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Des conditions absurdes pour plafonner les prix du gaz en Europe : le sens de l’humour particulier de la Commission européenne

L'oeil sur l'Europe

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25 nov. 2022 à 09:36 - mise à jour 25 nov. 2022 à 10:12Temps de lecture2 min
Par Olivier Hanrion

Qui a dit que les fonctionnaires européens étaient gris, ternes et sans humour ? Cette semaine la Commission européenne vient de nous prouver le contraire, même si son sens de l’humour est assez particulier. La quinzaine d’Etats membres qui demandent depuis des mois que l’exécutif européen rédige une proposition pour plafonner le prix du gaz en Europe en ont fait l’amère expérience. Pour ces pays, Belgique en tête, ce plafonnement permettrait de reprendre les rênes d’un marché sans boussole, d’éviter les dérapages et surtout la flambée des factures des ménages et des entreprises.

Pourtant, cela fait des mois que la Commission fait comme si elle n’avait pas bien compris la demande. Parce que l’idée d’intervenir pour corriger un marché ne lui plait pas trop. C’est contre nature. Et puis ça risquerait de faire fuir tous nos nouveaux amis qui aujourd’hui nous fournissent du gaz très très cher à la place de la Russie.

Bref Kadri Simson, la commissaire en charge de l’énergie a longtemps trainé des pieds pour faire ses devoirs. Et puis finalement, à force d’insister, cette semaine, elle a dû sortir un texte de son chapeau

Un plafonnement très encadré

Sur le papier, il y a désormais une proposition formelle de mettre en place un mécanisme de correction des marchés. Un outil complexe censé empêcher la flambée des prix du gaz. Mais pour rassurer les fournisseurs de gaz (et aussi les pays comme l’Allemagne, le Danemark ou les Pays-Bas qui n’aiment pas trop cette idée de bidouiller sur les marchés), il a fallu mettre deux conditions pour enclencher cette belle mécanique. Le prix du Mégawattheure devra dépasser 275€ pendant deux semaines. Et l’écart entre le prix du gaz naturel et celui du gaz naturel liquéfié devra dépasser 58€ pendant dix jours…

Une usine à gaz

Ces conditions sont tellement restrictives, qu’elles n’ont jamais été remplies. Même au plus fort de la crise, en août dernier lorsque les Etats membres cherchaient du gaz à tout prix pour regonfler leur stock avant l’hiver… ça ne s’est jamais produit. Bref, la Commission a fait plancher ses fonctionnaires sur un mécanisme qui n’a aucune chance d’être appliqué. En français on appelle ça une usine à gaz…

La méthode n’a pas fait rire les ministres de l’énergie des Etats membres. Pour l’Espagne c’est une mauvaise blague. Une plaisanterie de mauvais goût pour la Pologne. Une perte de temps pour la Grèce…

Il faut trouver une solution à 27

"On a un peu l’impression d’être pris en otage par les quelques pays qui ne veulent pas de ce plafonnement et qui ont l’oreille de la Commission" glisse un diplomate européen. Et c’est d’autant plus rageant qu’il est impossible de décider d’un plafonnement tout seul dans son coin si, dans le même temps, vos voisins sont prêts à mettre le paquet pour acheter leur gaz. Ça ne marche pas. En revanche, rien n’empêche un Etat de mettre en place ce qu’on appelle un bouclier tarifaire. C’est-à-dire des mesures qui protègent les consommateurs d’une hausse de leur facture. C’est aussi une sorte de plafonnement. L’Allemagne, la France, l’Italie l’ont fait. Encore faut il avoir les reins solides. Berlin a mis 200 milliards d’euros sur la table. L’Allemagne peut se le permettre mais Rome aujourd’hui appelle à l’aide. Ces mesures lui coutent 5 milliards par mois. Difficile de faire face à ces coûts sans l’Union européenne admet Georgia Meloni, la présidente du Conseil italien

Les plaisanteries les plus courtes sont toujours les meilleures

Le problème, c’est que le sujet est devenu passionnel. Une majorité d’Etats est aujourd’hui vexée d’avoir été pris pour des buses. Aucune solution n’est en vue avant la mi décembre. Pendant ce temps, nos factures de gaz continuent de flirter avec les sommets. Et ça ne fait pas rire grand monde

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