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Légalisation du cannabis au Canada : trois ans plus tard, quel impact sur le marché noir et la consommation ?

Le Canda a légalisé le cannabis il y a 3 ans.

© Belga

16 déc. 2021 à 14:22Temps de lecture4 min
Par Alice Dulczewski

Cette semaine, Malte a légalisé la culture à domicile de cannabis et sa consommation dans la sphère privée. Il s’agit d’une première dans l’Union européenne. Parce que oui, on se trompe souvent là-dessus mais la consommation/vente de cannabis n’est pas légale aux Pays-Bas, elle est juste tolérée. Cela signifie que la police et la justice ferment les yeux, tant que certaines "règles" sont respectées. L’exemple de Malte pourrait toutefois en inspirer d’autres en Europe, comme l’Allemagne ou le Luxembourg. Légaliser le cannabis, quel impact cela pourrait avoir ? Penchons-nous sur l’exemple du Canada, qui a légalisé le cannabis il y a trois ans. 

 

Trop cher par rapport au marché noir ?

C’était une promesse de campagne de Justin Trudeau : légaliser la vente, la production et la possession de cannabis pour les adultes. Le 17 octobre 2018, la loi est passée. L’objectif principal était clair : supplanter le marché noir. Trois ans plus tard, quel bilan ?

Le premier constat, c’est que le marché noir n’a pas disparu d’un coup de baguette magique, au contraire. Au départ, la plupart des consommateurs ont gardé leurs habitudes et le marché noir est resté dominant. La raison principale ? Le prix du cannabis légal, nettement plus élevé que celui trouvé sur le marché noir.

Face à ce constat, producteurs et vendeurs légaux ont été obligés de s’adapter et les prix ont commencé à diminuer. Ainsi, comme le rapporte le journal La Presse, le prix moyen du gramme (légal) de fleurs séchées est passé de 11,78 début 2019 à 7,50$ début 2021 au Canada. Soit une baisse de 37%.

Grâce à cette baisse de prix, le marché légal a progressé et au Québec par exemple, la Société québécoise du cannabis (SQDC) estime désormais que le marché légal représente environ la moitié des ventes de cannabis. Aujourd'hui, marché noir et marché légal de cannabis sont donc au coude-à-coude.

Au coude-à-coude, cela signifie donc que le marché noir - bien qu'en diminution - garde son attractivité pour certains clients. Pour sept consommateurs qui s’y approvisionnent sur dix, l’argument est toujours le prix. Car le cannabis du marché noir est toujours moins cher. 

Du cannabis tel que vendu dans un magasin de la SQDC, société québécoise du cannabis.
Du cannabis tel que vendu dans un magasin de la SQDC, société québécoise du cannabis. © AFP or licensors

Objectif : 75% de vente légale de cannabis au Québec

Mais le prix ne fait pas tout. Pour certains consommateurs de cannabis, le marché légal présente d’autres avantages par rapport au marché illicite. Déjà, il y a l’accessibilité du cannabis : il suffit de se rendre dans un magasin et le tour est joué. Cet argument compte surtout dans les provinces qui autorisent les magasins "privés" de cannabis. A Toronto par exemple, en Ontario, le nombre de ces magasins a explosé ces derniers mois. Radio-Canada parle même de magasins de cannabis qui "inondent le paysage" au point de transformer certains endroits de la ville en "quartiers du pot" (du cannabis, ndlr.).

Autre argument : le fait de savoir exactement ce que contient le produit acheté. Ainsi, le consommateur sait par exemple quel effet tel ou tel type de cannabis doit avoir. Il peut non seulement choisir entre un cannabis de type sativa (plus énergisant), de type indica (plus relaxant) ou un hybride. Mais aussi connaître le pourcentage exact de THC (molécule active du cannabis) dans le produit. Un confort… mais aussi une façon d’éviter les mauvaises surprises.

Ces arguments – en plus du prix en baisse – pourront-ils permettre de battre le marché noir sur le long terme ? Peut-être jamais totalement. La Société québécoise du cannabis (SQDC) espère en tout cas à atteindre les 75% de vente légale de cannabis au Québec.

© Getty

Quelle consommation depuis la légalisation ?

L’autre question brûlante : dans quelle mesure la consommation de cannabis a-t-elle augmenté avec la légalisation ? Un rapport de Statistique Canada révèle que fin 2020, 20% des Canadiens interrogés avaient consommé du cannabis dans les trois derniers mois. Ce chiffre s’élevait à 17,5% en 2019 et à 14% en 2018. Si l’évolution est claire, le rapport évoque quand même l’impact possible de la pandémie de Covid-19 sur la consommation de cannabis. Le rapport reste toutefois prudent car cet impact est "difficile à mesurer", peut-on lire.


A lire aussi : Coronavirus : près d’un Belge sur six s’est mis à boire de l’alcool


Par ailleurs, il faut aussi différencier la consommation quotidienne et ponctuelle. Dans son rapport annuel sur le cannabis, Santé Canada fait la distinction entre les deux. Le tableau ci-dessous montre ainsi qu’en 2020, 35% des Canadiens (qui consomment) ont fumé/ingéré du cannabis moins d’une fois par mois. Par contre, 18% des consommateurs l’ont fait quotidiennement.

Fréquence de la consommation de cannabis au cours des 12 derniers mois, en 2020.
Fréquence de la consommation de cannabis au cours des 12 derniers mois, en 2020. © Santé Canada

Money, money, money

Ce qui est sûr, c’est que le cannabis est un marché alléchant. En 2020, les ventes de cannabis légal au Canada se chiffraient à environ 2,6 milliards de dollars (américains) et selon un rapport de la firme de conseil Deloitte, ce montant devrait plus que doubler d’ici 2026. Sans oublier qu’une part de cet argent se retrouve dans les caisses de l’Etat. Ainsi, au Québec par exemple, la SQDC a versé un total de 53,3 millions au gouvernement québécois rien que pour le deuxième trimestre de l’année 2021.

Et la santé mentale ?

La docteure montréalaise Marie-Ève Morin, spécialiste de la dépendance et de la santé mentale, appelle néanmoins à ne pas banaliser la consommation de cannabis. Citée par le journal La Presse, elle souligne : "Ça augmente le taux de cancers respiratoires, ça augmente les risques de psychose, ça a un effet dépresseur à long terme, c’est addictif [et] il y a un sevrage quand on arrête. Ce n’est pas banal, le pot (cannabis)".

Cet avertissement, il est d’ailleurs inscrit sur les produits achetés en magasin : "Vous pouvez devenir dépendant", "consommer régulièrement du cannabis peut augmenter le risque de psychose et de schizophrénie", "les adolescents sont à risque". Mais malgré cela, révèle encore l’étude de Santé Canada, 45% des consommateurs de cannabis canadiens ignorent encore qu’une consommation (quasiment) quotidienne de cette substance peut augmenter les risques de problèmes de santé mentale.

© AFP or licensors

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