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Tendances Première

Le sommeil des enfants : tout un apprentissage

Le sommeil des enfants : tout un apprentissage
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Les psychologues reçoivent trop souvent en consultation des parents épuisés par des années de mauvaises nuits, qui ont oublié que le sommeil, ça s’apprend. Clémentine Rasquin, journaliste au Ligueur, nous rappelle l’importance du sommeil pour nos chères têtes blondes et la nécessité pour les parents de consulter rapidement en cas de problème. Car oui, on peut ne pas subir ses nuits !
 

Un sujet sensible à découvrir dans le dossier Apprendre à dormir, dormir pour apprendre, dans Le Ligueur de cette semaine.
 

En matière de sommeil, on observe une grande résistance de la part des parents, que ce soit pour leur sommeil à eux ou pour le sommeil de leurs enfants. Il faut en moyenne dix années de dette de sommeil, d’insomnie chronique, avant que l’adulte ne consulte pour lui-même. Et c’est la même chose pour le sommeil de leurs enfants, souligne Clémentine Rasquin. Pourquoi ? 

Peut-être parce qu’il est difficile d’établir une norme sur ce qu’est un sommeil normal ou anormal, puisqu’il y a beaucoup de variabilité d’une personne à l’autre.

Peut-être aussi parce qu’il y a un sentiment d’échec ou un aveu de faiblesse dans le chef des parents, à l’idée de se dire : mais je n’y arrive pas, mon enfant n’arrive pas à s’endormir ou à se rendormir seul.
 

Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants

Il y a la théorie et il y a la pratique. Il est très difficile de fixer un cadre et d’initier des changements quand on est soi-même en dette de sommeil chronique. L’équilibre est déjà tellement fragile que le parent ne sait pas par quel bout prendre le problème.
 

Quand et comment l’enfant passera-t-il ses nuits ?

Les psychopédiatres et psychologues Audrey Moureau et Louise Cordemans fixent ainsi les balises de temps :

  • A partir de 2-3 mois, le bébé est déjà capable d’enchaîner plusieurs cycles de sommeil.
  • A partir de 3 mois, il commence à différencier le jour et la nuit. Différentes petites choses peuvent l’aider à construire cette alternance de rythme veille-sommeil : une luminosité un peu tamisée, loin des sources d’agitation, ainsi que des marqueurs de temps, comme les repas, la promenade, le bain à des moments réguliers dans la journée.
  • A partir de 6 mois, l’enfant a une maturité cérébrale suffisante pour passer ses nuits.
     

Comment y arriver ?

  • Il faut retenir la triade fatigue-satiété-relaxation. L’enfant qui est repu, qui a été câliné, dont le réservoir est rempli tant sur le plan affectif qu’alimentaire, va pouvoir beaucoup plus facilement basculer vers l’endormissement.
     
  • Le doudou a aussi un rôle très important : il est doux, il réconforte, il est toujours là. Les enfants ne l’investiront parfois pas directement, ce sera vers 9 mois ou un an, au moment de la prise de conscience que le parent le quitte ou autre. Pour d’autres, ce sera vraiment tout de suite un inconditionnel !
     
  • Enfin, le rituel du soir est une condition sine qua non à l’endormissement. C’est le dernier moment qualitatif de la journée entre le parent et son enfant. On clôture la journée en beauté. Il n’existe pas de formule toute faite : une comptine, une histoire, un câlin massage,… chacun choisira. Ce qui est important, c’est que ce cadre soit identique et répétitif au fil des jours. C’est de cette répétition que le sentiment de sécurité s’installera.
     
  • Il faut éviter d’installer un jeu d’enchères : un dernier câlin, un dernier verre d’eau… et finalement, on ne sait plus très bien où commence et où se termine le rituel. Avec le risque de 'louper le train du soir' et que l’enfant ne parvienne plus à s’endormir, tant le rituel s’est étendu !
    Mieux vaut donc un rituel pas trop long mais pareil d’un jour à l’autre.

 

Et quand ça ne fonctionne pas ?

Clémentine Rasquin donne l’exemple concret d’Elodie dont la petite fille Jeanne, un an, se réveillait toutes les heures, toutes les nuits. Les parents étaient tiraillés, inquiets, épuisés.

Ils ont fini par consulter une psychologue comportementaliste qui leur a fixé une ligne de conduite à suivre et à laquelle ne pas déroger. C’est de cela qu’avaient besoin ces parents.

  • Un doudou attitré a été fort investi pendant quelques jours : il était présent partout, lors des repas, des jeux, des déplacements, et tout naturellement dans son lit. Il a joué un rôle très important pour asseoir le sentiment de sécurité.
     
  • Au moment des pleurs, les parents ont peu à peu espacé le délai de leurs visites : après 30 secondes, puis une minute et progressivement un temps plus long, en lui disant des phrases très claires : tu n’es pas toute seule, nous sommes à côté, nous ne t’abandonnons pas, mais tu dois t’endormir seule.
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"Je pense que le fait qu’une spécialiste ait pu les aiguiller sur des choses qui ont l’air toutes simples, ça les a mis en confiance pour mettre cela en pratique. Et au bout de trois nuits, c’était plié, donc ils n’ont pas dû attendre trop longtemps. Trois nuits et c’était fini."

Parfois une consultation suffit pour se rassurer sur le fait qu’on peut installer un cadre.

 

Quelques écueils fréquents à éviter

1. Il faut savoir qu’un bébé tout petit s’endort dans un sommeil agité. C’est normal. Il y a souvent une mésinterprétation des pleurs, on pense que l’enfant pleure parce qu’il nous appelle, mais en réalité l’enfant pleure et il s’endort dans ce sommeil agité. Surtout s’il a les yeux fermés, n’y allez pas, laissez-le s’endormir en pleurs, il ne vit pas pour autant un mauvais moment.

2. Les conditions d’endormissement sont très importantes. Si l’enfant s’endort dans les bras parentaux et qu’il se retrouve tout seul dans son couffin, cela va le paniquer parce qu’il ne retrouve plus les conditions d’endormissement. Un sentiment d’insécurité pourrait s’installer. Mieux veut le mettre seul dans son lit, après l’avoir bien câliné, bien rassuré, pour qu’il puisse s’endormir seul.

3. Rythme et répétition sont essentiels pour les repas et les activités de la journée, pour créer ces rituels qu’on retrouve d’un jour à l’autre. L’enfant va s’imprégner de cela pour construire ses rythmes.

4. "Quand les parents disent : mais on a tout essayé, dans ce 'tout essayé', finalement, la réponse n’est plus identique. L’enfant se sent perdu : un coup il y a ça, un coup on va dormir dans le lit de papa et maman, un coup on est dans le couffin, un coup on est dans le lit… Il ne s’y retrouve plus, et c’est peut-être ça qui va l’insécuriser. Tandis que si on garde le cap, si on tient bon, si on reste sur les mêmes ingrédients, il y a des chances qu’il s’y retrouve, dans ce cadre réconfortant."

5. Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’importance des siestes. Car pour bien dormir la nuit, il faut bien dormir le jour. Il faut savoir qu’à 6 mois, l’enfant fait 3 à 4 siestes, vers 9 mois, deux siestes, vers 18 mois, une sieste.
 

Un livre essentiel

Clémentine Rasquin invite les parents qui hésitent à franchir le pas de la consultation à se procurer, en librairie ou en bibliothèque, le livre Le sommeil, le rêve et l’enfant, des docteurs Thirion et Challamel. Elles proposent un parcours pas à pas pour initier cette autonomisation vers le sommeil, qui, comme on l’a vu, s’apprend.

Elle souligne les deux chapitres Comment apprendre à s’endormir et Comment apprendre à se rendormir, les deux cas les plus problématiques et les plus courants. Ce livre a aidé de nombreux parents à aller vers cet apprentissage.
 

"Nous ne sommes pas égaux devant le sommeil des enfants. Par contre, nous sommes égaux sur l’idée que ça s’apprend. Si le parent a envie de dire : là, j’estime que c’est trop pour moi et, comme mon bébé a plus de 6 mois, j’ai envie d’initier ça, respectez-vous aussi. Respectez vos rythmes !

On doit être à l’écoute de son enfant, de ses besoins, bien sûr, mais il y a moyen, avec le doudou, avec le rituel du soir, avec ces répétitions et ces rythmes, d’asseoir quelque chose. De lui dire aussi : je te fais confiance."

Ne vous découragez pas, ce n’est pas une fatalité !
Et n’hésitez pas à demander de l’aide.

 

Ecoutez Clémentine Rasquin ici, dans Tendances Première

Tendances Première : Les Tribus

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