RTBFPasser au contenu
Rechercher

Monde

Le Soudan, une histoire sous le signe de la guerre civile et des coups d'état

Manifestants soudanais protestant contre l'arrestation des membres du gouvernement par l'armée suite à leur refus de soutenir le coup d'état.
25 oct. 2021 à 16:06Temps de lecture3 min
Par Pascal Bustamante

Le Soudan est le troisième plus grand pays d’Afrique. Il a un littoral sur la mer Rouge et est bordé par le Soudan du Sud, la Centrafrique, le Tchad, la Libye, l’Egypte, l’Erythrée et l’Ethiopie. Sa capitale est Khartoum et il s’étend sur 1,88 millions de kilomètres carrés et abrite 42,5 millions d’habitants. Cette population est caractérisée par une très grande diversité ethnique.

Le pays est indépendant depuis 1956. Auparavant, il s’agissait d’un condominium britannique et égyptien. Depuis lors, les tensions n’ont cessé de traverser le pays.

Un 20ème siècle tumultueux

Dès avant l’indépendance de 1956, de 1955 à 1972, le pays est déchiré par une guerre civile entre le Nord et le Sud.

Plusieurs coups d’état vont émailler le cours du conflit. En 1972, l’accord d’Addis-Abeba promettant une autonomie du Sud Soudan va mettre un terme à la première guerre civile.

En 1983, le maréchal Neymeri, à la recherche d’appuis du côté des Frères musulmans, étend l’application de la charia au droit pénal. Ce mouvement va relancer la guerre civile entre le Nord, à majorité musulmane et le Sud, animiste et chrétien. Le conflit, entre 1983 et 2005 va faire près de 2 millions de morts.  

En 1989, le général Omar el-Bechir prend le pouvoir à la suite d’un coup d’état consécutif à une crise économique de longue haleine. Il y restera jusqu’en 2019.

Un 21ème siècle tout aussi chaotique

La deuxième guerre civile soudanaise prend fin à la suite d’un accord de paix en 2005. Le Sud obtient un statut d’autonomie. En 2011, le Sud Soudan proclame son indépendance à l’issue d’un référendum. Dès cette nouvelle indépendance, les armées des deux pays vont à nouveau s’affronter autour de la zone frontalière, riche en pétrole et en eau. Pour le Soudan, la perte du Sud se paie en une diminution importante des ressources pétrolières plongeant le pays dans une crise économique de grande ampleur.

Entretemps, le pays fait aussi face à une rébellion dans la région du Darfour. Depuis 2003, la situation oscille sans cesse entre conflit ouvert et tensions larvées. La crise a fait l’objet de pas moins de 22 résolutions de l’ONU et 3 résolutions du parlement européen. Le 4 mars 2009, la cour pénale internationale da délivré un mandat d’arrêt international à l’encontre de Omar el-Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans le cadre du conflit.

Soudan et Soudan du Sud
Soudan et Soudan du Sud PeterHermesFurian Getty Images

Crise économique

La crise économique dans laquelle le pays est plongé est structurelle. Depuis 2011, le chômage touche près de 18% des actifs et près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. L’inflation frôle les 150% annuels et la monnaie locale n’est plus appréciée qu’à la moitié de sa valeur sur le marché noir.

Révolution de 2019

Dès 2018, un mouvement de protestation contre le régime d’Omar el-Béchir secoue le nord du pays. Le 11 avril 2019, l’armée destitue le président et place le pouvoir entre les mains d’un conseil militaire de transition. Puis d’un conseil de souveraineté qui partage le pouvoir entre militaires et civils. C’est d’ailleurs un civil, Abdallah Hamdok, un économiste à l’ONU, qui en devient le premier ministre.

Mais la coalition entre militaires et civils n'est selon plusieurs observateurs, que de façade. Les rouages importants du pouvoir sont restés entre les mains des militaires. Des militaires qui ont saisi l'occasion de s'emparer à nouveau de la totalité du pouvoir à la suite de manifestations en tous sens dans la majorité du pays. 

Reprise en main par l’armée

Le 25 octobre 2021, l’armée a repris les rênes du pouvoir au Soudan. Un événement qui ne surprend pas Marc Lavergne, directeur émérite du centre d’études et de documentation de l’université de Khartoum :

" L'armée n'a pas accepté de partager le pouvoir avec les civils dans une transition démocratique supposée (…) c'est à dire que finalement, les militaires n'ont pas lâché le pouvoir. Le général Burhane, est resté le chef du Conseil de Souveraineté, alors qu'il devait passer la main à un civil. Donc, on voit que même le général Omar el-Béchir est toujours resté, même s'il est sous mandat d'arrêt de la CPI. (…) Le chef des services secrets, Salah Gosh, était mis en prison, mais il est maintenant en Égypte".

"Tout l'appareil, tout ce qui est l'état profond a subsisté. Même les manifestations qui ont finalement mis la dernière touche à cette déstabilisation du Soudan dans l'est du pays, où ce sont des tribus Behjar et autres de ces régions de la mer Rouge qui ont bloqué l'arrivée des marchandises à Khartoum, on peut y voir la patte de cet État profond soudanais qui a subsisté. Et puis on peut voir aussi la main de la Russie, de la Turquie, peut être des pays du Golfe, de tous ces pays qui n'étaient pas satisfaits de voir une transition démocratique réussir au Soudan". 

"Tout le monde attendait son heure finalement, depuis le début, cette phase de transition était assez illusoire. Les civils avaient pour mission de débloquer les crédits internationaux, ils l'ont fait au prix de la reconnaissance d'Israël, au prix de différents arrangements, mais ils ont réussi à obtenir de la France un rôle extrêmement volontariste dans cette affaire puisque on a effacé la dette française et puis après c'était l'Union européenne qui devait suivre. On va voir si les gouvernements occidentaux, qui sont finalement les victimes de ce coup d'État, vont réagir et de quelle manière ". 

Sur le même sujet: JT 25/10/2021

Sur le même sujet

Coup d'Etat au Soudan : des hommes politiques libérés, les ministres pro-civils démissionnent

Soudan : tirs de grenades lacrymogènes sur des manifestants anti-putsch, un mort est à déplorer

Monde Afrique