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Le travail de journaliste à Gaza: une roulette russe sous les bombes

Le travail de journaliste à Gaza: une roulette russe sous les bombes
04 août 2014 à 14:11 - mise à jour 04 août 2014 à 18:343 min
Par Wahoub Fayoumi

"Il n'y a aucun endroit dans la bande de Gaza où nous soyons sûrs qu'aucun missile ne sera tiré". Le photographe Thomas Coex travaille pour l'AFP. Dans une interview au quotidien Libération, il explique les conditions dans lesquels ses collègues et lui tentent de faire du mieux qu'ils peuvent, dans des conditions qui, à tout moment, peuvent leur coûter la vie.

Thomas Coex ne se sent pas en sécurité, malgré le fait d'être hébergé dans un hôtel...

Cette photo d'un des enfants blessés lors du bombardement de la plage, le 16 juillet, qui a fait le tour du monde, a été prise par Thomas Coex, alors que des journalistes tentaient d'apporter les premiers soins dans l'hotel
Cette photo d'un des enfants blessés lors du bombardement de la plage, le 16 juillet, qui a fait le tour du monde, a été prise par Thomas Coex, alors que des journalistes tentaient d'apporter les premiers soins dans l'hotel THOMAS COEX - BELGAIMAGE

Celui-là-même qui surplombait la plage bombardée par l'armée israélienne, le 15 juillet, tuant 4 enfants devant les yeux des journalistes. Pour exercer son travail, il doit se déplacer. Une entreprise toujours difficile, dit-il.

"Le moindre véhicule qui circule – qu’il porte le badge télé ou non – est immédiatement repéré par les drones israéliens et devient une cible potentielle", explique-t-il. "Même en circulant à bord de la voiture blindée de l’AFP nous prenons des risques. Si un missile lui tombe dessus, elle s’ouvre comme une boîte de conserve".

Il y en a eu, des journalistes pris pour cible en plein travail. Le Guardian rappelle le sort, entre autres, de Khaled Hamad, tué lors du bombardement du quartier de Chujaya, le 20 juillet.

Le photographe Tyler Hicks, du New York Times, attendant dans une rue de Gaza City

Les journalistes pris pour cibles?

"Ce que nous sommes en train de voir à Gaza est horrible et choquant. Les journalistes doivent être libres de rapporter ce qui arrive sans être ciblés par l’armée. Nous demandons à Israël de stopper immédiatement ces attaques", réagissait Jim Boumelha, président de la Fédération Internationale des journalistes (FIDJ). 

Des témoignages racontent ainsi le tir d'un obus directement dirigé sur l'appartement d'un "fixeur", guide de journalistes français sur place. Ce dernier s'en est miraculeusement sorti. Depuis, d'autres ont perdu la vie dans l'exercice de leur métier, malgré leurs gilets pare-balles. Face à des missiles et des obus, ces derniers ne sont que d'une pauvre utilité.

Le résultat de leur travail est précieux, mais il leur est impossible d'aller partout, ni de rapporter tout ce qui se passe. Thomas Coex explique par exemple qu'il se sont interdits de sortir de nuit, qu'ils s'arrangent pour ne pas rester longtemps au même endroit. Mais même ces règles basiques ne sont pas suffisantes:

Une des photos prises par Thomas Coex, lors des funérailles d'un enfant, à Beit Lahya. Quelques minutes plus tard, le cimetière a été bombardé.
Une des photos prises par Thomas Coex, lors des funérailles d'un enfant, à Beit Lahya. Quelques minutes plus tard, le cimetière a été bombardé. THOMAS COEX - BELGAIMAGE

"Même un cimetière n’est pas une zone sûre", dit-il racontant un reportage lors d'une cérémonie d'enterrement à Beit Lahya. "Nous avons fait quelques images mais nous n'avons pas traîné : un obus tombait toutes les 3 secondes dans la zone".

Des bombes en direct

Des images peuvent témoigner de ces conditions extrêmement dangereuses. Lors de son direct à la télévision suédoise, la journaliste Suzan Ritzen a été surprise par un bombardement israélien, tombé à quelques centaines de mètres de l'endroit où elle se trouvait.

Une journaliste surprise en direct par un bombardement à Gaza

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Voici un autre exemple, où l'on voit un journaliste américain surpris par une frappe:

 

Gaza: un journaliste américain interrompu en plein direct par des frappes israéliennes

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Autre image, celle du journaliste anglophone de France 24, Gallagher Fenwick. Lors de son duplex à Gaza, il a été interrompu par une roquette lancée à quelques mètres. "C’était une roquette ; elle est partie juste à côté de l’endroit où nous sommes. Nous n'allons pas rester très longtemps, car il y a généralement une riposte très peu de temps après, je vais me mettre à l’abri", a expliqué le journaliste en direct, avant de rendre l'antenne.

Rocket fire caught live as France 24 correspondent reports from Gaza strip

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Accusations et pressions contre la presse

Si le risque de trouver la mort dans une frappe, ou d'être grièvement blessé, est grand, ce n'est pas la seule difficulté à laquelle doivent faire face les reporters sur place. Certains ont dénoncé des pressions sur leur travail. Ainsi, la journaliste espagnole Yolanda Alvarez a du être défendue par Reporters sans Frontières (RSF) Espagne.

Après une frappe israélienne qui a visé une école des Nations Unies à Rafah, le 3 août
Après une frappe israélienne qui a visé une école des Nations Unies à Rafah, le 3 août SAID KHATIB - BELGAIMAGE

La journaliste aurait fait l'objet de pressions diverses dénoncées par l'association de défense des journalistes, qui s'émeut des actions des services diplomatiques israéliens envers d'autres journalistes espagnols. "En plus d'être fausses, les accusations que lance l'ambassade contre la correspondante de TVE sont particulièrement graves parce qu'elle la mette en danger", ajoute Macu de la Cruz, vice-présidente de RSF Espagne.

Redéploiement israélien à la frontière de la Bande de Gaza, le 3 août
Redéploiement israélien à la frontière de la Bande de Gaza, le 3 août THOMAS COEX - BELGAIMAGE

En ce qui concerne d'éventuelles pressions de l'autre côté, peu d'informations, et pour cause: les militants du Hamas sont invisibles. Thomas Coex raconte ne les avoir vu qu'une seule fois, lors d'une trêve. Et il ajoute: "On ne peut pas rester dans les parages quand ils sont là: la zone a été bombardée juste après". Le photographe dit ne jamais avoir eu de pressions de la part de ces hommes armés.

Rues presque désertes, la menace est de tous les instants. Ici, au nord de la Bande de Gaza, le 3 août

Mais il témoigne que l'un de ses collègues s'est vu sermonner par certains d'entre eux, un jour, car il avait pris une photo d'un dirigeant du Hamas sans son masque: "Ils l'ont menacé et lui ont dit de foutre le camp mais quarante-huit heures plus tard, ils sont revenus s'excuser et lui ont dit qu'il était le bienvenu !" raconte-t-il.

W. Fayoumi

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