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Grandeur nature

​​​​​​​Le Val d’Allos : le parapente, le ski et la rando dans des sites d’exception

Un cours de yoga-raquettes ?
23 févr. 2022 à 09:42Temps de lecture8 min
Par Dirk Van Overbeek

L’équipe de Grandeur Nature vient de quitter la vallée de l’Ubaye pour planter valises et caméras à une vingtaine de kilomètres plus au Sud. Direction le Val d'Allos, à quelques heures de TGV Bruxelles-France, au cœur des paysages exceptionnels du Parc du Mercantour, aux portes des Gorges du Verdon.

Pour les passionnés de la petite Reine en mal de repérage topographique, la côte d’Allos a laissé de bien mauvais souvenirs aux supporters belges : elle est entrée dans l’histoire du cyclisme en marquant la fin du règne d’Eddy Merckx, le grandissime favori du Tour 1975. Le " cannibale " était pourtant seul en tête au sommet de l’ascension d’Allos mais fut quelques bornes plus loin, lors de l’ascension du Pra Loup, victime d’une terrible défaillance qui permit à Bernard Thévenet de fondre sur lui et de lui ravir son maillot jaune qu’il conservera jusqu’à Paris.

C’est dans ces Alpes de Haute Provence que Merckx qui, la veille, avait été frappé d’un coup de poing au foie dans la montée du Puy de Dôme, abdiquera de son trône, après un règne sans partage sur le cyclisme international qu’il dominait outrageusement depuis la fin des années’60.

Une superbe vue sur le Val d’Allos
Une superbe vue sur le Val d’Allos Lex

La dameuse et les 750 brebis

Mais foin de regrets et de nostalgie, place aux beautés de la montagne. Nous voici à bord d’une dameuse, un monstre sur chenilles d’une dizaine de tonnes et d’une puissance de 600 chevaux conçu pour améliorer la qualité de la neige et la transformer en tapis de billard blanc pour le plus grand confort des skieurs et des snowboardeurs.

Au volant, scrutant un tableau de bord qui ressemble plus à celui d’un avion que de la voiture de Monsieur Tout-le-Monde, Hadrien explique : " Les skieurs redescendent la neige des pistes. Mon job, c’est de remonter la neige vers le haut, de raser les bosses et de rendre la piste la plus praticable possible. Nous sommes deux équipes : la première se met au travail dès la fermeture des pistes, vers 17h30 jusqu’à 1h30 du matin ; l’autre prend alors le relais jusqu’à 9h20. "

Le pilotage de la dameuse est un job saisonnier. " Quand je range la machine au hangar, je reprends mon autre travail, celui d’agriculteur, dans une commune voisine de cette station. J’ai 750 brebis. Et je vis de ces deux passions ".

La dameuse poursuit sa progression vers le sommet. Nous sommes à 2200 mètres d’altitude, sur ce domaine du Val d’Allos, relié à celui de Pra Loup, sur la commune de Barcelonette. La nuit tombe. Les couleurs orangées lèchent les cimes.

Voler dans le sillage des vautours

A nos côtés, Tonin, un enfant du pays, admire l’œuvre de la réverbération : le sol enneigé renvoie les derniers rayonnements du soleil. Le paysage est grandiose. " J’ai beaucoup voyagé mais je suis décidément aimanté par ces lieux où j’ai grandi. Et je suis revenu ici, dans le Val d’Allos. Nous voici au sommet du Vescal, à mi-chemin entre les vallées du Haut Verdon et d’Ubaye, deux vallées très contrastées et qui se complètent. "

Tonin, parapentiste chevronné, est le responsable Sport-Nature de la station et est intarissable sur les activités qu’elle propose : "Il n’y a pas que le ski de piste, le ski de fond ou de randonnée, où l’on s’équipe de "peaux de phoques" ou le scooter des neiges. On peut aussi chausser des raquettes ou partir en randonnée pédestre sur des zones moins enneigées. Ou encore privilégier la découverte de la région à vélo de neige, grâce au fatbike".

La région pullule de sites exceptionnels, comme le lac de montagne naturel d’Allos, le plus haut d’Europe, un site grandiose, cerné par quelques-uns des plus beaux sommets, le ciel à portée de mains et le refuge paradisiaque des marmottes, des mouflons, des chamois, des cerfs et des chevreuils scrutés d’en haut par de nombreux rapaces, parmi lesquels le gypaète barbu, le plus grand d’Europe.

Autre destination privilégiée : le petit village de St-André les Alpes, la capitale mondiale du parapente, où s’organisent nombre de championnats internationaux : " Il y fait beau très souvent, comme partout dans le sud de la France, mais où les conditions thermiques et d’écarts de température y sont particulièrement favorables et nous permettent de remonter et de rester plus longtemps à planer dans les airs qu’ailleurs" s’enthousiasme Tonin, en nous décrivant son dernier vol : "Il y a quelques jours, les écarts de température associés au vent nous ont permis de rester deux heures dans les airs. C’était top, de voler parmi les rapaces, au milieu des vautours qui nous guident sur la meilleure direction à prendre. Ils sont autrement plus doués que nous et disposent de capteurs et d’une vision inouïe pour profiter au maximum des éléments, du vent et des écarts de température. Ce sont des guides fabuleux ! Et, surtout, nous nous efforçons de ne pas les troubler pour cohabiter avec eux, dans les cieux, dans l’harmonie, les yeux braqués sur les beautés qui s’offrent à nous, en contrebas. "

Par rapport à l’ULM ou au paramoteur, le parapente est plus respectueux des locataires des cieux, plus silencieux aussi. Et les plus audacieux, amoureux à la fois du ski, du parapente et du parachute, se risquent au speed riding, le parapente à ski, une activité en vogue dans le val d’Allos.

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« Quand tu me verras, tu pleureras »

Le maire Michel Antelme se souvient d’un temps où le val d’Allos ne disposait ni de stations, ni de remontées mécaniques, ni d’hébergements pour touristes : " A la fin des années’50, c’était un univers rural, un monde de paysans, au milieu des vaches, vivant en autarcie, à 1800 mètres d’altitude. L’agriculture n’était pas très florissante et ne générait pas beaucoup de revenus. On vivait avec peu, juste de quoi fonder une famille et la nourrir. "

Michel Antelme est le propriétaire de l’hôtel " Le hameau ", celui de La Foux, au cœur d’Allos : " Allos vient du mot Alleu. Les Alleux étaient dans la période féodale le terme utilisé pour qualifier les peuples libres, indépendants et insoumis. Aujourd’hui, Allos compte 800 habitants mais détient une capacité de 25.000 lits touristiques. Nous disposons de deux stations et de ce lac unique en Europe qui compte parmi les dix sites les plus visités des Alpes françaises et attire des centaines de touristes éblouis par la beauté sauvage des lieux. Nous devons d’ailleurs tout mettre en œuvre pour le protéger des dégradations causées par l’afflux de visiteurs, en régulant sa fréquentation. "

Au fond de ce lac d’Allos, un cirque de 62 hectares, dont les eaux issues de la fonte des glaces atteignent 50 mètres de profondeur, repose un rocher sur lequel est gravé, en patois provençal : Quoro mi veiras, plouraras, ce qui se traduit par : " quand tu me verras, tu pleureras. ". Ce dicton local, gravé par les Anciens, rappelle l’importance de la protection de l’environnement et de cet énorme réservoir d’eau pure. Le jour où le niveau d’eau du lac ferait apparaître ce rocher, les conséquences pour l’homme seraient terribles. Des visionnaires, ces Anciens !

 

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Yoga sur raquettes

Si la neige est souvent associée à la griserie des vertigineuses descentes en ski, la beauté des paysages qu’elle transforme incite aussi au plaisir des sens. La preuve par Isabelle Pellisier, coach de yoga… sur raquettes. Isabelle est une sportive accomplie. Elle fut membre des équipes de France junior de ski de fond et participa aux championnats du Monde en 1991. Elle s’est lancée dans le cyclisme quelques années plus tard, une discipline où elle décrocha six titres de championne d’Auvergne, elle pratique le triathlon et le duathlon où elle obtint une 3ème place par équipe au Championnat de France en 1993. Hyperactive, après une série de formations, elle a créé son propre emploi au Val d’Allos, tourné vers le bien-être : diplômée en modelage corporel, instructrice de Zumba et de Piloxing (mariage de boxe pilates et de danse), elle donne aussi des cours de yoga sur raquettes.

Et y a initié Adrien Joveneau, l’animateur de " Grandeur Nature " : " Moi qui suis assez nerveux, j’ai ressenti une sensation d’apaisement infinie. Au milieu d’un cadre comme celui-là, c’était fou ", confiera-t-il à des collègues du Département des Alpes de Hautes Provence, venus interroger le globe-trotter belge.

" Dans ma séance, je fais prendre conscience des petits bruits environnants et de la qualité du silence d’un tel endroit. C’est très apaisant. On travaille sur l’ouïe mais aussi sur d’autres sens, comme la vue, le toucher, en ressentant la douceur du soleil sur le visage ou le souffle du vent sur la peau "explique Isabelle Pellissier. Après ces moments de quiétude intérieure, place aux postures du yoga et à la maîtrise de la respiration, par l’inspir et l’expir. Sérénité garantie. Silence absolu. Décor de rêve. Rideau. Retour à la réalité et, en particulier, à un phénomène français : l’explosion des bières régionales dans un Hexagone que l’on définissait plus par ces vignobles que par ses houblons.

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La bière au secours de la vipère

Elles étaient pourtant en voie d’extension. Il en restait une petite trentaine en 1980. Elles sont aujourd’hui 2300. Le nombre de bières régionales a explosé chez nos voisins : l’année dernière, la France est même devenue le premier pays de l’Union européenne, en nombre de lieux de production de bières.

Boris Pougnet a créé, dans le petit village de Thorame-Basse une des premières micro-brasseries des Alpes de Hautes-Provence. Une micro-brasserie bio. Diplômé en biochimie et profondément enraciné dans son terroir, il a été, à 35 ans, maire de son village. Il y a 20 ans, il a planté pour la première fois sur sa ferme de l’orge de brasserie et a commencé ses premiers essais de maltage : « Nous cultivons notre orge que l’on transforme en malt. Nous cultivons aussi quatre types de houblons différents. Nos malts spéciaux viennent de chez vous, le pays de la bière. C’est d’ailleurs là-bas que j’ai appris mon métier. Ma femme est chti et amatrice comme moi de bières belges. On a beaucoup bourlingué en Belgique. J’y ai effectué quelques stages, comme à la brasserie Quintine, au pays des Collines ou chez Cantillon, à Bruxelles. Cordoeil, le nom de ma brasserie, est le nom de la montagne qui nous fournit l’eau. »

Parmi la douzaine de bières produite, il y a la Cordoeil Orsini, du nom de la plus vieille vipère d’Europe, aujourd’hui en voie d’extinction et qui vit dans les montagnes d’Allos. Elle apprécie les pelouses bien tondues par les brebis qui pâturent dans la région. « J’ignorais la présence de cette espèce montagnarde. Ici, quand on voit une vipère, on a plutôt tendance à s’en débarrasser. Or cette vipère d’Orsini est inoffensive et menacée de disparition. En baptisant une de mes bières de son nom, je voulais aider à la faire connaître et à la préserver : un pourcentage de la vente de cette bière est rétrocédé au conservatoire des espaces naturels de Provence. » Boris élève aussi des ânes de Provence : « Pour la bière bio, il faut faire des rotations de cultures.

Une partie des terres n’étaient pas accessibles aux engins mécaniques et donc vouées à l’abandon. Les ânes entretiennent les endroits les plus impénétrables et pentus. Ils font leur travail de débroussaillage. » Dans le Val d’Allos, les habitants sont fiers de leur terroir et multiplient les initiatives pour le protéger, afin de sauvegarder les atouts touristiques naturels de la région. La mise en garde gravée par les Anciens sur le rocher du lac n’est pas restée lettre morte.

Grandeur Nature est aussi disponible en replay sur Auvio ou en podcast sur Apple Podcast !

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