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Le succès de l'Erasmus virtuel : bien plus qu'un Erasmus au rabais

Le succès de l'Erasmus virtuel : bien plus qu'un Erasmus au rabais
14 déc. 2020 à 13:435 min
Par Daphné Van Ossel

"Dans un de mes groupes d’échange virtuel, il y avait un Français et un Italien, raconte Ikram Ben talha, jeune Marocaine de 22 ans. La crise du Covid avait commencé. La discussion était très tendue parce que l’Italien en voulait très fort à la France. L’Italie manquait de matériel médical, il estimait que la France voisine (il habitait près de la frontière) aurait dû venir en aide à son pays. Grâce à nos échanges, ils ont pu dialoguer, faire évoluer leurs points de vue. "

Voilà une expérience rendue possible grâce au programme Erasmus + Virtual Exchange. Non, il ne s’agit pas de suivre en ligne des cours donnés dans un autre pays. C’est beaucoup plus que ça. Ce sont des échanges, des débats organisés en ligne entre des jeunes issus de 44 pays différents.

Des échanges entre jeunes européens et jeunes des pays du sud de la Méditerranée

Le programme, un projet pilote, vise à favoriser les échanges interculturels entre les jeunes européens (il est accessible aux 18-30 ans) et ceux des pays du sud de la Méditerranée. Y participent donc des pays comme la France, l’Allemagne mais aussi la Syrie, ou l’Egypte, les pays les plus présents étant la Tunisie, l’Italie et le Maroc. Au total, plus de 28.000 personnes y ont pris part. 112 Belges ont participé à l’aventure.

Le succès de l’Erasmus virtuel : bien plus qu’un Erasmus au rabais
Le succès de l’Erasmus virtuel : bien plus qu’un Erasmus au rabais © Tous droits réservés

Le projet se veut complémentaire par rapport au programme Erasmus traditionnel (désormais appelé Erasmus +). Il ne s’agit pas d’un Erasmus au rabais, mais bien de profiter des nouvelles technologies pour ouvrir de nouvelles possibilités. Différents types d’échanges sont possibles, toujours accompagnés par un facilitateur formé à la facilitation en ligne. Il est là pour s’assurer que tous les participants aient droit à la parole, même les plus timides ou les moins avancés en Anglais, et ceci dans le respect mutuel. Il est aussi le garant de la qualité des échanges.

Les jeunes vont échanger leurs points de vue mais le but est d’aller vraiment plus loin, de les amener à déconstruire leur pensée.

Aurélie Durand, attachée de projet à l’association Search for Common Ground qui chapeaute le projet pour le compte de la Commission européenne, explique : “Les jeunes choisissent un sujet dont ils vont parler. Ça peut être très large (l’avortement le réchauffement climatique, l’égalité des genres…). Le facilitateur va les aider à développer une question qui servira de point de départ. Les jeunes vont échanger leurs points de vue mais le but est d’aller vraiment plus loin, de les amener, non pas spécialement à changer d’avis, mais à déconstruire leur pensée, voir comment elle est conditionnée, comprendre pourquoi ils adoptent cette position-là. Ils vont aussi avoir certains exercices, par exemple pour développer l’écoute active. Si un participant a des connaissances dans un certain domaine, il peut en faire profiter les autres. On est vraiment dans la co création de connaissances.”

En fait, le projet se sert des nouvelles technologies pour faire éclater les bulles dans lesquelles elles nous enferment. Angelina Prins, 22 ans, étudie le commerce international à Utrecht. L’Erasmus virtuel fait partie intégrante de son programme d’étude. Elle s’est retrouvée dans un groupe avec une Italienne, une Égyptienne, une Française, et deux Pakistanaises : “On a notamment échangé sur la question de l’égalité des genres. On a réalisé des interviews vidéos sur la situation dans notre pays puis on les a montrées aux autres. C’était passionnant de voir la différence avec le Pakistan par exemple. J’ai appris à ne pas toujours dire ce qui me passait par la tête, à filtrer pour être sûre de faire passer le bon message, de manière respectueuse.

Le succès de l'Erasmus virtuel : bien plus qu'un Erasmus au rabais
Le succès de l'Erasmus virtuel : bien plus qu'un Erasmus au rabais © Tous droits réservés

Tareq Layka, syrien, 25 ans : "Ça a vraiment changé ma vie !"

Tareq Layka, un Syrien de 25 ans, vit à Lattaquié, il a fini son baccalauréat en dentisterie et cherche maintenant une bourse pour pouvoir faire son master. Il a déjà participé à 10 modules du programme. Il est plus qu’enthousiaste : "Ça a vraiment changé ma vie, je ne la vois plus de la même manière. La Syrie est séparée du reste du monde, et pas seulement géographiquement. Les gens ont beaucoup de stéréotypes sur les Syriens. Sur internet, ils deviennent méfiants quand tu essaies de te connecter à eux. Dans le cadre de l’Erasmus virtuel, tous les participants sont curieux, à l’écoute de ma voix. Leur seule source d’information sur la Syrie ce sont les médias et donc ils aiment entendre quelqu’un qui vit là au quotidien."

La situation dans sa ville est calme actuellement, la difficulté c’est plutôt d’avoir accès à l’électricité pour se connecter : “On a à chaque fois de l’électricité pendant 1 heure et demie puis plus pendant 4 heures et demi.” Tareq vient de finir la formation pour devenir facilitateur. Il est sûr que toute cette expérience l’aidera à postuler pour une bourse d’étude.

Un programme pour jeunes éduqués ?

L’un des buts de l’Erasmus virtuel est en effet aussi, au-delà de promouvoir le dialogue interculturel, d’encourager la tolérance, et de développer l’esprit critique, “d’augmenter l’employabilité des participants”, en leur permettant de pratiquer une langue étrangère, de développer leurs compétences digitales, de travailler dans un contexte multiculturel.

Mais le programme ne reste-t-il pas surtout accessible à de jeunes éduqués ? “C’est un des défis à relever, explique Aurélie Durand. Et c’est dans cette optique que nous ne travaillons pas qu’avec des universités ou des hautes écoles mais aussi avec des associations. En Allemagne, par exemple, nous avons un partenaire qui s’occupe de jeunes réfugiés, on travaille aussi avec des organisations de jeunesse qui s’occupent de jeunes issus de milieux défavorisés. La fracture numérique est aussi un obstacle à contourner.”

Le nombre de participants a plus que doublé avec le coronavirus

Il y a encore des éléments à améliorer, mais les études d’impact réalisées sur le projet sont positives et la demande est là. Elle a d’ailleurs plus que doublé avec la crise du COVID-19. Le nombre d’inscrits est passé de 3200 jeunes en septembre 2019 à 7800 en septembre 2020. “Imaginez, pendant le confinement je ne pouvais même plus aller en rue mais, grâce au projet, je pouvais voyager partout dans le monde, et rencontrer plein de gens !”, témoigne Ikram Ben talha.

Physically distant, socially close: Erasmus+ Virtual Exchange in times of COVID-19

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Le projet pilote, auquel l’Union européenne a consacré un budget de 2 millions par an depuis 2018, s’achève à la fin décembre. Sera-t-il pérennisé ? La Commission a en tout cas l’intention de financer d’autres projets d’échanges virtuels dans le cadre du nouveau programme Erasmus + 2021-2027. Les régions et les montants concernés sont encore en discussion. L'accord sur le budget européen obtenu ce jeudi devrait aider à y voir plus clair.

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