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Le tram bruxellois, ce patrimoine bien belge

Le tram bruxellois, un patrimoine bien belge !

L’histoire de Bruxelles est intimement liée à ses tramways. Un mode de transport très pratique qui aura toujours certes permis de relier différents points de la capitale, mais le tram bruxellois c'est aussi et surtout un incroyable patrimoine.

Un musée rempli d’histoires

Passage obligé lors d'une sortie bruxelloise, le "Musée du Transport Urban Bruxellois" propose une incroyable collection de 130 véhicules.

 

Le Musée du Tram fêtera ses 40 ans ce dimanche 22 mai 2022. De nombreuses activités seront proposées entre 11h et 18h. Des trams et bus historiques circuleront pour le plaisir des petits et des grands aux alentours du Musée grâce à la passion de nombreux bénévoles. Un tramway à vapeur du 19ème siècle sera aussi de la partie et le musée sera ouvert gratuitement ce jour-là. Vous retrouvez toutes les infos ici.

Le Musée du Tram de Bruxelles dispose d’une incroyable collection !
Le Musée du Tram de Bruxelles dispose d’une incroyable collection ! ©Nicolas Defacqz

Notre visite de cette grande collection est menée par Gérard Chevalier. À 64 ans, cet ancien fonctionnaire à la Commission européenne est aujourd’hui bénévole au musée. D’abord au poste de receveur, il rejoint ensuite l’équipe des guides avant de devenir responsable de cette même équipe. L’homme s’est toujours intéressé aux trams et aux trains. Ses deux grands-pères étaient d’ailleurs cheminots à la SNCB, une transmission de génération en génération peut-être ?

"J’éprouve beaucoup de satisfaction à faire ce travail. Grâce, notamment, au contact avec le public. Il n’y a pas deux visites guidées identiques, on a des enfants, des personnes âgées, des gens qui viennent du monde entier…"

Des pavés aux rails

Les origines du tram bruxellois remontent au 1er mai 1869. Ce jour-là, le premier tramway à traction chevaline relie la Porte de Namur au Bois de la Cambre. L’omnibus des pavés transportait alors jusqu’à 20 voyageurs sur les pavés bruxellois.

Le tram hippomobile 7 qui comprend un étage.
Le tram hippomobile 7 qui comprend un étage. ©Nicolas Defacqz

Avec l’arrivée du rail, les voyageurs peuvent dès 1869, voyager sur le tram hippomobile 7, un véhicule impérial tiré par des chevaux. Le transport comprend un étage (interdit aux femmes) permettant de transporter plus de voyageurs :

"Pour rouler sur les pavés, il faut beaucoup plus d’énergie que pour rouler sur des rails qui sont bien lisses et bien plats. Avec le gain d’énergie, on pouvait transporter plus de monde !"

Un étage qui avait cependant un sacré inconvénient. Les branches des arbres le long des avenues devaient régulièrement être taillées, ce qui coûtait cher à la maintenance. Le véhicule restera en service jusqu’en 1882.

©Nicolas Defacqz

Les chevaux qui tractaient le véhicule travaillaient deux à trois heures par jour. Un système de relais était mis en place afin de pouvoir exploiter la ligne toute la journée. "Les chevaux étaient très bien soignés," rassure Gérard Chevalier "Il y avait au moins un vétérinaire et des soigneurs dans chaque écurie. Ils avaient un régime alimentaire bien équilibré, adapté à leur travail. Au moindre bobo, ils étaient mis sur le côté le temps de récupérer. Pas tellement par amour des animaux mais tout simplement parce qu’un cheval qui est en forme, ça rapporte. Un cheval moins en forme, ça coûte…"

Les chauffeurs travaillaient eux, jusqu’à 12 heures par jour, 6 jours sur 7. Lorsqu’ils prenaient congé, ils étaient d’ailleurs obligés de se présenter le matin à leur poste de travail afin de s’assurer que le remplaçant était bien présent. Les premiers trams électriques arriveront en 1894 en remplacement des chevaux qui coûtaient cher. Véritable vestige du passé, ce véhicule est l’un des plus vieux tramways du monde. Préservé au Musée du Transport Urbain Bruxellois, il a été conservé dans sa couleur jaune d’origine, telle qu’elle était en service au 19ème siècle. Au vu de son âge et de son état authentique, il est néanmoins impossible de rouler avec aujourd’hui.

©Nicolas Defacqz

À l’époque, la STIB n’existait pas encore. Comme l’explique Gérard Chevalier, il existait quasiment une compagnie par ligne de tramway : "Une compagnie c’est quoi ? C’était quelqu’un qui avait un peu d’argent et qui s’imaginait en gagner encore plus en créant une ligne de tram. Beaucoup se sont cassé la figure financièrement en ayant sous-estimé le coût de l’entretien des chevaux par exemple. Ils étaient bloqués au niveau du prix. Pour obtenir la concession, ils avaient dû s’engager à maintenir le prix du ticket à un certain niveau. Quand ils constataient qu’il y avait plus de frais, ils ne pouvaient pas se rattraper en augmentant les prix…". Ce système a entraîné de nombreuses faillites. Certaines sociétés n’ont même jamais pu faire rouler leur tout premier tramway.

Les trams pendant la première guerre mondiale

Jusqu’à la première guerre mondiale, le tramway était un moyen de transport utilisé par plaisir, pour le loisir et pour la détente. Seules les personnes qui avaient les moyens pouvaient emprunter ces véhicules. Un moyen de se mettre en valeur, de s’affirmer et de montrer qu’on osait prendre le tram : "Ce n’est pas pour rien que les premières lignes aboutissaient au Bois de la Cambre", raconte Gérard Chevalier… "C’était la grande bourgeoisie bruxelloise, celle qui avait le moyen de payer ces tickets, qui prenait le tram pour aller manger un morceau de tarte ou aller boire une gueuze au bois de la Cambre !"

Durant la première guerre mondiale, le tram deviendra le seul moyen de transport disponible à Bruxelles.
Durant la première guerre mondiale, le tram deviendra le seul moyen de transport disponible à Bruxelles. ©Nicolas Defacqz

Durant la première guerre mondiale, le réseau de tram était encore plus développé qu’aujourd’hui et restera le seul moyen de transport disponible à Bruxelles. Utilisé pour transporter des marchandises, il deviendra aussi "tram ambulance" et même "tram corbillard".

Le tram devient utile et permet de transporter des marchandises.
Le tram devient utile et permet de transporter des marchandises. ©Nicolas Defacqz

Après la guerre, l’usage utilitaire du tramway est devenu une habitude. Les usagères et les usagers prenaient le tram pour aller à l’école, au travail ou se rendre sur n’importe quel lieu à Bruxelles. Le développement du réseau dans certains quartiers comme à l’ouest du canal aura permis à des habitants d’y habiter et de facilement se rendre sur leur lieu de travail.

L’arrivée de trams mythiques à Bruxelles

L’histoire de Bruxelles est aussi marquée par les différents trams de types PCC de la STIB. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant, vous en avez sûrement croisé au moins une fois dans la capitale. Vifs et rapides, ils sont reconnaissables au simple coup d’œil. Des tramways qui ont véritablement rythmé la vie bruxelloise de ces septante dernières années, et ce n’est pas près de s’arrêter !

Des trams mythiques à Bruxelles.
Des trams mythiques à Bruxelles. ©Neil Beer (via Getty)

Les trams PCC ont été conçus aux Etats-Unis dans les années 30 et ont immédiatement rencontré un grand succès. Ils arrivent en Europe dans les années 50 et la société de transport de Bruxelles de l’époque est alors l’une des premières compagnies à les faire construire en Europe. La technologie plaisait mais la carrosserie américaine n’était pas vraiment appréciée. On décide alors de démonter la carrosserie d’un tram de type 5000 afin d’y placer une nouvelle structure qui deviendra mythique pour toutes les Bruxelloises et tous les Bruxellois.

Le tramway 5025 avant transformation.
Le tramway 5025 après transformation.

En 1952, les PCC de types 7000 arrivent à Bruxelles. En circulation dans la capitale jusqu’en 2010, ils seront plusieurs fois modernisés et adaptés. Ces véhicules apportent à l’époque un réel vent de fraîcheur aux transports en commun bruxellois. Du chauffage permet un meilleur confort, les conducteurs utilisent désormais des pédales et non plus des manettes. Le receveur qui ferme les portes, renseigne les clients et vend les tickets a désormais une place attitrée au fond du tram. Place au changement !

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Le Roi Beaudoin a inauguré le pré métro dans la PCC 7093 en 1969.

Après l’avènement de l’Exposition Universelle de 1958, le tramway perd de sa superbe au profit du bus et de la voiture. De nombreuses lignes seront supprimées dans les années 60. Face à cela, la STIB débute en 1965 le chantier du pré-métro, idée qui avait déjà été évoquée en 1892 ! La ligne reliant De Brouckère à Schuman est inaugurée le 17 décembre 1969 par sa majesté le Roi Baudouin à bord du PCC 7093, exposé au Musée du Tram.

Bulletin d'information

Le métro fait sa première sortie !

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Un poste de conduite simplifié.

Particularité de ces PCC 7000, ils ne sont équipés que d’un seul poste de conduite. Pour pouvoir repartir d’un terminus dans l’autre sens, les conducteurs étaient dans un premier temps guidés par les receveurs grâce à un système de signaux d’alarmes. Une fois le travail de receveur supprimé, des postes de conduite simplifiés sont installés à l’arrière des véhicules permettant au conducteur de réaliser de légères manœuvres.

Archive du premier tram traçant sa route dans le nouveau tunnel de Bruxelles-Sud le 16 décembre 1957.
Archive du premier tram traçant sa route dans le nouveau tunnel de Bruxelles-Sud le 16 décembre 1957. ©BELGAIMAGE

Le dernier PCC 7000 est livré le 7 janvier 1971. Hasard des chiffres, il porte le numéro 7171. Le véhicule sera mis en avant en 2017 lors du clip de la chanson "La Loi de Murphy" d’Angèle. Au bout de quelques secondes, on y voit la chanteuse courir derrière cette motrice sur l’Avenue de Tervuren, non loin de Montgomery.

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À la recherche d’une plus grande capacité

En 1962, la STIB souhaite transporter d’avantage d’usagers dans ses trams mais les modèles de tramways deviennent trop petits. On pense alors à accoupler deux trams entre eux. De cette réflexion naît un prototype comprenant deux wagons mais composé que d’un seul poste de conduite. La technologie de l’époque n’est pas celle d’aujourd’hui et les performances du véhicule ne seront pas celles attendues, les trams ayant du mal à progresser dans les montées : "D’où selon certains, son surnom de Caroline, prénom de la tortue de Boule et Bill" explique Gérard. Le prototype sera retiré du réseau 2010 d'une part pour son âge avancé et d'autre part pour son seul poste de conduite qui était une vraie contrainte :"Etant unidirectionnelle, elle devenait le vilain petit canard sur le réseau."

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Le prototype "Caroline" ne sera cependant pas définitivement jeté à la poubelle. Au début des années 70, les PCC 7500 font leur apparition. Ce modèle est aussi composé que d'un seul poste de conduite. Mais à y regarder de plus près, l'arrière du véhicule reprend exactement le même design que la face afin d'y pouvoir placer un poste de conduite dans le futur.

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L'intérieur de la PCC 7727 après sa dernière modernisation.

Les PCC 7800 feront leur arrivée quelques années plus tard et seront directement bidirectionnels. Les PCC 7500 seront transformés au milieu des années 1980 en tram bidrectionnel et deviendront les PCC 7700. Ces véhicules roulent depuis 50 ans sur les rues de la capitale. Ces tramways sont à retrouver sur les lignes 39, 44, 93 et 97.

Une nouvelle ère

En 1977, il devient urgent d’avoir des trams de plus grande capacité. La STIB fait la commande des PCC 7900 qui seront les PCC les plus longs du monde. Ces véhicules roulent aujourd'hui régulièrement sur les lignes 51, 81 et 97.

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Des tramways prenant la pose dans un dépôt en 1986. Des véhicules qui roulent toujours aujourd'hui.

En 1983, la STIB doit réaliser des efforts budgétaires imposés par l’état. On pense à un moment supprimer le tram mais on diminuera uniquement la longueur des axes. C’est une victoire.

La modernisation des véhicules

Les T2000 qui marquent la grande modernisation des tramways bruxellois dans les années 90.
Les T3000 et T4000 arrivés en mars 2006.
Le Tramway New Génération.

Le 29 avril 1994, c’est l’heure de la modernisation avec l’arrivée des T2000. Plus besoin de gravir des marches pour monter dans le tram, le plancher est désormais bas. Une modernisation qui se poursuivra en mars 2006 avec l’arrivée de nouveaux modèles puis en 2021 avec la présentation du Tramway New Génération qui viendra appuyer l'offre actuelle.

Du jaune à l’art nouveau

Un tramway devant le Palais de Justice à Bruxelles le le 6 juin 2010.

Bruxelles a connu plusieurs couleurs pour ces tramways passant du vert au brun par exemple. Mais on connait surtout la couleur jaune de ces véhicules. Le coloris a été choisi en 1914 par l'occupant allemand pour des questions de sécurité et de visibilité voulant diminuer le nombre d'accidents, le jaune étant assez visible. Les trams aborderont cette couleur durant de nombreuses années et diverses teintes et variétés existeront. En 1991, les véhicules seront d'ailleurs relookés de la couleur jaune canari si caractéristique des tramways bruxellois.

En mars 2006, la STIB décide de repeindre ses véhicules de couleurs grises, argentées, cuivrées et dorées. Fait amusant, le tramway 7766 a servi de "cobaye" pour les autres PCC 7700 et 7800. Mais une fois repeint, le résultat n’est pas celui escompté… Le véhicule aborde une énorme moustache ! Ce tram sera surnommé "Big Moustache" et finalement repeint en septembre 2012.

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Le tramway fait véritablement partie du patrimoine, et même du folklore bruxellois. Rendez-vous ce dimanche 22 mai 2022 pour découvrir les 40 ans du Musée du Tram !

©Musée du Tram

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