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Le verbe agile de Grand Corps Malade soigne les maux, au Cirque Royal

Le verbe agile de Grand Corps Malade soigne les maux, au Cirque Royal
03 févr. 2014 à 10:533 min
Par François Colinet

Pour nous comme, sans doute, pour la douzaine de personnes en fauteuil roulant présente dans la salle, un concert de Grand corps malade, c’est toujours un moment particulier. Fabien est, en effet, un de ces rares artistes capables de mettre en lumière la problématique de la différence en général et du handicap en particulier sans hargne ni rancœur mais avec tellement de justesse. Lorsqu’il apparaît sur scène, le corps amoché mais fier et droit, s’appuyant discrètement sur sa béquille, l’émotion est réelle.

Comme il l’explique dans sa biographie intitulée sobrement "Patients", Grand corps malade est plus qu’un nom de scène. C’est un pseudonyme porteur d’un vécu singulier, d’un combat pour se reconstruire, après l’accident qui change tout. Et c’est sans doute cette puissance, cette volonté, cette utilisation du verbe comme arme de persuasion massive que son public extrêmement fidèle vient palper en l’applaudissant. Une fois de plus, la ferveur sera au rendez-vous.

Pas entièrement convaincant.

Le récital démarre par "Au théâtre", jolie métaphore qui envisage la vie comme une pièce perpétuelle. Fabien est décidément très fort dans cet exercice. Hélas, la technique connaît quelques ratés au démarrage, envoyant trop de réverbération pour que l’on puisse profiter pleinement de sa prose. Ce problème se règle au fil des premiers morceaux qui font la part belle à son dernier album "Funambule".

On passe un agréable moment, mais on n’est pas toujours convaincu par les choix d’orchestration livrés par ses trois musiciens pourtant talentueux. Parmi ceux-ci, une charmante accordéoniste pianiste qui donnera la réplique à Fabien sur son single "Te manquer". Mais malheureusement pour elle, la comparaison avec la voix envoûtante de Sandra Nkaké, présente sur le disque, est assez difficile à soutenir. Plus généralement, ses textes restent d’une rare force, entre amour pudique ("Comme une évidence") et indignation ("Roméo kiffe Juliette") mais le mix musical, assez éloigné des sons urbains du début, ne nous paraît pas toujours judicieux. Comme par exemple, cette version blues gospel du superbe "Ma tête, mon cœur…" qui du coup, perd une partie de son sel.

Performance et émotions

Militance, sincérité et performances verbales sont les principaux atouts de son univers. La preuve avec ce nouveau monologue rempli de jeux de mots évoquant au passage avec humour l’univers sale des maisons de disques et recueillant l’ovation de toute l’assemblée. Avec "Le bout du tunnel", il nous transporte avec une rare pertinence dans la complexité de la question carcérale et la difficulté de sortir de la spirale de la violence.

Grâce à la visite surprise de son ami Richard Bohringer sur "Course contre la honte", il se fait le porte-voix des oubliés de la crise. Mais c’est avec "Mental" qu’il touchera le public au cœur, avec un des plus beaux textes jamais écrits sur les méandres d’une vie très exigeante, une vie ou il faut parfois aller chercher loin la force de se battre, que notre handicap soit physique ou social.

En rappel, il ressuscite "Les voyages en train" et "Du côté chance", histoire de nous remercier à l’aube de cette quatrième tournée. Une tournée qui, musicalement, n’est sans doute pas la plus réussie, mais qui nous donne, une fois de plus, l’occasion de vibrer avec un homme authentique, émouvant, et talentueux. C’est déjà beaucoup !

Pour l’anecdote, à la fin du concert, les personnes handicapées, qui étaient forcément nombreuses, se sont toutes retrouvées coincées puisque, surréalisme oblige, l’ascenseur est tombé en panne pendant le spectacle ! Alors, c’est vrai, il vaut mieux le prendre avec le sourire. Mais, pour cela, "il faut du cœur, et un mental de résistant !"

 

 

François Colinet

 

Grand Corps Malade : "Funambule" ( Believe Recordings / PIAS)

Grand Corps Malade : "Funambule" ( Believe Recordings / PIAS)

  Grand Corps Malade "Funambule" ( Believe Recordings / PIAS)
Grand Corps Malade "Funambule" ( Believe Recordings / PIAS) ( Believe Recordings / PIAS)

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