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François Lenglet: "Le virus n’invente rien. Il permet de renforcer les tendances qui existaient"

Des centaines de milliards d’euros ont été dépensées par les états pour sauver leurs économies. Mais qui va payer cette crise sanitaire et sur quelles épaules va peser cette "Coronadette" qui est en train d’enfler encore et encore ?

François Lenglet, journaliste français spécialisé dans l’économie, s’interroge à ce sujet et a publié un livre intitulé "Quoi qu’il en en coûte", une expression empruntée au président français Emmanuel Macron, au tout début de la crise, en mars dernier.

Une phrase qui inquiète

Aujourd’hui, nous sommes en train de tout hypothéquer pour tenter de sauver des vies humaines. "Ça veut dire qu’au fond rien n’est plus précieux que la vie humaine", témoigne François Lenglet au micro de Thomas Gadisseux dans Matin Première.

Selon le journaliste français, il s’agit d’une noble déclaration qui se traduit tout de même par un débordement total en matière de finance publique alors que trois mois plus tôt, le même président Macron avait déclaré à tous les citoyens français et notamment aux plus démunis, qu’il n’y avait pas d’argent.

Il ajoute que finalement on a trouvé avec cette zone d’euros et des milliards pour réanimer l’économie.

Creusons-nous la dette ?

Avec la crise que nous traversons, la fracture économique se creuse chaque jour davantage. Depuis mars, ce sont 12 milliards d’euros qui ont été empruntés pour sauver l’économie. Le gouvernement emprunte à tour de bras pour soutenir l’Horeca, payer les chômages temporaires et les droits passerelle. Se pose alors la question de savoir qui payera l’addition finale et surtout des moyens qui seront mis en place pour remplir le fossé de la dette.

"On emprunte justement à cette coopérative qui est l’argent de la banque centrale européenne. Certains disent qu’on ne remboursera pas mais pour moi, je crois que ça pourrait créer un désordre monétaire auquel on n’est pas du tout habitué", affirme-t-il.


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François Langlet craint que nous perdions ce lien de confiance et qu’il devienne confus par la création d’argent pour "sauver l’économie". Il ajoute que "quand l’excès de monnaie n’a pas aucun rapport avec la richesse, il y a des mouvements de panique de richesse vis-à-vis de la monnaie. Cela a été démontré au fil des siècles".

L’Europe prévoit plus de 5 milliards d’euros de subventions pour la Belgique

Comme convenu le 20 juillet dernier au terme d’un sommet européen marathon, les pays de l’UE ont la possibilité de se répartir 337 milliards d’euros de subventions et 385 milliards d’euros de prêts pour favoriser la relance post-coronavirus des économies nationales.

Mais au fond, quels sont les bons investissements publics ? La Belgique doit faire face à des défis majeurs comme l’environnement, le numérique, la mobilité, la productivité et la solidarité. Cependant, François Langlet reste tout de même sceptique.

"Sur ces investissements il y en a certainement qui seront très utiles et qui rapporteront le double par exemple. Mais l’état est stratège. En France on a eu le cas, on fait les investissements et 5,10,15 ans plus tard on voit que ce n’était pas utile".

Vers le commerce local ?

"Le virus n’invente rien. Il permet de renforcer les tendances qui existaient. Et c’est sans doute depuis la crise de 2007-2008", explique le journaliste économique. L’économie va s’adapter et va opter davantage pour le Made in Europe au détriment du mondial.

"Je ne suis pas sûr qu’on va délocaliser mais je crois qu’on va localiser", ajoute-t-il lors de son interview sur la Première.

Les commerces en ligne continueront à progresser

Tout au long de cette épidémie, le commerce en ligne a explosé et cette tendance ne risque de pas changer. "Il y a une partie de la population qui était réticente à utiliser le commerce en ligne comme les personnes âgées qui pensaient que c’était compliqué. Finalement, ils se sont rendu compte que c’était simple et ce qu’ils ne faisaient pas nécessiter ils le font maintenant par plaisir", ajoute-t-il.

Le Covid-19 vient donc se greffer dans un changement qui était déjà en cours et n’a fait que pousser le système à son extrême.

"Quoi qu’il en coûte", le livre de François Lenglet, est disponible en librairie et en ligne.

 

 

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