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Le slam pour mettre des mots sur les maux

Le slam comme thérapie collective

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09 mars 2020 à 16:13 - mise à jour 09 mars 2020 à 16:13Temps de lecture2 min
Par Mathieu Van Winckel

La brasserie du centre culturel l’Eden à Charleroi est pleine à craquer. Ce soir, 40 personnes vont défiler sur scène. Trois minutes maximum pour déclamer un texte sans consigne, sans règle. Un jury plutôt bienveillant donne des points. Un jury copieusement hué quand il est jugé trop sévère. La cigarette à la main, Florian et Keziah échangent les derniers conseils avec d’autres slameurs. On cherche le moyen de lutter contre le stress.

Le slam pour mettre des mots sur les maux

Ce soir, les proches de ces deux adolescents de 15 et 16 ans sont leurs amis et les autres enfants placés par le juge. Florian et Keziah vivent ensemble aux Eclaireurs à Jumet. Leur parcours et leur vie transparaissent dans leurs textes. Mais ce soir, ils ont décidé de créer la surprise. C’est le bonheur qui les a inspirés. "C’est vrai qu’avec notre histoire, les gens s’attendent à retrouver un truc lourd", commence Florian. "Et souvent dans le slam, on a des critiques sur les politiciens et sur les trucs qui ne vont pas. Mais justement on a décidé de sortir la tête de l’eau parce qu’une fois qu’on touche au bonheur, on a envie de le développer."

Ma mère est morte hier matin 8h, je pleure

Keziah poursuit : "Je n’écrirai jamais sur ma cité. Sur le quartier d’où je viens. C’est un cliché que beaucoup de rappeurs ont utilisé. On peut parler de choses sérieuses, de nous, sans faire comme les autres." Et force est de constater que les slameurs du jour ont pour la plupart choisi de parler d’eux. Comme cette jeune fille qui entame son slam en expliquant que sa mère est décédée hier soir. "Elle est morte à huit heures et je pleure…" Silence pesant et respectueux dans la salle. En sortant de scène, les larmes coulent. La tristesse mêlée à la joie d’avoir osé prendre la parole.

Le slam pour mettre des mots sur les maux

A Charleroi, depuis près de 10 ans, c'est Goslam City qui organise les ateliers et les scènes. La blaque toujours à portée de sourire, celui qu'on appelle Le Chauve Sourit ou Hakim Larabi défend son art avec passion. Pour lui, "la force du slam c'est de pouvoir mettre des mots sur un vécu, une expérience ou des émotions. Et on peut aller vers quelque chose d'intime, véritablement se mettre à nu ou vers des choses légères. On peut aussi aborder des choses sérieuses avec humour."

C’est assez rare de voir autant de gens différents ensemble. Âges, quartiers, sexe, milieux socio-économiques. Toutes les différences se succèdent sur scène et les textes parlent des difficultés, des joies, des peines de chacun. Chacun d’où il vient… où il veut aller. Une grande soirée de partage d’émotions et de talents dans une ambiance bienveillante.

Keziah et Florian vont continuer à écrire et à vivre ensemble. Ils partagent leurs vidéos de slam et de rap sur leur page Facebook (alias : KDR & GMZ). Ils vont aussi continuer leur recherche du bonheur… sur scène et dans leur vie quotidienne.

Le slam pour mettre des mots sur les maux
Le slam pour mettre des mots sur les maux Olivier Bourgi

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