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Legss : "La manière dont nous composons est dictée par notre mode de vie"

Legss : "La manière dont nous composons est dictée par notre mode de vie"
03 janv. 2022 à 10:397 min
Par Renaud Verstraete

2022 est désormais bien là et chez Jam, on commence à parier sur les jeunes groupes qui vont exploser cette année. Il ne faudra pas manquer les Londoniens de Legss, avec deux "s". Une assonance qui résonne comme un sifflement inquiétant et qui semble mettre d’accord la presse britannique. Soutenu par l’incontournable Steve Lamacq et encensé pour ses lives sulfureux, le quatuor est désormais lancé à toutes jambes et promet d’être une des révélations rock UK de l’année. Rencontre avec les colocs londoniens Ned (chant/guitare) et Max (guitare), rejoints par Jake (basse) et Louis (batterie).

Hello les gars ! Votre dernier single, "Hollywood", est sorti à l’automne dernier et nous a vraiment retournés. Est-ce qu’il annonce un album à venir ? 

Ned : On a sorti 2 singles cette année. D’habitude lorsqu’un groupe sort deux singles, on s’attend à ce qu’il enchaîne avec un album complet. Mais on n’a pas encore assez de matière pour un premier album. Donc, on s’est dit qu’on allait sortir ces deux premiers morceaux en attendant (rires). On est en train d’écrire le plus de musique possible mais rien n’est encore enregistré.

Votre nom commence à circuler dans les rues de Londres et en dehors. Faites-vous de la musique à plein temps ?

Max : On en rêverait !

Ned : C’est une question très pertinente. Pour le moment, on jongle entre des boulots à temps plein, à temps partiel, et notre volonté de jouer et de composer un maximum possible. Ici à la fin de l’année, on était tous un peu sur les rotules parce qu’on prend la musique très au sérieux mais qu’on doit tout de même gagner de quoi payer nos loyers ici à Londres. C’est un peu conflictuel pour le moment et malheureusement on ne peut pas se permettre de vivre uniquement de notre musique. Mais on fait tout pour !

Est-ce que votre quotidien dans la capitale britannique vous inspire ?

Ned : Oui, on est inspiré mais aussi contrarié par cette routine qui nous révolte parfois. On écrit là-dessus parce qu’on fait partie de cet environnement mais aussi parce que les contraintes liées à ce mode de vie nous empêchent de vivre comme on le voudrait et ça nous met en colère. Avec Londres, c’est un peu une sorte de relation d’amour-haine.

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La scène rock londonienne est en pleine ébullition avec notamment des groupes comme Black Midi et Black Country, New Road. Ça fait quoi de faire partie de cette scène ?

Max : Je pense que cette scène existe plus du point de vue des médias qu’en réalité, en fait. Ce n’est pas comme si on sortait tous ensemble tous les soirs au Windmill. On ne se sent pas nécessairement connectés avec ces gens-là.

Ned : Il faut admettre que ces groupes sont vraiment plus gros que nous. Evidemment, c’est toujours un compliment quand on nous associe à eux. Si NPR décide de nous mettre dans le même panier, c’est vraiment positif pour nous. Mais quiconque nous écoute sait qu’on ne leur ressemble vraiment pas. Toute cette scène est en partie fabriquée par les médias mais en même temps, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Est-ce que vous voyez cette comparaison comme une opportunité ? Ou est-ce encore plus difficile de se distinguer en tant que groupe ?

Louis (batterie) : Il y a énormément de musique qui émerge de la scène ici à Londres. Evidemment Black Country, New Road et Black Midi en sont devenus les emblèmes et seront toujours les groupes auxquels les autres seront comparés. Mais ils ont leur propre créneau. Je ne pense d’ailleurs même pas qu’on puisse mettre ces deux groupes dans le même panier.

Ned : Il y a eu des étiquettes de genres liés à une ville ou une époque qui étaient beaucoup plus restrictives et négatives que ce que l’on connaît ici, comme le grunge et la britpop par exemple. Tous ces groupes, Black Midi, Black Country, ils sont extrêmement variés au niveau musical donc ça ne restreint pas autant cette "scène", de par la nature même de leur musique. La grande différence entre eux et nous, c’est que nous n’avons pas le mot "black" dans notre nom (rires) !

"Il doit y avoir 5 raisons différentes à notre nom de groupe et je n’arrive jamais à me souvenir laquelle est la bonne (rires)".

Vos deux premiers EP sont sortis en 2019 et 2020. Le dernier, "Doomswayers", présentait une nette évolution en termes de sonorités et de production. À quoi peut-on s’attendre pour votre futur album ?

Ned : Pour notre premier EP "The Writhing Comedy", on ne s’est pas trop posé de questions. Mais pour "Doomswayers", on a vraiment essayé de construire un univers global. Les arrangements, la pochette, les vidéos, les paroles, tout ça converge d’une certaine manière vers ce monde qu’on essaie de construire. Ce que l’on sortira plus tard sera sans doute dans la même veine mais occupera un monde différent, si mon explication tient la route (rires).

Vous avez sorti deux livres qui contiennent vos paroles, des photos et du contenu supplémentaire. Est-ce important en tant que groupe d’avoir une réflexion globale et de transmettre votre musique sous plusieurs formes ?

Jake (basse) : Je pense oui, nos morceaux n’existent pas d’eux-mêmes mais font partie d’un contexte plus large.

Ned : Exactement, et quand on compose de nouveaux morceaux, il y a toujours des histoires à raconter, des photos et d’autres bonus qui les entourent. Ce serait dommage de ne pas mettre tout cela en valeur ! Et puis, on a la chance de travailler tous les 4 au quotidien dans différents médias. Chacun apporte donc sa vision pour décliner notre musique sous plusieurs formes. C’est peut-être une des raisons pour laquelle notre album n’est pas encore prêt à sortir. On passe un temps énorme à réfléchir à tout cela. Par exemple, le court-métrage qu’on a réalisé pour "Hollywood" était un gros projet. Pour nous, c’est aussi important d’exploiter ces à-côtés que de passer du temps sur la musique en elle-même.

Louis : Je pense aussi que c’est vachement riche d’essayer de proposer une expérience qui soit multisensorielle et pas uniquement sonore.

Ned : Cela dit, on ne prétend pas être un collectif d’art. On reste avant tout un groupe de musique (rires).

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Votre musique est complexe, imprévisible et pleine d’influences diverses. Comment se passe la composition ? Est-ce un processus collaboratif ?

Max : Oui c’est vraiment collaboratif. Je ne pense pas qu’il y ait une seule manière dont nous composons. Tous nos morceaux ont un point de départ différent. Parfois on improvise en jouant tous les 4, parfois quelqu’un amène une structure composée à la maison. Ça peut démarrer avec des nappes sonores électroniques ou un monologue. C’est vraiment varié.

Louis : A la maison, on aime aussi beaucoup travailler dans une approche de sound design en essayant de susciter des émotions au niveau sonore plutôt qu'en se concentrant uniquement sur la musique. Un truc que j’ai toujours rêvé de faire c’est de capturer les caractéristiques acoustiques d’un endroit particulier afin de pouvoir reproduire la réverbération du lieu dans notre musique. Ça serait juste incroyable d’aller dans les égouts de Londres ou dans un bunker à Clapham ou un truc du genre. Ce sont des idées avec lequel on joue pour le moment, à côté de la musique et de la production plus électronique.

Ned : Je pense que la manière dont on compose est dictée par notre mode de vie. On n’a pas le luxe de pouvoir être en studio pendant deux semaines et aucune de nous n’a de vraie formation musicale. Comment le groupe vit et fonctionne, ça influence directement notre manière d’écrire. Si on trouvait subitement une énorme somme d’argent qui nous permettrait de se focaliser à plein temps sur le groupe, alors ça changerait irrémédiablement notre musique. 

Notre musique se veut honnête et représente les émotions ce que nous ressentons lorsque nous jouons ensemble.

Au-delà de cet aspect de production, vous êtes un groupe de scène. En live, Ned récite des monologues qui sont devenus votre marque de fabrique. Sont-ils improvisés ?

Louis : Oui, Ned a beaucoup de phrases à retenir mais il part souvent en freestyle (rires).

Jake : Il fait ça super bien en plus (rires). Il y a des choses qu’il dit, même quand on répète entre nous, qui sont juste des petits bijoux. Parfois, on sort des phrases incroyables à nous 4 quand on se marre et qu’on se laisse aller. Je ne peux pas parler pour Ned mais parfois sur scène il adapte certains passages en fonction du moment. Souvent je ne m’en rends compte qu’en réécoutant l’enregistrement (rires). Parfois, il case une private joke pour une pote à nous ou il fait référence à la salle où on joue. D’une certaine manière, nos lives évoluent constamment grâce à ça. Il a quelque chose de vrai et d’instantané.

Louis : Qu’est-ce que tu penses de tout ça Ned (rires) ?

Ned : Vous avez parfaitement raison les gars (rires). Il y a une grande partie qui est écrite à l’avance. Parfois, j’oublie les paroles ou je démarre au mauvais moment donc je me retrouve souvent à improviser. Heureusement, j’ai une sorte de réserve de trucs à dire dans ma tête. Mais comme le dit Jake, je suis souvent inspiré par ce qu’il se passe dans la salle à ce moment-là. Parfois, ça ressemble plus à une énumération de ma liste de courses (rires).

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En ce début d’année, si vous pouviez faire un souhait pour 2022 ?

Ned : J’ai cassé mes deux guitares en tournée, donc mon vœu serait d’avoir une guitare parce que j’utilise celle de Max pour le moment (rires).

Louis : J’aimerais trop descendre dans les égouts de Londres pour y capter la réverbération (rires).

Max : Moi, je voudrais que les autres s’achètent enfin leurs propres pédales d’accordage, histoire qu’ils ne doivent plus se brancher sur la mienne à chaque répétition et chaque concert.

Jake : Je trouve ça sympa moi justement ! C’est la seule fois où j’ai l’occasion d’aller de ce côté de la scène. C’est un peu notre petit câlin rituel avant de jouer (rires). Sinon j’adorerais pouvoir rejouer à l’étranger, on s’était tellement bien marré à Rotterdam. Avec toutes les incertitudes liées au Covid, ce serait super d’avoir une petite série de concerts dans des pays où nous n’avons jamais joué !

De haut en bas et de gauche à droite : Ned (chant/guitare), Max (guitare), Jake (basse) & Louis (batterie).
De haut en bas et de gauche à droite : Ned (chant/guitare), Max (guitare), Jake (basse) & Louis (batterie). Will Reid

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