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Le "Talking Book" de Stevie Wonder a 50 ans !

Stevie Wonder

© Images Press / Contributor/Getty Images

27 oct. 2022 à 09:30Temps de lecture3 min
Par Frédéric Vandecasserie

Même si ce disque était déjà le quinzième de Stevie Wonder, il est souvent considéré, et à juste titre, comme celui qui l’a propulsé dans une autre dimension. Entre hits imparables, une tournée avec les Stones, un mariage qui bat de l’aile et un accident de voiture qui aurait pu être fatal… ce disque, et cette période de grâce, symbolisent le renouveau d’un artiste devenu essentiel. Rappel des faits…

Talking Book, et de deux en un an !

Alors que ses débuts discographiques remontent à 1962 (Il n’avait que douze ans !) avec l’album The Jazz Soul of Little Stevie, où il ne chantait pas mais assurait une pléiade d’instruments et apparaissait en tant que Little Stevie Wonder, Stevie Wonder attendra dix ans et quinze albums pour sortir Talking Book le 26 octobre 1972 !

Il se montre particulièrement prolifique en cette année 1972, puisqu’il avait déjà sorti, en mars, son quatorzième album Music of my Mind. Si ce disque ne récolte qu’un succès commercial très mitigé, c’est lui qui pose les bases de la musique de Wonder telle que nous allons définitivement la connaître quelques mois plus tard avec Talking Book.

Et puis, durant les sessions d’enregistrement, Stevie se montrera très inspiré. Ce qui débouchera sur l’idée d’une seconde sortie en 1972 pour y caser des titres encore en réserve…

Il a dix-huit ans, s’est enfin affranchi d’un contrat très restrictif qui le liait à la Motown. Il y reste, mais réclame une liberté totale et un paquet de dollars pour ne pas aller voir ailleurs. Et il obtient tout… Bref, les planètes sont alignées…

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Deux hits en puissance !

Talking Book s’ouvre sur "You Are the Sunshine of My Mind", référence à la dissolution de son mariage, composé depuis l’année précédente, en fait. Si son thème n’est pas joyeux, l’instrumentation est parfaite. Et ce morceau arrivera numéro un au Billboard et vaudra un Grammy Award à son auteur. Avis aux collectionneurs : la version single de ce titre (sortie en 1973) propose un mix différent de celui de l’album avec l’ajout de cors sur le 45 tours. Et puis, c’est la déferlante "Superstition"…

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"Superstition bouleverse" l’histoire de la musique !

Le deuxième hit contenu sur l’album, et de loin le plus connu, c’est bien entendu "Superstition" et son intro reconnaissable en toutes ! Cette intro de percussion vient de Jeff Beck, avec qui Wonder collabore en studio sur cet album. Beck lance la rythmique, Stevie joue d’autres instruments dessus… on connaît la suite. Ou à peu près. Car toujours très maniaque, Wonder tiendra les baguettes lui-même sur la version finale. N’empêche ! L’idée originale ne vient pas que de lui. Et même si le thème de la chanson est du genre très léger (Un avertissement gentillet contre toutes les formes de superstition.), elle cartonne bien au-delà de ce qui était attendu. Et elle grimpe à la première place des hit-parades aux Etats-Unis et au Royaume Uni, tandis qu’elle sera classée par le magazine Rolling Stone, en 2021, à la douzième position de la liste des 500 chansons les plus importantes de tous les temps.

Puis, tenant à honorer ses engagements, Stevie Wonder compte bien aussi laisser à Jeff Beck le droit d’enregistrer sa propre version du titre. Ce qui fait dresser les cheveux sur la tête de Berry Gordy, le boss de Motown. Ce dernier, flairant les liasses de dollars que ce morceau pourrait lui rapporter en royalties, le sort en single jute avant que n’arrive la version de Beck, pour lui couper l’hebre soue le pied. Jeff en tirera une rengaine au long cours…

Si l’album ne contient pas d’autres hits, il cartonne et propose même une première édition avec une pochette portant une inscription en braille, expliquant que "Here is my music. It is all I have to tell you how I feel. Know that your love keeps my love strong". On ne saurait pas mieux résumer la philosophie de ce disque…

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Une crédibilité rock grâce aux Rolling Stones…

Ce que Gordy et Wonder ont aussi bien compris, c’est que s’ils veulent que le chanteur explose dans tous les registres, il doit aussi se tailler une solide réputation dans le rock. Aussi vont-ils sauter sur l’occasion lorsque les Rolling Stones proposeront à Wonder d’assurer des premières parties lors de leur tournée américaine en juin-juillet 1972. Il arrivera même parfois que Wonder rejoigne Jagger à la fin du set des Stones pour entonner ensemble une version d’anthologie de "(I Can’t Get No) Satisfaction". Une tournée dont Stevie Wonder se souviendra encore avec émotion des décennies plus tard.

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Une période qui aurait pu très mal se terminer…

Mais cette période en forme de grand huit émotionnel aurait pu très mal se terminer. Puisqu’en été 1973, alors qu’il acquiert le statut d’icône de la musique, Stevie Wonder est invité par son cousin à une promenade en voiture. Mais la ballade tourne court, la voiture est heurtée par un camion et est quasiment coupée en deux. Le chanteur souffre d’une fracture du bassin, d’une fameuse commotion cérébrale, et tombe même dans le coma lors de son admission à l’hôpital. C’est l’écoute d’une chanson de gospel qui lui fera enfin bouger les doigts et le fera sortir du coma quatre jours plus tard. On ne se refait jamais complètement…

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