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"Le vin chaud a gagné sur la culture" : des experts très critiques après les décisions du Codeco

"Le vin chaud a gagné sur la culture" : des experts très critiques après les décisions du Codeco
23 déc. 2021 à 12:03 - mise à jour 23 déc. 2021 à 12:514 min
Par A. Dulczewski

Marc Van Ranst, Marius Gilbert, Christelle Meuris ou encore Yves Coppieters: depuis le début de la pandémie, les noms de ces experts (épidémiologistes, infectiologues ou virologues) sont désormais bien connus. Ils livrent leurs analyses sur l'évolution de la pandémie, sur les variants, les vaccins. Mais à l'issue du Codeco de Noël qui a livré de nouvelles mesures en visant particulièrement la culture, ces mêmes experts se sont exprimés pour faire part de leur incompréhension. 

Nous n'avions pas demandé qu'on touche au cinéma et à la culture

Pour rappel, il existe un groupe d'experts médicaux (le GEMS) qui conseille le Comité de concertation. L'infectiologue Christelle Meuris est membre de ce groupe d'experts. Après les annonces du Codeco, elle a affirmé d'emblée sur le plateau de 'QR le débat' que "nous [le GEMS] n'avions pas demandé qu'on touche au cinéma et à la culture". Et ajouté: "Nous voulions donner à la population des recommandations sur comment affronter les jours à venir pour que le virus circule le moins possible et que l’on puisse tous réveillonner de manière sécure. Mais certaines mesures ne sont absolument pas dans le rapport du GEMS."


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Le virologue Marc Van Ranst a également fait part de son incompréhension face aux mesures contre le secteur culturel. "La confiance dans ce secteur est pourtant très élevée", a déclaré Marc Van Ranst, également membre du GEMS. "Quand on voit que les marchés de Noël restent ouverts, on peut se dire que le vin chaud a gagné sur la culture", a-t-il ajouté.

La rupture de confiance est totale

De son côté, l'épidémiologiste Marius Gilbert est même complètement sorti de sa réserve habituelle. "La rupture de confiance est totale", a-t-il déclaré sur La Première à propos des règles fermant une grande partie du secteur culturel. "Elle est totale à un moment où, justement, on en a besoin (de cette confiance) parce qu’Omicron est à nos portes", a ajouté l'épidémiologiste avant de s’interrompre, la voix cassée par l’émotion.

Marius Gilbert, larmes aux yeux et voix cassée : "La rupture est totale"

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A propos de la fermeture des cinémas et des salles de concert, Marius Gilbert affirme: "On se retrouve dans une mesure qui a toute l'apparence de l'arbitraire complet". Et ajoute: "Il ne faudra pas être étonné dans une semaine, si aux côtés de l'extrême-droite, on retrouve les acteurs du culturel, du personnel soignant, tous les secteurs de la population qui se sentent maltraités par la manière dont la crise est gérée."

La fermeture des théâtres et cinémas "n'était qu'un plan B"

L'épidémiologiste Yves Coppieters regrette également "d’en être arrivé là" et questionne la proportionnalité de ces mesures. "C’est le principe de l’équilibre que les décideurs politiques ont appliqué. Est-ce que c’est une bonne mesure ? Et bien sûrement pas, c’est une mesure dramatique pour le secteur de la culture. Est-ce que c’est une mesure proportionnée, on n’est pas sûr… Proportionnellement à d’autres lieux de vie où l’on peut se contaminer", déclare l'épidémiologiste. Selon Yves Coppieters, "ce sont des choix politiques, je ne vais pas plus les commenter que le fait que ce soit triste qu’on en soit arrivé là."

Le virologue Steven Van Gucht s'est également exprimé. Il a lui aussi rappelé que les mesures prises par le Comité de concertation surpassaient les recommandations des experts. La fermeture des théâtres et des cinémas "n’était pour nous qu’un plan B", a-t-il souligné. Pour Steven Van Gucht, les salles de cinéma étaient effet encore sûres si les mesures de sécurité telles que le port du masque ou la ventilation étaient respectés.

Sur le plateau de notre JT au lendemain du codeco, Yves Van Laethem abondait dans le même sens que Marius Gilbert. "Quand j'ai entendu ça, ça a été de la stupeur, et puis de la colère, et ce matin, la déception face à l'occasion manquée d'accroître l'adhésion de la population, parce qu'elle ne peut pas comprendre ce qu'il se passe. On n'est plus dans le rationnel là."

"On avait l'impression qu'il fallait montrer que chacun avait son obole à payer pour la santé commune. Et donc que si on ferme le foot, il fallait fermer quelque chose d'autre, et ici, c'est tombé sur la culture."

Quelles étaient les recommandations des experts?

Il faut préciser que le GEMS préconisait la fermeture des salles de concert et des théâtres MAIS dans un deuxième temps seulement. La fermeture du secteur était conseillée dans le scénario où la situation épidémiologique s’empirait à cause du variant Omicron. 

Les experts avaient ainsi établi un schéma graduel avec un premier paquet de mesures à appliquer dès à présent. Ils préconisaient ensuite un "confinement" à déclencher dès que la 5e vague se déclarerait.

A la place, le comité de concertation a annoncé, dès à présent, une série de mesures plus strictes.

Le ras-le-bol du GEMS

A l’issue des Codeco de ces dernières semaines, le groupe d’experts du GEMS a plusieurs fois exprimé son ras-le-bol face à l’attitude du monde politique.


►►► A lire aussi: "Le Codeco du divorce": comment on en est arrivé à une décision sanitairement peu utile et non demandée par les experts


A ce sujet, l’infectiologue Christelle Meuris a par ailleurs déclaré ce mercredi: "Ça fait quelques Codeco que nous ne sommes jamais vraiment suivis (...) C’est du travail que nous faisons en dehors de nos heures de travail, heures qui ne sont que peu, voire pas rémunérées. Ce qui est frustrant, c‘est de voir qu’une série de fausses informations circulent alors que nous essayons d’avoir un message nuancé et linéaire depuis plusieurs mois."​​​​​​​

Voici les lieux où vous avez le plus de risque d’être contaminé

Notons que fin novembre dernier, une étude réalisée en France par l’Institut Pasteur a apporté un éclairage sur les lieux d'infection au Covid-19

En suivant 12.000 Français testés positifs et de 5000 Français constituant un groupe témoin sur la période donnée, l'étude a déterminé quels étaient les lieux les plus risqués pour la contamination. L'étude pointe notamment du doigt les bars, les fêtes à domicile et les discothèques. Ainsi, pour les citoyens français de moins de 40 ans, avoir fréquenté un bar augmentait de 90% les risques d’être ensuite testé positif. Cette multiplication du danger d’infection explose à 350% lors d’une fête chez des amis ou en famille et il y a jusqu’à 790% de risque supplémentaire lorsqu’une personne de moins de 40 ans fréquente une discothèque.

Par contre, l'étude n'a constaté aucun surrisque dans les restaurants, les cinémas, théâtre et autres salles de spectacle assis et les salons de coiffure.

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