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"Le titre ne sera pas qu’une histoire de pénalty" : à la théorie avec Swann Borsellino

Dante Vanzeir manque son penalty face au Club de Bruges.
09 mai 2022 à 11:08 - mise à jour 09 mai 2022 à 11:10Temps de lecture4 min
Par Swann Borsellino

Venu s’acquitter de son devoir médiatique quelques minutes après le coup de sifflet final du match entre son Union Saint-Gilloise et Bruges, Felice Mazzu a, à juste titre, refusé de parler "d’expérience" en guise d’explication au résultat qui venait de se jouer sous nos yeux.

Une question de science et d’émotions

Union Saint-Gilloise - FC Bruges : 08 mai 2022 (0-2)

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Nous allons donc parler de science, et plus exactement de physique. Au coup d’envoi, c’est la règle, le poids d’un ballon de football doit être compris entre 410 et 450 grammes. Parfois, le bruit qu’ils font lorsqu’ils sont tapés par les professionnels laisse à penser qu’ils font quelques kilos, mais ils pèsent généralement 430 grammes.

La planète Terre elle, selon les plus récentes estimations, pèserait 5,972 x 10^24 kilos, soit à peu près le poids qu’avait Dante Vanzeir sur ses solides épaules, aux alentours de 14h42 ce dimanche 8 mai. Il n’est alors question de science, ni d’expérience, mais de simple psychologie humaine.

Chaque jour, des sportifs de très haut niveau – salut à toi, Carlos Alcaraz, 19 ans – parviennent à banaliser l’exceptionnel. L’exceptionnel dans la pratique technique de leur sport, on parlera alors de niveau de jeu. L’exceptionnel dans la gestion des émotions, on parlera alors de force mentale.

Il est de coutume que lorsqu’un sportif craque (la réalité, c’est qu’il redevient humain, mais on emploie le terme négatif de "craquer"), les premiers commentaires sont généralement "il est payé pour ça" ou "il a signé pour ça".

Comme si, parce qu’ils étaient incroyablement doués dans un sport – en tout cas plus que beaucoup d’entre nous -, la gestion de leurs émotions par leur cerveau devait fonctionner différemment de la nôtre.

C’est le cas de certains extraterrestres. Me viennent forcément en tête Rafael Nadal ou Novak Djokovic, sur qui la pression ne semble avoir absolument aucune emprise. Mais on parle là de dieux vivants, de "une personne sur un milliard". Le reste, ce sont des êtres normaux, que l’habitude de la pression façonne mais ne rend pas pour autant moins humain.

Ce dimanche, à la 55ème minute du match qui était le, ou l’un des deux plus importants de l’année, le temps s’est un peu figé dans les travées du stade Joseph Marien. Il n’y a pas une seule personne, même bien avinée – abiérée serait un terme plus exact – qui n’a pas pris conscience de l’importance du moment quand Lazare, touché par Mechele est tombé sur la pelouse.

En tête de la liste des tireurs selon Felice Mazzu, Dante Vanzeir a pris entre ses mains ses responsabilités et le lot de gloire mais aussi de merde qui va avec. À ce moment précis, au bord du terrain, Simon Mignolet semblait faire bien plus que son mètre 93 et ses buts beaucoup moins que 7,32 x 2,44m.

La suite, c’est le bruit sourd du panneau publicitaire, les yeux qui cherchent le ballon dans le but et ne le trouvent pas puis l’irrémédiable point de non-retour émotionnel que la tactique n’expliquera jamais. Un match venait de mourir sous nos yeux, un autre allait naître, plus froid, malgré la chaleur d’un dimanche à barbecue.

Comme Baggio, Trezeguet ou Saka avant lui, Dante Vanzeir a manqué ce que beaucoup pensent simple sans jamais l’avoir essayé dans ces conditions. Mais à la différence de ses illustres prédécesseurs et comme l’ont rappelé, à l’unisson, les joueurs de l’Union à la sortie de la rencontre, cet échec, car c’en est tout de même un, n’est qu’une des raisons qui expliquent qu’au moment où vous lisez ces lignes, l’Union n’est "que" deuxième de notre championnat.

L’Union ne peut pas toujours être hyper-efficace

C’était une des données statistiques d’avant-match et, globalement, elle était l’une des explications de l’exceptionnelle saison des Saint-Gillois jusqu’ici : l’USG était hyper-efficace. Pour simplifier le jargon des xG, les jaunes et bleus ont globalement marqué plus qu’attendu sur la saison et la logique des chiffres étant implacable, la réussite se lisse au fur et à mesure que les matchs passent.

Problème, certains matchs coûtent plus cher que d’autres. C’est le cas de celui face à l’Antwerp, où la deuxième mi-temps des hommes de Mazzu aurait largement dû leur permettre de s’imposer.

Ce fut le cas face à Bruges, non seulement hier, mais aussi lors des deux premières confrontations face aux coéquipiers de Clinton Mata. L’idée ici n’est ni de relativiser le succès brugeois, ni d’apparaître "trop gentil" avec les Unionistes. Le but est simplement d’essayer d’expliquer ce qu’il s’est passé hier. En l’occurrence, ni un incroyable coup tactique d’Alfred Schreuder, ni une contre-performance de l’Union. Juste un match de foot aussi intense qu’important, qui a connu le scénario d’un match de foot aussi intense qu’important.

L’Union a perdu en concédant 11 tirs dont quatre cadrés sur la totalité du match. Sur ces tirs, 8, dont les 4 cadrés, ont été subits en seconde période. Il y a bien eu deux matchs et pas un seul ce dimanche, et le premier ne s’est pas uniquement achevé après le pénalty manqué de Vanzeir : il était déjà bien entamé à la fin de la première mi-temps, quand Bruges a réussi à rentrer aux vestiaires avec un score de 0 à 0.

Meilleure attaque de notre compétition, les Saint-Gillois n’ont pas marqué lors de deux rencontres consécutives pour la première fois de la saison. C’est aussi la première fois depuis le début de la saison qu’ils enchaînent deux matchs de suite sans victoire.

Mais à l’heure où les supporters cherchent des raisons d’espérer et les observateurs des explications à ce qu’il se passe, la réponse est, comme toujours, dans le contenu. Et Felice Mazzu, comme Anthony Moris, ont abondé dans ce sens : il n’y avait pas grand-chose à changer dans ce match à part la réussite, qui n’est ni une donnée tactique, ni une donnée que l’on contrôle.

En première période, le côté gauche, Machida, Lapoussin, Teuma, Undav, fonctionnait très bien. Pour une fois, peut-être, les attaques unionistes ont manqué d’accompagnement. On a moins vu Teuma et Lazare s’infiltrer, beaucoup moins vu Nieuwkoop qui avait à faire défensivement mais est crucial offensivement, et l’entrée de Mitoma n’a pas apporté un dixième de ce qu’il peut apporter.

Mais s’il y a bien un motif d’espoir pour l’Union, c’est que trois fois cette saison, ils ont réussi à regarder Bruges les yeux dans les yeux. Ce sera une tout autre affaire au Jan Breydel, devant un public surchauffé et face à une équipe brugeoise dont on a trop tendance à oublier la qualité, individuelle et collective. Mais quoi qu’il arrive, ce titre ne sera pas qu’une histoire de pénalty, qui n’est qu’une histoire dans l’histoire.

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