Le Watergate, l'une des plus grosses affaires du XXe siècle

Fréderic Dard alias San-Antonio

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06 juin 2017 à 13:27 - mise à jour 06 juin 2017 à 13:27Temps de lecture3 min
Par Margot Dubuisson

Nous sommes le 9 août 1974 à Washington. Richard Nixon quitte la Maison-Blanche à bord de l’Army One, l'hélicoptère présidentiel. Il est le seul président de l'histoire des États-Unis à avoir démissionné. C’est là le résultat du scandale du Watergate. Retour sur l'une des plus grosses affaires de l'histoire présidentielle américaine avec Vincent Genin, docteur en Histoire à l'ULg.

En 1972, année d'élection présidentielle aux USA, Richard Nixon se présente pour un second mandat dans le camp républicain. Quelle image a-t-il, à ce stade, construit de la présidence ? Quel bilan tirer ?

Il y a d'une part l'image en politique interne et d'autre celle en politique étrangère. Pour ce qui est de l'intérieur, c'est un président républicain, dont le visage était déjà connu puisqu'il était, dans les années 50, le numéro 2 d'Eisenhower. Son bilan est relativement conservateur en termes de politique intérieure : à cette époque, aux USA, quand vous n'êtes pas républicain, vous êtes un communiste et Nixon s'oppose à cette mouvance, aux mouvements contestataires, aux mouvements de droit civique, aux Afro-américains. Sur ce plan, il est donc réellement conservateur. À l'extérieur, il a pour objectif de mettre fin à la Guerre du Vietnam. Et ceci va ralentir le processus du Watergate puisque Nixon est un des personnages qui souhaite la paix, ce qui est un des grands critères de l'isolationnisme républicain. En face, le parti démocrate est divisé et plaide pour l'Etat providence. Néanmoins, il est à chaque fois la proie de ce que l'on appelle le dégagisme, c'est-à-dire que chaque favori du parti démocrate était plus ou moins constamment dégagé par une affaire, une polémique (Bob Kennedy, Ted Kennedy, Edmund Muskie,...)  

Poseurs d'écoute et xénophobie

Dans la nuit du 17 juin 1972, 5 cambrioleurs sont arrêtés par la police dans l'immeuble du Watergate, au siège du Parti démocrate. Ce sont des poseurs d'écoute. L'affaire sera rapidement confiée au FBI, qui sera garrotté dans ses initiatives par l'entourage du président, dont 2 collaborateurs très proches. Avec comme conséquence une fumée xénophobe car, parmi ces cambrioleurs, se trouvent des Cubains.

La première étincelle de cette affaire est James McCord, parce qu'il est un ancien collaborateur du FBI, de la CIA mais est aussi très actif dans le CPR, le comité pour la réélection de Nixon. Le 20 juin, Larry O'Brien, président du comité national démocrate, annonce qu'une action en justice est engagée contre le CPR pour violation de domicile et des droits civiques. Il affirme que les cambrioleurs ont un lien avec les hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche. Nixon et son entourage démentent et l'affaire reste à ce moment très cantonnée. Il faudra attendre l'intervention de la presse pour que cette affaire en deviennent réellement une. 

Novembre 1972, Nixon est réélu. La presse, et particulièrement le Washington Post, a suivi le déroulement de l'enquête sur le cambriolage du Watergate. Les deux journalistes en charge de l'enquête sont très pugnaces et vont bénéficier de précieux informateurs, dont le fameux Gorge Profonde (Deep Throat), qui s'appelait Mark Felt, et était le numéro 2 du FIB à l'époque. C'est d'ailleurs lui qui a révélé, très postérieurement (en 2005), dans un numéro de Vanity Fair, qu'il se cachait derrière Gorge Profonde. Felt avait des intérêts dans cette divulgation : il estimait que le FBI manquait de liberté par rapport à la présidence. C'est sans doute pour cela qu'il s'est confié.

Le Watergate, une vraie pelote de laine

Au moment où le Washington Post tombe sur cette affaire, ce n'est que le début d'une longue série d'autres affaires. Au delà de ce cambriolage, il découvre l'existence d'une série d'institutions officieuses autour de la présidence, orchestrées notamment par le ministre de la Justice qui avait sous ses ordres une cellule de surveillance sur-financée sur l'organisation du camp démocrate. 

Le 8 janvier, le procès des cambrioleurs s'ouvre : les 5 cambrioleurs et leurs chefs, qui plaident coupable pour éviter la gangrène.  "Plaider coupable, c'est éviter de se défendre dans un dossier indéfendable, tout comme le fera Nixon lorsqu'il démissionne 1 semaine avant la procédure d'impeachment, pour éviter d'être lessivé sur le plan financier et de ternir sa réputation", explique Vincent Genin.

La suite de l'émission sur le scandale du Watergate

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