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Environnement

Le Zébucq, cette nouvelle matière naturelle développée par une jeune créatrice en pleine pandémie

Loetitia Razanamarie a créé sa marque de maroquinerie VAZANE by Lora & Zéboutin en pleine crise sanitaire, proposant une nouvelle matière naturelle exclusive, le Zébucq.
05 juil. 2021 à 08:00Temps de lecture7 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

Loetitia Razanamarie ne se destinait pas à devenir styliste, encore moins à lancer sa propre marque de maroquinerie, mais la pandémie a bouleversé ses plans de la plus belle des façons. Après une formation intensive pour les personnes en reconversion professionnelle à Esmod Paris, cette jeune créatrice originaire de Madagascar fait même mieux : elle lance sa première collection, Vazane, à partir d'une matière qu'elle a elle-même mise au point, le Zébucq, élaborée à partir de fibres de cocotier. Une véritable prouesse à l'heure où les plus grandes maisons se lancent une à une dans la course aux matériaux du futur.

La maroquinerie en quête de matériaux innovants

Deuxième industrie la plus polluante au monde, la mode est aujourd'hui contrainte de se réinventer en repensant sa production et en se tournant vers des matières plus respectueuses de l'environnement. Résultat, les marques de luxe s'associent à des start-up ou tentent de développer des matières innovantes comme le Demetra de Gucci, le Mylo de Bolt Threads, ou, plus connu, le Piñatex d'Ananas Anam.

Ce ne sont pourtant pas ces enjeux qui ont poussé Loetitia Razanamarie à fabriquer sa propre matière, le Zébucq, tout aussi innovante, mais la volonté de se démarquer, de proposer une matière différente, qui interpelle et qui ne ressemble à aucune autre. Fruit d'un heureux concours de circonstances, cette aventure amorcée en pleine pandémie a donné naissance à une marque de maroquinerie, VAZANE by Lora & Zéboutin, qui ne ressemble à aucune autre, et qui aurait pourtant pu ne jamais voir le jour.

De Madagascar à Strasbourg

Loetitia Razanamarie est née et a grandi à Madagascar, et c'est sur cette île que sa carrière de créatrice a d'une certaine façon commencé, sans que cela devienne pour autant une obsession, bien au contraire. "Je viens de Madagascar, qui est un pays assez pauvre. Pendant toute notre enfance, on s'habillait surtout avec de la friperie ou des produits de très mauvaise qualité, donc j'ai commencé à faire faire mes vêtements pour aller à des fêtes ou à des événements spéciaux. J'ai toujours voulu me démarquer, dans un souci d'originalité, donc je ne copiais pas ce que je voyais dans les catalogues mais je donnais des instructions à la couturière selon mes inspirations du moment. Et je me suis rendu compte que cela plaisait."

Malgré ce succès, Loetitia n'envisage pas d'en faire son métier pour la simple et bonne raison qu'il n'existe pas de formation de stylisme à Madagascar et qu'il faut avoir les moyens de jongler entre le stylisme et un autre métier pour vivre correctement. Elle se tourne donc vers des études d'administration d'entreprise, s'octroyant toutefois une année sabbatique après sa licence pour apprendre à coudre et explorer cette passion qui lui semble toujours inaccessible.

Premier tournant, en 2011, lorsque la jeune femme emménage en France pour des raisons personnelles. A Strasbourg, plus précisément. Mais ses diplômes malgaches n'étant pas valables dans l'Hexagone, elle passe cinq ans dans la grande distribution en tant qu'employée en libre-service, un travail qui la fait vivre mais qui ne la fait pas vibrer.

"C'est la crise qui a modifié mes plans"

C'est un simple mariage à Paris qui fait prendre conscience à Loetitia que ses talents de créatrice peuvent lui permettre de voir les choses en plus grand. Un événement pour lequel elle choisit de créer sa propre tenue et de customiser ses chaussures, qui ont une fois encore remporté un franc succès. "Je me suis dit qu'il y avait peut-être quelque chose. Et puis d'autres événements dans ma vie personnelle m'ont fait prendre conscience que si je ne faisais rien, j'allais peut-être le regretter et je ne voulais pas finir ma vie à faire un travail qui ne me plaisait pas forcément. Cela a été un déclic, et j'ai décidé de tenter ma chance."

Quelques cours en ligne plus tard, peu concluants, cette Strasbourgeoise d'adoption décide de partir à Paris et de faire une formation intensive à l'Esmod, une école reconnue formant aux métiers de la mode. Elle se spécialise dans les accessoires pour élargir au maximum ses compétences. 

C'est à ce moment qu'elle découvre sur la page Facebook de sa sœur, restée à Sambava, ville côtière de Madagascar connue pour sa cocoteraie, des objets artisanaux en fibre de cocotier brute.

"J'ai trouvé que c'était intéressant et je me suis mis en tête d'utiliser cette matière en maroquinerie. Je ne savais pas encore comment ni ce que j'allais en faire mais je trouvais que ça avait du potentiel."

En pleine pandémie de Covid, alors que les confinements successifs mettent subitement fin à son deuxième stage, la créatrice décide de se lancer et de créer sa propre marque.

Une décision qui est loin d'être irréfléchie car ces mois passés en confinement lui ont non seulement permis de faire des recherches et de développer sa matière, qu'elle peaufine toujours aujourd'hui dans son garage reconverti en atelier, mais également d'apprendre les bases de la maroquinerie aux côtés d'un artisan, ne serait-ce que pour réaliser son premier prototype en Zébucq, une matière dont elle seule a le secret, élaborée à partir de la fibre de cocotier. Sans surprise, à son bras, ce prototype fait l'unanimité. 

La fibre de cocotier, une matière d'avenir…

Si vous ne connaissez pas encore le Zébucq, notre petit doigt nous dit que cela ne va pas tarder. Cette nouvelle matière, développée à partir de la fibre de cocotier de la ville où a grandi Loetitia, se distingue par son aspect très texturé mais également par le fait qu'elle ne peut pas être travaillée autrement qu'à la main, ce qui nécessite des connaissances mais surtout un savoir-faire que la créatrice est parvenue à maîtriser seule, avec l'aide de ses proches et de son mari.

"On m'a déjà demandé pourquoi je n'automatisais pas la production. C'est tout simplement parce que c'est une matière qui a une multitude de subtilités en fonction de la manière dont elle est travaillée. Plus je l'utilise et plus je découvre de nouvelles manières d'avoir des textures et des apparences variées. C'est une matière qui a beaucoup de potentiel mais qui ne peut être révélée que manuellement. Mes sacs sont très résistants et durent dans le temps car j'ai adapté le design aux contraintes de la matière", souligne la fondatrice de VAZANE by Lora & Zéboutin.

Contrairement à d'autres matières "nouvelles" et "alternatives" utilisées en maroquinerie, le Zébucq ne s'apparente pas au cuir. "Au début, je l'ai présenté comme une alternative au cuir mais à l'usage, j'ai remarqué que cela n'avait rien à voir. C'est vraiment une matière en tant que telle, tout comme on a découvert que le raphia et le bambou étaient bons pour faire des sacs. Finalement,j'ai simplement découvert une matière qui était intéressante à utiliser dans certains produits de maroquinerie. C'est une matière végétale propre."

… mais qui se veut avant tout originale et authentique

La fondatrice de Lora & Zéboutin ne veut pas mentir à ses clients : ce ne sont pas les qualités environnementales et durables de la fibre de cocotier qui l'ont poussée à développer le Zébucq. Mais plutôt ce qu'elle cultive depuis l'adolescence : l'envie de se démarquer, d'être originale. Il s'agit aussi de se distinguer en tant que créatrice, ce qui n'est pas aisé en 2021. "Je voulais absolument avoir une chose qui me permette de me faire remarquer. On est des milliers à sortir des écoles de mode chaque année et je voulais un produit qui me permette d'être vue."

"Je voulais aussi avoir quelque chose qui soit comme moi, qui se distingue, et je n'étais pas guidée par le végétal mais par le fait d'avoir une matière qui soit colorée, texturée, et qui interpelle."

Un parti pris qui ne l'empêche pas de voir en ces fibres naturelles l'avenir de la mode, sans pour autant pointer du doigt certaines matières incontournables en maroquinerie, pourtant décriées depuis quelque temps. "Je pense que ces matières sont l'avenir car on voit très bien qu'elles prennent de plus en plus de place. Tout simplement parce que les gens ont commencé à se poser plus de questions sur ce qu'ils portent. Je respecte beaucoup cela mais je pense qu'il n'est pas forcément juste non plus de diaboliser le cuir car c'est une matière que l'on peut tout à fait exploiter de manière correcte. Chaque élément a sa place à condition qu'on le fasse correctement et qu'on respecte ses propres valeurs".

La transparence et l'authenticité sont justement deux valeurs primordiales pour la créatrice. "Je ne communique par forcément sur l'éco-responsabilité, même si c'est important pour moi, mais je tiens à être honnête sur ce qui m'a guidée dans mes créations. Je raconte donc l'histoire telle qu'elle est en réalité. Beaucoup de gens m'ont dit que je devais mettre ces qualités environnementales plus en avant mais je ne veux pas mentir. Pour moi, le plus important et d'être fidèle à moi-même et transparente."

Une matière exclusive, des modèles faits à la main

Une chose est sûre, les sacs VAZANE by Lora & Zéboutin ne ressemblent à aucun autre. Il n'y en a d'ailleurs pas deux identiques. La beauté de l'artisanat. Loetitia nous apprend que pour l'heure, il lui faut une semaine minimum pour concevoir sa matière fétiche, puis près de deux semaines pour créer un sac à main. Au total, ce sont donc trois semaines qui sont nécessaires pour donner naissance à ces modèles conçus via des techniques artisanales. "Je veux me différencier en tant que marque de maroquinerie qui possède une matière exclusive et qui propose des modèles uniques. Car c'est aussi ça, la beauté du Zébucq, c'est que l'on peut avoir deux sacs de la même couleur mais qui ne seront jamais identiques."

Actuellement, les sacs sont proposés à des prix compris entre 320 et 750 euros. Un prix qui est loin d'être accessible au plus grand nombre mais qui se justifie par leur fabrication artisanale comme par le fait que chaque modèle est unique. "Ce sont des articles de maroquinerie dans une matière exclusive et faits main. Pour un produit positionné prix créateur, c'est très accessible", commente Loetitia Razanamarie. 

Consciente du budget que cela représente, la créatrice planche toutefois sur une nouvelle gamme qui pourrait être conçue plus rapidement et avec moins de matière. Celle-ci sera déclinée en trois tailles, avec un prix de départ fixé à 180 euros. Un produit sur lequel elle ne fera que très peu de marge mais qui peut contribuer à faire connaître cette jeune marque et cette matière exclusive au plus grand nombre.

Reste désormais à peaufiner chacun de ses modèles, à proposer de nouvelles options comme une bandoulière, par exemple, pour valoriser son Zébucq, sans doute l'une des seules matières à avoir vu le jour "grâce" et en pleine crise sanitaire.

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