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Belgique

Le travail au noir dans l’Horeca toujours très répandu

09 févr. 2022 à 09:08 - mise à jour 09 févr. 2022 à 11:57Temps de lecture2 min
Par Isabelle Palmitessa et Sofia Cotsoglou avec Belga

C’est ce qui ressort des derniers chiffres publiés par le SFP emploi. Plus de la moitié des établissements Horeca contrôlés en 2021 employaient du personnel non déclaré. Pour être plus précis, le chiffre s’élève à 53%.

On aurait pu croire que l’instauration des emplois flexibles (flexi-jobs) et de la "caisse blanche" en 2015 aurait changé la donne, mais la proportion des établissements en infraction n’a pas beaucoup varié, elle est même en augmentation.

Le service de lutte contre la fraude fiscale reconnaît cependant avoir renforcé les contrôles : "les contrôles sont beaucoup plus ciblés que par le passé, ce qui fait que les chances de se faire prendre ont augmenté ces dernières années", explique le porte-parole du SIRS, Lore Smeets. "Les services d’inspection sociale n’effectuent pas plus de contrôles, mais des contrôles plus efficaces."

On est en train de crever la gueule ouverte 

Tout déclarer ? Impossible selon ce cafetier

Sébastien Brohette est cafetier à Charleroi. Cette augmentation des fraudes ne le surprend pas du tout : "Moi je peux comprendre, on est acculés, on est massacrés, on est en train de crever la gueule ouverte. Si le gouvernement pouvait nous donner des facilités, parce que le Covid nous a quand même mis dans la merde, s’ils pouvaient nous dire : faites un effort, engagez et on va réduire les taxes. Mais non. On ne le fait pas !". Sébastien reconnaît d’ailleurs qu’il ne déclare pas 100% des heures prestées par son personnel. Par contre, il affirme que tous ont un contrat : "tout mon personnel est déclaré, ce serait trop risqué en cas d’accident".

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Le poids des charges

Autre établissement, autre discours. Timothy Benazzi est patron de restaurant. Il affirme déclarer toutes les heures de son personnel. L’équilibre, il le trouve en ayant recours à toutes les aides publiques possibles. Pour donner une idée du poids financier que représente un employé, il donne l’exemple du salaire d’un des cuisiniers : plus de 4000 euros déboursés par le patron pour un salaire poche de 1700-1800 euros par mois.

Luc Marchal, vice-président de la Fédération HORECA-Wallonie
Luc Marchal, vice-président de la Fédération HORECA-Wallonie RTBF

Des contrôles et des aides

Luc Marchal est vice-président de la Fédération HORECA-Wallonie. Pour lui, la meilleure façon de lutter contre la fraude fiscale, c’est de continuer sur le chemin amorcé en 2015 avec les flexi-jobs : "Toutes les Fédérations HORECA de Belgique continuent de travailler dans le même sens. Nous essayons de faire comprendre au gouvernement que la lutte contre le travail au noir, c’est certes des contrôles mais c’est aussi apporter des aides indirectes comme ça a déjà commencé avec les flexi-jobs et la défiscalisation des heures supplémentaires".

Mais Luc Marchal fait lui aussi un lien entre ces chiffres et la crise sanitaire. Il fait remarquer que les chiffres dont on parle sont ceux de 2021, une année durant laquelle il a été particulièrement difficile de trouver du personnel professionnel pour travailler dans les restaurants et les cafés. Beaucoup s’étaient dirigés vers d’autres secteurs pendant la longue période de fermeture complète des établissements.

Il fait aussi remarquer que les frais toujours plus nombreux ne peuvent pas être répercutés sur l’addition, les clients ne l’accepteraient pas. "Avec la situation que l’on connaît, certains on la corde au cou, ils essaient de restreindre leurs frais par tous les moyens, parfois sans trop réfléchir".

Le risque encouru est en effet très élevé. Ne pas déclarer son personnel, c’est prendre le risque de grosses amendes et, en cas de récidive, de fermeture temporaire ou définitive.
 

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