RTBFPasser au contenu

Caterpillar Gosselies

Le "sandwich de la mort" de Caterpillar: deux pains, et une volonté d'enlever le beurre

Le "sandwich de la mort" de Caterpillar: deux pains, et une volonté d'enlever le beurre
07 sept. 2016 à 12:34 - mise à jour 07 sept. 2016 à 12:342 min
Par T. Mignon avec A. Meeus

Le "sandwich de la mort" de Caterpillar. L'expression a été lancée ce mercredi matin par le porte-parole du PTB Raoul Hedebouw sur Matin Première. Au-delà du caractère fort de cette image, elle illustre le mode de fonctionnement de Caterpillar et de ses différents sites et divisions européens.

"Chez Caterpillar, on pratique un processus que les syndiqués appellent le 'sandwich de la mort', a ainsi expliqué Raoul Hedebouw. Ça veut dire quoi ? Que le site de Charleroi achète les pièces à Caterpillar pour fabriquer les engins de chantier, et ensuite il les revend chez qui ? Chez Caterpillar. C'est-à-dire que les multinationales parviennent, en fonction du prix des pièces qui rentrent et du prix de la vente, à réguler où elles le veulent les bénéfices qu'elles réalisent. En l'occurrence, le bénéfice de Caterpillar, c'est-à-dire la vente des bulldozers, se fait où ? En Suisse, là où les bénéfices sont peu imposés."

L'expression n'est pas neuve, elle est bien connue des syndicalistes de Caterpillar. "C'est très simple, assure au micro de la RTBF le secrétaire de la CSC-Metea Hainaut Jean-Marie Hoslet, qui s'était exprimé mardi à la Chambre. Vous prenez le bas du sandwich – c'est vous qui maîtrisez le prix de revient de ce sandwich – et le dessus. Et vous, vous êtes au milieu. (...) Les deux parties du pain, c'est à Genève que cela se décide. Et donc, à Genève, on peut très bien dire si on va vous donnez une marge bénéficiaire ou pas."

"Et pour ne pas faire de marge bénéficiaire – et donc de ne pas avoir de bénéfices en Belgique –, c'est très facile : vous augmentez les prix des matières premières de vos sous-ensembles et vous vous achetez à vous-même à perte des machines. Cela veut dire qu'au milieu il n'y a plus de beurre, il n'y a plus de viande, il n'y a plus rien du tout. Le sandwich de la mort, ça existe depuis une éternité chez Caterpillar."

C'est vraiment un choix délibéré de tuer Gosselies et de partager sa dépouille entre différents sites

Autrement dit, c'est le siège de Caterpillar à Genève qui peut influer sur la rentabilité ou non d'un site particulier en Europe. Le "sandwich de la mort" est préparé dans la cuisine suisse de Caterpillar, là où se décident le prix d'achat des matières premières et le prix de vente des machines. Et c'est cela qui, petit à petit, a étouffé le site de Gosselies en le privant de ses profits et de ses moyens d'actions.

"Si Caterpillar Gosselies est entre ces deux domaines-là – donc le fait qu'on achète de plus en plus cher la matière première et qu'on vend de moins en moins cher le bulldozer fabriqué chez Caterpillar –, eh bien les deux extrêmes se rapprochent et il ne reste plus rien au milieu du sandwich", commente Jean-Marie Hoslet.

"Il est donc clair que, systématiquement, si Caterpillar voulait que Gosselies gagne de l'argent, il aurait suffi de baisser les prix de vente des sous-ensembles, qu'ils maîtrisent eux-mêmes, et d'augmenter le prix de vente de la machine, qu'ils maîtrisent eux-mêmes aussi. Caterpillar aurait alors pu déclarer des chiffres gigantesques."

"Et malgré ça, malgré tout ce qu'ils ont pu faire, Caterpillar était en bénéfice à Gosselies, et Caterpillar payait de l'impôt. Donc on n'est pas dans une faillite, on n'est pas dans une restructuration... On est dans un redimensionnement face à une surcapacité mondiale. C'est vraiment un choix délibéré de tuer Gosselies et de partager sa dépouille entre différents sites", conclut le ssecrétaire de la CSC-Metea Hainaut.

Articles recommandés pour vous