RTBFPasser au contenu

Le système politique de Hong Kong est-il en crise ? 5 questions à Eric Florence, directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine

Hong Kong : un modèle en péril ?

JT 19h30

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

02 juil. 2019 à 15:43 - mise à jour 02 juil. 2019 à 15:433 min
Par Eric Destiné

C’est un 1er juillet qui a été marqué par la révolte à Hong-Kong. Des manifestants ont envahi le parlement local en marge d’une nouvelle manifestation contre les dirigeants, jugés trop proches de la Chine. 22 ans après la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine, Hong Kong jouit d’une autonomie et d’un degré de liberté que certains habitants ont peur de perdre, suite à un projet de loi très controversé. La contestation est de plus en plus vive sur place. Nous avons contacté Eric Florence à Hong Kong. Ce Belge dirige le Centre d’études français sur la Chine contemporaine. Il est aussi chargé de cours à l’Université de Liège.

Comment expliquer l’épisode d’hier et le durcissement apparent du mouvement de contestation ?

"Tout d’abord on peut souligner le fait qu’il y a un sentiment de défiance assez généralisé au sein d’une partie de la population, principalement au sein de la jeunesse de Hong Kong. Une défiance par rapport au gouvernement. Il y a clairement la volonté d’être entendu. On peut y voir une forme de crise du système politique dans le sens ou la population peut s’exprimer mais globalement les gens ont l’impression qu’ils ne sont pas entendus, que leurs demandes ne sont pas traitées. Il y a quand même aujourd’hui au sein d’une partie de la jeunesse clairement l’idée que des moyens plus radicaux peuvent être utilisés et sont légitimes. Il y a une crainte réelle de perte des libertés publiques qui définissent fondamentalement Hong Kong"

Quelles sont les causes fondamentales qui ont mené à ce durcissement ?

"Globalement, depuis le mouvement des parapluies de 2014, une série de mesures ont été prises et sont perçues comme témoignant d’une mainmise plus forte de Pékin. Il y a notamment eu des décisions liées à la justice, des décisions liées au système politiques et l’interdiction d’un parti politique localiste qui prône l’autonomie en 2017. On a aussi vu l’incarcération d’une série de leaders du mouvement des parapluies en 2017 et encore récemment. Certains candidats pro-autonomie ont aussi été élus et ensuite disqualifiés lors de leur prestation de serment suite notamment à des interprétations du comité permanent de l’assemblée nationale populaire de Chine. Il y a donc une série d’éléments qui font craindre une perte d’une partie des libertés publiques et une forme de menace pour le principe "un pays, deux systèmes". C’est vraiment un élément fondamental ".

L’influence de la Chine sur le territoire de Hong Kong pourrait-elle s’accroître ?

"Quand on regarde les différentes crises, celle de 1989 suite aux événements de Tiananmen, celle de 2003 concernant l’article 23 sur la sécurité nationale, celle de 2011-2012 autour de la question de l’éducation nationale et celle de 2014 avec le mouvement de parapluies, lors de chacune de ces crises, on a pu percevoir ensuite un certain nombre de contraintes renforcées de la part de la Chine sur Hong Kong. Et donc il y a des craintes que cette crise-ci puisse mener encore à l’accroissement de la mainmise de Pékin sur la société hongkongaise".

Dans ce mouvement, les jeunes de Hong Kong semblent une première ligne. Pourquoi ?

"Effectivement on peut considérer que la jeunesse fait partie des catégories de personnes qui expriment un degré d’insatisfaction très élevé. Les niveaux de revenus sont faibles et les 18-25 ans, en particulier ceux qui font ou qui ont fait des études supérieures, montrent le niveau d’inquiétude le plus élevé. Ils expriment donc de la défiance vis-à-vis du système politique. Il y a aussi l’impossibilité, pour ces jeunes, à Hong Kong, d’acquérir un logement. Plus de 80% des 18-25 ans restent au sein du foyer familial au moins jusqu’à 30 ans. Il y a un décalage flagrant entre l’éthique de la réussite individuelle grâce à l’effort et parallèlement une réalité assez implacable sur fond de précarisation".

Peut-on envisager de voir cette crise s’estomper ?

"C’est une question à laquelle il est très difficile de répondre. On peut supposer que, comme l’été arrive et que législature se termine, le mouvement va peut-être s’estomper momentanément. Mais les causes structurelles politiques, économiques et socio-économiques persistent. Aucun de ces problèmes n’a véritablement été traité efficacement. On peut même dire qu’il y a une aggravation de la polarisation sur le plan socio-économique. Il y a un taux d’inégalité qui est plus fort aujourd’hui à Hong Kong et on perçoit un sentiment de désillusion et de désespoir très important. La combinaison de ces facteurs socio-économiques dans un climat d’incertitude politique peut amener à une très forte détermination, voire parfois des mouvements plus radicaux. Il y a véritablement, du côté d’une partie de la population, la volonté d’être entendu par le gouvernement".

Sur le même sujet