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Le Vlaams Belang et l'homophobie : une relation compliquée

17 mars 2021 à 11:47 - mise à jour 17 mars 2021 à 11:47Temps de lecture3 min
Par Joyce Azar

Une polémique fait grand bruit en Flandre depuis le week-end dernier. Elle concerne le candidat désigné par le Vlaams Belang pour siéger au conseil d’administration du VAF, le Fonds audiovisuel flamand.

Le VAF est en fait une asbl via laquelle les autorités flamandes investissent dans les films, les séries ou encore les jeux vidéo "Made in Vlaanderen". Son conseil d’administration compte sept membres directement désignés par les partis flamands. Et grâce à son très beau score de 2019, le Vlaams Belang a pu, pour la toute première fois, désigner un candidat.

Son choix s’est porté sur Jef Elbers, un scénariste de 73 ans, et vieux militant du Vlaams Blok, pour lequel il a d’ailleurs écrit des chansons racistes dans les années 1990. L’homme rédige encore régulièrement des papiers d’opinion pour 't Pallieterke, un hebdo satirique très conservateur, dans lequel il n’hésite pas à déclarer que les femmes victimes de harcèlement sont des "enflammeuses" qui profitent avant tout de promotions canapés, et où il se positionne aussi contre ce qu’il appelle "la maladie transgenre".

"Exhibitionnisme dégoûtant"

Face à un tel profil, on peut se demander pourquoi le Vlaams Belang a choisi Jef Elbers comme candidat. D’autant que l’homme ne possède pas la carte du parti. Mais pour le président du Belang, Tom Van Grieken, il était la personne parfaite pour ce poste. Grâce à son expertise, il était selon lui le mieux placé pour juger la qualité d’un scénario.

Sauf que ce week-end, le vrai visage de Jef Elbers, pour ceux qui ne le connaissaient pas encore, est apparu dans un entretien accordé au journal De Standaard. Les propos qu’il y tient sont sans équivoque : "la transsexualité est anormale" déclare-t-il entre autres, avant de qualifier la Gay Pride "d’exhibitionnisme dégoûtant sur des chars de merde".

Indignation générale

L’actuel président du Fonds audiovisuel flamand, le libéral Kenneth Taylor, n’a pas tardé à réagir. Pour lui, la désignation de Jef Elbers est comme un crachat à la figure de la communauté LGBT. Le ministre flamand de l’Égalité des chances, Bart Somers (Open VLD), a pour sa part sommé le Vlaams Belang de retirer sa candidature.

Il faut dire que depuis quelques années maintenant, le VAF mise davantage sur la diversité et l’égalité des genres. Un plan d’action a ainsi été élaboré pour plus d’inclusion dans les films et les séries flamandes. Si Jef Elbers devait intégrer le conseil d’administration du VAF, on peut facilement imaginer sa position par rapport à ce plan.

Un retrait de candidature "mitigé"

Dans un premier temps, le principal intéressé a fait savoir qu’il ne comptait pas faire un pas de côté, et qu’il n’allait "certainement pas s’agenouiller devant le drapeau arc-en-ciel". De son côté, le Vlaams Belang a pris du temps à adopter une position claire. Son vice-président, Chris Janssens, s’en est d’abord tenu à prendre ses distances par rapport aux propos de Jef Elbers, tout en maintenant sa candidature.

Lundi, le parti a finalement décidé de la retirer, mais avec des sentiments mitigés. Dans la matinale de Radio 1, Tom Van Grieken a continué d’affirmer que Jef Elbers était le bon choix, mais que sa façon d’exprimer ses positions était nuisible au parti.

Pour le président du Belang, l’opinion du candidat n’est cependant pas un élément "pertinent" pour juger ses qualités. Selon lui, "sacrifier quelqu’un pour son opinion est une méthode inquiétante qui ressemble à une interdiction professionnelle similaire à celle pratiquée par le régime nazi".

Calimero

On croirait que Tom Van Grieken tente de nous convaincre que son parti et son candidat sont finalement les victimes dans cette affaire. C’est que la méthode est assez habituelle, pour le parti flamand d’extrême droite, de jouer au Calimero.

Dans les différentes interviews qu’il a accordées, le président du VB n’a d’ailleurs cessé de marteler que ses adversaires avaient "abusé de la situation pour juger et culpabiliser les 800 000 électeurs du Belang, et pour qualifier tout un parti d’homophobe".

Les droits LGBT : un terrain glissant

Il faut dire que le parti tente depuis des années maintenant de redorer son blason au sujet des droits LGBT. Et pour un parti d’extrême droite, le terrain est très glissant.

Le VB se retrouve d’un côté à condamner les violences homophobes, et de l’autre à lutter contre les organisations LGBT qui représentent à ses yeux un danger pour les valeurs occidentales. Mais défendre les droits des homosexuels c’est aussi une aubaine pour taper sur l’Islam, et pour ne pas se mettre à dos une tranche de l’électorat.

Dans le cas de Jef Elbers, le Belang a donc dû trancher. Et vu le profil de certains de ses mandataires, ce ne sera certainement pas la dernière fois qu’il devra le faire.

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