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"Les affres de la guerre sous Louis XIV": Huy, ville martyre

"Les affres de la guerre sous Louis XIV", le nouvel ouvrage de l'historien Jean-Pierre Rorive
31 août 2020 à 05:582 min
Par Martial Giot

" Les affres de la guerre sous Louis XIV ", c’est le titre de l’ouvrage que l’historien liégeois Jean-Pierre Rorive vient de publier aux Editions Jourdan.

Dans un livre précédent, il s’était intéressé aux aspects militaires et stratégiques de ces guerres. Cette fois, il examine leur impact sur les populations et sur l’économie.

Jean-Pierre Rorive se centre sur Huy, sa ville natale, car, comme il le relève : "C’est le cas le plus exemplaire. Cette ville a subi le plus de sièges en Europe au XVIIe siècle. Louis XIV a exporté tous ses conflits et c’est nous qui avons à peu près tout reçu : la majorité des Pays-Bas espagnols qui correspondent à la Belgique d’aujourd’hui, enfin plus ou moins. Et la Principauté de Liège est enclavée dans les Pays-Bas. Elle était neutre la Principauté de Liège, mais c’était un beau prétexte pour les armées de venir la piller. Les guerres de Louis XIV, c’est 40 ans, à peu près. Au XVIIe siècle, l’Europe a connu à peu près trente années sans guerre et chez nous deux années sans guerre, en " Belgique "."

Huy, bouclier et tremplin sur le boulevard des armées d’Europe

L’historien explique : "La ville de Huy est une de celles qui ont le plus souffert, c’est une ville martyre. Huy a le malheur d’être sur le boulevard des armées d’Europe, le boulevard mosan. Huy était le bouclier de Liège et de Namur ou bien le tremplin pour attaquer Namur qui est la plus grande place des Pays-Bas espagnols. Liège est quand même une capitale aussi. Comme place forte stratégique, c’était nul, mais bon c’est quand même une capitale d’un état. Nous avons reçu tous les coups qui étaient destinés à bien d’autres régions de " Belgique ". Plus tous les malheurs qui accompagnent.".

Vols, réquisitions, famines, maladies

"La guerre en soi n’est qu’une partie des malheurs.", poursuit Jean-Pierre Rorive, "Pour la population, il y a tout ce qui va avec. Vous avez quantité de malheurs qui surviennent en même temps et qui renforcent leurs effets destructeurs. C’est l’hécatombe démographique. Huy a connu une alternance, sans arrêt, d’armées d’occupation. Les troupes logent chez l’habitant. On volait, on réquisitionnait. Les campagnes sont ravagées. Qu’est-ce qu’il n’y a pas eu comme famines ? Même en période de famine, quand les Hutois crèvent déjà de faim, il y a réquisition générale de tout ce qu’ils trouvent chez les gens. Et quand les gens crèvent de faim, ils mangent n’importe quoi. J’ai vu des choses horribles dans les archives. Les armées, qui se déplacent, sèment, sur la route qu’elles empruntent, toutes leurs contagions."

"Il n’y a plus de commerce. L’industrie est moribonde. Avant les guerres de Louis XIV, il y avait encore, à peu près, 20 à 25 forges en fonction. Après les guerres, il n’y en a plus. Sauf quelques-unes parce qu’elles ont été transformées en papeteries.".

Destructions

Les sièges successifs amènent évidemment leur lot de destructions : "Le plus grave malheur, c’est l’incendie de 1689. J’ai des estimations de 900 maisons brûlées. Le château a été miné par les Français. Ils l’ont fait exploser. Il y a plein de pierres qui sont tombées sur les maisons en bas. Ils ont détruit tous les remparts. Il y a un Hutois qui se plaint que les soldats venaient déféquer dans les ruines, à tel point que, dans son escalier, c’est une avalanche. Et il demande des dédommagements parce que tout le monde est malade chez lui. La ville était plus endettée à la fin des guerres de Louis XIV encore que pendant. La ville ne s’en remet pas, beaucoup plus tard que les autres, pas avant 1840. Et la dernière dette de guerre de Louis XIV a été payée vers 1940.".

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