d’Etat a renvoyé la question au législateur. Celui-ci n’a pas l’air pressé de se pencher sur la question, d’autant plus que les dernières demandes provenaient de l’extrême droite flamingante."

Certains y verront le fantasme des nationalistes de voir réunis les anciens Pays-Bas d’antan, ceux qui englobaient une bonne partie de la Belgique actuelle.

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