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Législatives en France ce dimanche : tout savoir sur le second tour

18 juin 2022 à 15:39 - mise à jour 19 juin 2022 à 05:03Temps de lecture5 min
Par Lavinia Rotili

Ce dimanche, les Françaises et les Français voteront pour élire les députés qui siégeront à l’Assemblée nationale. La campagne électorale pour ce scrutin, parfois appelé aussi "troisième tour",  avait commencé déjà pendant la présidentielle. Au petit matin du jour J, on vous explique tout sur ce rendez-vous politique majeur.

1. Quelles sont les coalitions qui vont s’affronter ?

Commençons par le plus simple : qui sont les protagonistes de cette campagne ? D’un côté, le président fraîchement réélu Emmanuel Macron mène une coalition appelée "Ensemble", qui réunit LREM, Modem, Horizons et Agir. Pour le président, l’enjeu est de taille : pour mener à bien son programme et sans devoir faire trop de compromis, il a besoin d'une majorité parlementaire forte. Pour rappel, la majorité absolue s’obtient avec 289 sièges.

De l’autre côté se trouve la coalition "Nupes (Nouvelle union populaire, écologique et sociale)", qui réunit toutes les formations de gauche : les Insoumis, les socialistes, les écologistes et les communistes.

Le rassemblement de la gauche veut capitaliser sur le succès de Mélenchon à la présidentielle pour peser. C'est aussi une union des gauches inédite mais née d’une prise de conscience : les différents partis ont besoin les uns des autres pour espérer s’imposer. Pendant la campagne pour la présidentielle, la gauche – notamment les socialistes – avait clairement reconnu l’échec avant de rebondir. Du côté des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, qui jamais caché sa volonté de devenir Premier ministre, appuie son ambition sur le score obtenu au premier tour de la présidentielle (21,95% des voix, nous rappelle FranceInfo).

Les autres formations politiques sont bien sûr présentes, mais le système de scrutin en vigueur favorise les formations plus larges et bien implantées, comme nous vous l’expliquions déjà ici.

2. Les sondages

Qui dit élection dit aussi sondage : jusqu’à ce vendredi 17, les projections se sont multipliées. Or s’il faut garder à l’esprit qu’un sondage n’est pas toujours fiable, il reste une photographie d’un instant T assez intéressante. Les derniers sondages ont été diffusés ce vendredi 17, on les passe en revue.

Celui réalisé par Elabe pour BFMTV affirme que le risque existe que la coalition portée par Emmanuel Macron n’obtienne pas la majorité absolue. Les estimations d’Elabe sont les suivantes :

  • Ensemble pourrait obtenir entre 255 et 295 sièges. Dans les deux cas, ce serait moins de sièges qu’en 2017.
  • Nupes pourrait obtenir entre 150 et 200 sièges, en hausse par rapport aux législatives précédentes (respectivement +77 ou +127 sièges en plus).
  • Les Républicains – UDI auraient entre 55 et 75 sièges, en baisse par rapport à 2017
  • Le Rassemblement National pourrait en totaliser entre 30 et 50, en hausse par rapport aux législatives précédentes.
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Le sondage Ipsos et Sopra Steria réalisé pour France télé et Radiofrance, estime, lui, que la majorité présidentielle pourrait conserver l’avantage et obtenir éventuellement la majorité absolue. Cependant, les instituts précisent que dans 60 circonscriptions les résultats se jouent à plus au moins deux points dans leur sondage, ce qui rend la projection moins certaine.

"Créditée de 140 à 180 sièges, la Nupes constituerait dès lors la première force d’opposition, à laquelle pourrait s’agréger de 12 à 24 députés divers gauche (outre-mer, dissidents)", poursuit encore l'institut de sondage.

Image prise sur le site d’Ipsos : https://www.ipsos.com/fr-fr/legislatives-2022/legislatives-ensemble-garde-lavantage
Image prise sur le site d’Ipsos : https://www.ipsos.com/fr-fr/legislatives-2022/legislatives-ensemble-garde-lavantage IPSOS

Troisième sondage d’envergure, celui d’Ifop et Fiducial, menée pour LCI et Sud Radio. "Sur la base de la projection des résultats en nombre de sièges à l’Assemblée nationale, la marge d’erreur ne permet pas de déterminer si la majorité présidentielle pourrait obtenir la majorité absolue des sièges en dépassant la barre des 289 députés", explique l’Ifop. Selon l’institut, Ensemble pourrait obtenir entre 270 et 300 sièges, là où Nupes est en obtiendrait entre 160 et 190. Pour le RN, ce serait entre 25 et 45 sièges.

Selon Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, il est probable qu’Ensemble remporte la majorité relative (moins de 289 voix tout en étant la première formation), ou alors une majorité absolue, mais de justesse.

En somme, il reste difficile, à ce stade, de jouer les pronostics. Gardez également à l’esprit qu’un sondage se base sur plusieurs questions. Elles peuvent différer d'un sondage à l'autre ou être posées de manière différente. Cela, ajouté à des différences de méthodologie, d'échantillon (c’est-à-dire le nombre de personnes interrogées) ou de marge d'erreur peuvent avoir une influence sur les résultats. 

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3. Les triangulaires, kesako ?

Dans les médias, on parle également de "triangulaires". Les moins férus de politique internationale doivent se demander de quoi il en retourne. Et bien, c’est simple : il s’agit de ces cas où trois candidats auraient obtenu assez de voix (12,5% des inscrits) pour arriver au deuxième tour et qu’aucun d’entre eux ne se retire. A la place d'avoir un traditionnel "duel" entre deux candidats, la place est convoitée par trois personnes.

Les médias français rappellent que c’est quelque chose de très rare, parce que le système est pensé pour qu’il y ait seulement deux candidats à s’affronter, mais cette fois les triangulaires sont sept, explique France info.

Dans quatre circonscriptions (en Dordogne, dans le Lot-et-Garonne, la Nièvre et le Tarn), Ensemble, la gauche et le RN s’affronteront. Dans deux autres circonscriptions en Hauts-de-Seine, Ensemble sera en tête-à-tête avec la Nupes et LR. Il reste alors une dernière triangulaire, dans le Lot : un candidat PS s’affrontera avec la Nupes et Ensemble. Nos confrères de France Info rappellent qu’une huitième triangulaire devait se tenir dans le Lot-et-Garonne, mais la candidate de la Nupes s’est finalement retirée.

Pour finir, sachez aussi que dans cinq circonscriptions, toutes situées en Ile-de-France, le deuxième tour n’aura même pas lieu : cinq candidats y ont été élus dès le premier tour. Quatre font partie de la coalition Nupes et l’autre fait partie de la majorité de Macron.

4. La stratégie de la cohabitation

L’autre mot souvent répété dans les médias, c’est "cohabitation" : c'est ce qui arrive quand la majorité élue à l’Assemblée nationale vient d’une famille politique qui n’est pas celle du président. Comme le rappelait Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille, "Depuis 1958 en France, c’est arrivé à trois occasions que l’opposition gagne les législatives. Le président avait alors nommé comme Premier ministre le chef de l’opposition". C’était le cas entre 1986 et 1988, ensuite entre 1993 et 1995 et puis, plus récemment, entre 1997 et 2002.

Evidemment, une cohabitation serait plus difficile à gérer pour Emmanuel Macron : il serait soumis à de nombreux compromis afin de faire passer les points de son programme électoral. L’enjeu est de taille, si l’on regarde aux intentions du président, engagé dans toute une série de réformes dont celle des retraites.

Selon l’expert, la stratégie de Jean-Luc Mélenchon est exactement celle de la cohabitation : fort de son succès à la présidentielle, il incite ses électeurs à voter pour la coalition de gauche en brandissant cette hypothèse de la cohabitation. C’est, selon Pierre Mathiot, une tentative d’éviter l’abstentionnisme des électeurs de gauche qui s’était vérifié en 2017.

Ce qui est intéressant, en revanche, est que 14 ministres sont candidats aux législatives : s’ils ne sont pas élus, ils vont quitter le gouvernement, ce qui pourrait entraîner un remaniement.

5. En toile de fond, l’abstentionnisme

Le climat de méfiance généralisé à l’égard de la classe politique se fait ressentir à chaque élection en France, avec une diminution constante de la participation électorale. C’était le cas à la présidentielle, mais aussi aux élections législatives (les chiffres sont consultables sur le site du ministère de l’Intérieur).

Pour ce dimanche, les estimations des instituts de sondage sont très proches : pour Elabe, le taux de participation oscillerait entre 44% et 47%, avec une participation bien plus accentuée chez les seniors, alors que pour l’Ifop on serait à 47%. Ipsos, en revanche, table sur une fourchette allant de 45% à 49%.

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