La Passion selon Céline

Le ver d’oreille, cette musique obsédante qui parasite votre esprit

Nous avons tous – ou presque - déjà vécu cette situation : nous vaquons à nos occupations, et une mélodie ou une chanson vient tout à coup s’insinuer dans notre esprit, y creusant son petit nid et ne voulant plus en ressortir. Ce phénomène porte un nom scientifique et pour le moins évocateur, le "ver d’oreille". Mais qu’est-ce donc vraiment et comment s’en débarrasser ? Céline Scheen nous en dit plus.

Ce petit air qui me trotte dans la tête…

Que vous soyez au boulot, en voiture ou en train de faire vos courses, vous vous concentrez pour ne pas faire attention à elle, mais elle est en bien présente, obsédante, sournoise et agaçante. Elle, c’est cette petite musique entendue dans l’ascenseur, c’est ce jingle de publicité ou bien encore cette fameuse chanson de Noël issue de la playlist de fête de votre tante à qui vous avez rendu visite il y a peu. Et malgré tous vos efforts pour chasser cette mélodie entêtante, celle-ci semble s’être enracinée dans votre esprit et n’est pas prête à se faire déloger.

Sachez que cette souffrance psychologique – que nous avons sûrement tous déjà vécue au moins une fois – porte un nom scientifique, il s’agit d’un ver d’oreille. Si l’expression peut faire grimacer – on imagine un petit asticot qui s’insinue dans notre oreille pour y onduler librement – elle désigne donc, de manière très imagée cette sensation d’être parasité par une musique sans savoir pourquoi ni comment elle s’est installée durablement dans notre cerveau.

D’après le chercheur finlandais Lassi A. Liikkanen, ce mystérieux phénomène toucherait 98% des Occidentaux et survient plus facilement lorsque nous faisons une tâche qui ne nous demande pas beaucoup de concentration. Le phénomène peut se manifester également lorsque nous sommes fatigués ou stressés.

Ce terme de "ver d’oreille" est la traduction du terme allemand Ohrwurm, qui désigne le "perce-oreille", ce petit insecte qui, dans la culture populaire, serait capable de pénétrer dans le conduit auditif humain et l’endommager. Mais ce ver d’oreille n’a rien à voir avec un petit asticot mangeur d’oreille.

Getty Images

A dire vrai, ce n’est d’ailleurs pas à l’oreille qu’il s’attaque mais bien au cerveau. D’après des experts, il suffit parfois que quelque chose nous rappelle une chanson en particulier pour qu’elle s’installe soudainement dans notre esprit. Ils disent aussi que plus la mélodie, la chanson est simple et répétitive, plus elle aura d’impact et de probabilité d’être… avalée par les vers !

Le cerveau fatigué, piégé dans un état émotionnel concret est apparemment plus disposé à donner lieu à des modèles répétitifs. Le cerveau aime se rappeler ! La mémoire émotionnelle est directement liée à la mémoire musicale.

Il semble donc qu’une mélodie soit un peu comme une odeur qui nous ramène à notre histoire. Et si la puissance de la musique tient à sa structure de répétition, notre cerveau joue le rôle de chambre d’écho, il répète ce qui se répète.

Le neurologue Olivier Sacks soutient que si la musique nous hante plus facilement que d’autres formes artistiques, par exemple la peinture, c’est qu’elle implique une mémorisation parfaite. Nous ne pouvons pas broder des motifs autour d’une mélodie comme autour d’un tableau. Elle demande précision et exactitude pour être reconnaissable.

Comment se débarrasser de vers d’oreille ?

Si la grande majorité d’entre nous a déjà fait l’expérience désagréable d’avoir un ver d’oreille, la nature même de ce ver, la chanson ou musique, est bien évidemment propre à chacun et est lié à notre culture musicale. Mais y a-t-il un antidote miraculeux à cette intrusion mentale ?

Des chercheurs et neurologues ont avancé plusieurs solutions qui permettraient de se débarrasser de ce petit parasite mental. Certains soutiennent que la meilleure approche serait d’accepter cette mélodie intrusive sans résister. Le phénomène s’affaiblirait progressivement par lui-même.

Une autre astuce préconise d’écouter la chanson en entier, l’effet perdrait alors de sa vigueur.

Curieusement, certains neurologues conseillent de mâcher un chewing-gum ! Ce mouvement de la mâchoire interférerait avec la mémoire musicale. De son côté, le chercheur Tom Stafford propose une piste calquée sur le jeu de l’ours blanc proposé par Dostoievski à son frère. Le principe est simple, l’écrivain lui avait demandé de ne pas penser à un ours polaire. Un jeu mental paradoxal : "En essayant de ne pas penser à un ours polaire, vous pensez constamment à vérifier que vous n’y pensez pas, ce qui fait que vous y pensez" ! C’est pareil pour nos vers d’oreilles : plus on leur intime de se taire, plus on pense à eux ! Vous savez ce que l’on dit : "Chassez le ver d’oreille, il revient au galop" ! Tom Stafford propose donc de chanter une chanson qui ressemble à celle restée dans notre tête, une stratégie qui pourrait permettre d’effacer le caractère unique de la musique dans notre mémoire.

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