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Le secteur financier belge reste vulnérable sur le marché immobilier, selon la BNB

Le gouverneur de la BNB Jan Smets et son directeur Jean Hilgers
01 juin 2018 à 14:37 - mise à jour 01 juin 2018 à 14:37Temps de lecture3 min
Par Belga

Dix ans après l'éclatement de la crise financière, le secteur financier belge est "sain et robuste", constate la Banque nationale de Belgique (BNB) dans son rapport annuel sur la stabilité financière. La BNB pointe toutefois une série de défis et risques, liés notamment au développement du marché immobilier.

La BNB estime en effet que le marché immobilier belge, "très dynamique" ces dernières années, reste "un point d'attention". La Belgique est l'un des rares pays européens dans lequel les prix de l'immobilier n'ont pas baissé malgré la crise. Et les banques belges accordent de nombreux crédits à des conditions souples (prêts de durée plus longue, rapport plus élevé entre le montant emprunté et la valeur du bien financé et part plus importante des remboursements dans les revenus des emprunteurs). Pour la première fois, le niveau de dette des ménages belges, à plus de 60%, a dépassé celui des ménages de la zone euro.

En outre, vu l'environnement de taux bas, le secteur financier se tourne de plus en plus vers le marché immobilier comme source de revenus. Actuellement, les prêts hypothécaires consentis par les banques aux ménages belges représentent en moyenne 20% du total du bilan du secteur.

Un "coussin"

Face à "l'accumulation de vulnérabilités" dans le secteur, la BNB a décidé il y a quelques jours d'instaurer une nouvelle mesure macroprudentielle pour l'immobilier résidentiel visant à augmenter les réserves des banques. Cette mesure doit permettre la formation par les banques d'un coussin d'environ 1,5 milliard d'euros de fonds propres. Une partie de la mesure s'applique de manière linéaire à toutes les banques (900 millions d'euros) l'autre est individuelle et fonction du profil de risque du portefeuille hypothécaire de la banque (600 millions d'euros).

"Cela ne veut pas dire que notre marché immobilier n'est pas sain. Les risques sont très réduits mais prudentiel veut dire prévoir. Si les circonstances se modifient, avec par exemple une économie qui marche moins bien, davantage de problèmes de remboursement des crédits et des prix de l'immobilier qui baissent, il faut faire en sorte que les banques puissent rester en mesure d'octroyer des crédits et qu'il n'y ait pas un arrêt brutal du crédit", explique le gouverneur de la BNB, Jan Smets.

Cette nouvelle mesure fait suite à une précédente de ce type prise par la BNB en 2013, mais qui n'a pas produit les effets escomptés, et permet à la Belgique de rattraper la moyenne européenne en la matière. On se souvient qu'en 2017 la BNB avait suggéré un renforcement des fonds propres des banques pour les crédits hypothécaires accordés pour des montants supérieurs à 80% de la valeur du bien. Une piste que le gouvernement n'avait pas souhaité suivre, de peur qu'elle n'entrave l'accès à la propriété.

Par ailleurs, un coussin de capitaux propres supplémentaires est requis pour huit institutions belges considérées comme systémiques. Cette surcharge de fonds propres s'élève à 0,75% supplémentaire pour Axa Banque Belgique, Argenta, The Bank of New York Mellon et Euroclear et à 1,5% pour ING Belgique, Belfius, KBC et BNP Paribas Fortis.

Dans son rapport, la BNB pointe d'autres risques pour le secteur financier comme une évolution défavorable des taux d'intérêts (remontée brusque ou stagnation prolongée à des niveaux plancher), les cyberattaques ou la numérisation de l'économie. Au sujet du risque d'intérêts, les tests de résistance ont montré que le secteur financier belge disposait d'une capacité suffisante d'absorption des chocs.

La transition vers une économique bas carbone, et ses conséquences sur le monde de la finance, ainsi que la finance de l'ombre (shadow banking) sont également des points d'attention même si la finance parallèle n'atteint pas une taille très importante en Belgique.

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