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Monde

Le "waterboarding" pour les Nuls, aux éditions de la CIA

RTBF
10 mars 2010 à 15:343 min
Par RTBF

Comment faire avouer des suspects sans les tuer directement ? La réponse à cette interrogation de base pour tout bon expert en torture se trouve peut-être dans ce mémo interne de la CIA consacré à cette forme "d'interrogatoire amélioré". Le site salon.com a décortiqué cet ensemble de notes rendues publiques l'an dernier : c'est le nec plus ultra de la cruauté froidement et scientifiquement organisée.

On découvre par exemple cette recommandation d'utiliser pour la simulation de noyade non de l'eau mais une solution saline qui minimalise les risques de mort par hyponatrémie (manque de sodium dans le sang) consécutive à l'ingestion de grandes quantités d'eau. Cette solution limite en outre le risque de pneumonie, et de décès. Les cadavres ne parlent pas...

Autre invention ad hoc pour augmenter l'efficacité de ce type de torture : une civière basculante permettant de redresser rapidement la personne interrogée en cas de risque d'étouffement par la présence de liquide dans la cavité laryngo-buccale.

Ces documents insistent aussi sur les timings : une session de deux heures comprend six "applications" de 40 secondes, avec un maximum de temps d'immersion de 12 minutes par jour. Il est aussi recommandé de verser l'eau sur le baillon dès l'expiration, afin d'être sûr que le détenu inhale bien du liquide et non de l'air à son inspiration suivante. On prévoit aussi d'user des mains pour "endiguer" le rejet de liquide.

Enfin, pour éviter que les prisonniers ne s'étouffent dans leur propre vomi, un effet secondaire courant de ce type de torture, on prescrit une alimentation liquide aux prisonniers, en recommandant même un maître-achat : Ensure Plus.

Le chirurgien au secours du bourreau

En cas d'arrêt de la respiration, un petit manuel de réanimation, rédigé avec l'aide du corps médical, complète ces documents. Cela peut aller jusqu'à l'intervention chirurgicale : une trachéotomie est prévue si la séance de waterboardinf provoque des spasmes du larynx, ce qui implique "l'équipement médical d'urgence nécessaire" et le médecin qualifié...

La CIA a aussi pensé à mettre un médecin de service chargé de "s'assurer qu'il ne développe aucun malaise respiratoire".

On ignore combien de détenus torturés ont succombé à ce traitement, même si six groupements de défense des droits humains ont publié un rapport en 2007 indiquant qu'on était sans nouvelle d'au moins 39 personnes étant rentrées dans le circuit des prisons secrètes de la CIA.

Déontologie

Evidemment ce vade mecum de la torture aux accents scientifiques et médicaux révolte les défenseurs des droits de l'homme qui mettent en question son éthique. Pour le docteur Scott Allen, co-directeur du Centre pour la santé des prisonniers et les droits de l'homme à la Brown University, on est en face ici du "calibrage de la souffrance par des professionnels de la santé"

L'administration Bush-Cheney a toujours défendu la légalité du "waterboarding" en arguant par exemple que la technique était utilisée pour entraîner les militaires américains à résister à la torture. De toute évidence, les pratiques de la CIA allaient bien au-delà le simple "drill" imposé aux soldats, les quantités d'eau utilisées et le nombre de "waterboardings" successifs étant nettement plus importants à la CIA.

Les multiples détails donnés dans ce mémo sont sans doute aussi là pour permettre la couverture légale de ces pratiques responsables de nombreux décès. Le plus génant étant sans doute ce paragraphe discret qui recommande de chronométrer et noter méticuleusement le déroulement des séances, dans un but scientifique et "médical", une préoccupation peu compatible avec le code de déontologie internationale sur l'expérimentation humaine.

JFH