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Sous couverture

Les 10 BD à mettre absolument sous le sapin !

Les 10 BD à mettre absolument sous le sapin !
21 déc. 2021 à 13:004 min
Par Sous Couverture

Difficile de faire un choix radical parmi tous les ouvrages parus cette année, tant il y a de bonnes choses. Sans compter que certains genres – et parfois certains publics – n’ont rien à voir les uns avec les autres. Voici les neuf incontournables 2021 de Thierry Bellefroid, chacun élu dans sa catégorie. Et un dixième en bonus, qui est, pour lui, l’album de l’année !

Le conte philosophique

Le discours de la panthère, par Jérémie Moreau (Éd. 2024)

Le dessin de Jérémie Moreau vaut à lui seul l’achat de ce livre, qui propose de courtes histoires mettant en scène des animaux dont l’auteur accentue les traits de caractères liés à leur "réputation". Au final, on découvre toute la portée et la profondeur d’une histoire sur l’évolution et la place de l’homme. Arrivé à la fin, on n’a qu’une envie : recommencer la lecture !

Le livre d’humour

Faut pas prendre les cons pour des gens, vol. 3, par Reuzé, Rouhaud, Haudiquet et Bernstein (Éd. Fluide Glacial)

En trois volumes, cette série s’est imposée comme l’avait fait Fabcaro il y a quelques années dans la foulée de Zaï Zaï Zaï. Il y a d’ailleurs une parenté entre les deux. Comme chez Fabcaro, il y a l’utilisation de dessins qui figent l’action d’une case à l’autre et le recours à l’absurde. On voit là la naissance d’une génération dont l’humour puise ses racines dans la tradition anglo-saxonne. Le plus fort, avec Faut pas prendre les cons pour des gens, c’est que l’absurde y fait réfléchir et grincer des dents. Car tous les gags partent des travers de notre société individualiste et consumériste.

Le roman graphique

Quelqu’un à qui parler, de Grégory Panaccione (Éd. Le Lombard)

Adapté du roman de Cyril Massaroto, c’est une des bandes dessinées les plus émouvantes de l’année. On y suit l’histoire d’un homme si seul que le jour de son anniversaire, ne sachant à qui parler, il compose le numéro de téléphone de la maison de son enfance. Et qui décroche ? Lui, enfant. Commence une relation entre celui qu’il est devenu et celui qui a rêvé une autre vie future. Magnifiquement adapté par Panaccione !

J’aurais pu choisir un autre roman graphique pour cette année : 47 Cordes, de Timothé Le Boucher, chez Glénat, qui est absolument génial. Mais ce n’est que la première de deux parties. Attendons donc de pouvoir vous proposer l’histoire complète…

L’intégrale

Tyler Cross, par Nury & Brüno (Éd. Dargaud)

Dos toilé, plus de 300 pages de BD, postface du scénariste, mais surtout… édition noir et blanc magnifiant le dessin incroyablement stylisé de Brüno, voilà une intégrale qui n’a que des qualités. Tyler Cross, c’est la Floride vue côté face. Il y a le soleil et les palmiers, certes. Mais surtout la violence débridée. Tout est résumé dans cette phrase qui présente la série : " Un jour, Tyler Cross paiera pour ses crimes. En attendant, il en commet d’autres. "

La narration la plus originale

Dans la tête de Sherlock Holmes (tomes 1 et 2), par Cyril Lieron & Benoît Dahan (Éd. Ankama)

Prendre le livre en mains est déjà une expérience : ce tome 2 répond au tome 1 (l’histoire raconte une seule enquête en deux volumes) et chacun des deux montre une silhouette découpée qui laisse apparaître le dessin de la page de garde. En réalité, ce n’est rien à côté de ce qui vous attend à l’intérieur. Toutes les pages de cette enquête où les auteurs se placent dans le cerveau du génial détective sont d’une inventivité révolutionnaire. Jouissif. Bluffant. Malin. Et terriblement esthétique.

La reprise culottée (et réussie)

Goldorak, par Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac, Guillo (Éd. Kana)

Ce fut l’évènement éditorial de l’automne : la reprise de Goldorak, par cinq auteurs français, un scénariste (qui n’a plus rien à prouver), trois dessinateurs et un coloriste. Se basant sur leur propre manque à la suite de la fin de la série animée qui a baigné leur jeunesse, ces auteurs en ont tout simplement imaginé la suite, qui se déroule une dizaine d’années plus tard, au Japon. Adoubés par le Maître lui-même, ils ont réussi le pari haut la main. Le public ne s’y est pas trompé !

La première œuvre : Ex-aequo

Le Grand Vide, de Léa Muriawec (Éd. 2024)

Une dystopie glaçante dans laquelle l’autrice nous montre le destin d’une jeune femme promise à la disparition, faute d’attention. Manel Naher vit en effet dans un monde où si votre nom n’est pas prononcé, vu, connu, vous vous délitez peu à peu. Le graphisme propose une vision urbaine toute en verticalité, d’une folle esthétique. Quant au fond, il est d’une portée sociétale évidente qui nous renvoie au monde des réseaux sociaux. Une première œuvre magistrale.

René.e aux bois dormants de Elene Usdin (Éd. Sarbacane)

Un livre qui éclate de couleurs, et qui surprend d’un bout à l’autre ! Premier roman graphique mais pas première œuvre pour Elene Usdin. À cinquante ans, elle a déjà tracé son sillon dans la photographie et l’illustration. Elle propose ici une sorte d’Alice au Pays des Merveilles revisité sur le thème de la culture amérindienne. Récemment consacré par Le Prix de la Critique. Onirique. Identitaire. Chromatique.

Le livre sur la musique

Les Amants d’Hérouville, par Yann Le Quellec & Romain Ronzeau (Éd. Delcourt)

C’est un très gros roman graphique biographique qui se dévore comme la plus passionnante des fictions. Recourant à des photos et autres documents d’époque au milieu des traditionnelles planches de BD, les auteurs déroulent l’incroyable histoire du musicien et producteur Michel Magne. Après des débuts dans la musique de film, Magne eut l’idée, avant tout le monde, d’installer un studio d’enregistrement à la campagne, dans un château tout confort. Il y reçut les plus grands (Elton John, entre autres, mais la liste comporte bien des noms prestigieux, dont celui de Bowie) et surtout, rêva si fort que son utopie se cassa les dents sur la réalité. Fabuleux destin, peinture de l’industrie musicale des années 70 et magistrale leçon de narration (bio-) graphique.

LE livre de l’année

Les Grands cerfs, par Gaëtan Nocq, (DM Éditions)

Après bien des hésitations, le livre que je place hors-catégorie au-dessus de tous les autres est l’adaptation d’un roman de Claudie Hunzinger par Gaëtan Nocq. L’histoire, qui est une mise en abîme de la propre histoire de la romancière, montre pas à pas l’entrée en forêt et la rencontre du règne animal à partir d’une expérience d’affût. Mais sans rien cacher des contradictions et des réalités du monde des grands cerfs, aujourd’hui, dans les forêts des Vosges. À la fois contemplatif, prodigieusement graphique, politique et philosophique, ce bouquin vous hante longtemps après sa lecture…

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