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Le Royaume-Uni révulsé par la décapitation de l'otage Alan Henning

Le Royaume-Uni révulsé par la décapitation de l'otage Alan Henning
03 oct. 2014 à 20:35 - mise à jour 04 oct. 2014 à 15:355 min
Par Belga News

La vidéo intitulée "un nouveau message à l'Amérique et à ses alliés", a été réalisée selon le même scénario que lors des exécutions précédentes de deux Américains et d'un Britannique.

Alan Henning ne prononce qu'une brève phrase, avant que son bourreau ne reprenne la parole pour accuser le parlement britannique d'être responsable de sa mort.

Le bourreau, dont la voix semble avoir été altérée électroniquement, a néanmoins un accent britannique et semble être le même, selon SITE, que celui qui a assassiné l'otage britannique David Haines, mi-septembre.

A la fin de cette vidéo, qui ne dure qu'une minute et 11 secondes, l'EI présente aussi un autre otage américain, Peter Kassig.

Alan Henning est le quatrième otage occidental exécuté de la sorte par l'EI en Syrie, après les deux journalistes américains, James Foley, dont la vidéo avait été diffusée le 19 août, Steven Sotloff (vidéo diffusée le 2 septembre) et le travailleur humanitaire David Haines (vidéo diffusée le 13 septembre).

"Accablés de douleur"

L'épouse d'Alan Henning, Barbara, s'est déclarée "accablée de douleur" samedi devant le meurtre d'un "homme bien qui se souciait des autres".

"La nuit dernière nous avons reçu la nouvelle de son meurtre par l’État islamique. C'est une nouvelle que nous aurions aimé ne jamais entendre. Nous sommes effondrés par sa mort. Moi, Lucy et Adam (ses enfants) ainsi que toute la famille et les amis d'Alan sont accablés de douleur", a écrit Barbara Henning dans un communiqué.

"Alan était un homme bien qui se souciait des autres. On se souviendra de lui comme tel et nous, sa famille, sommes extrêmement fiers de lui, de ce qu'il a réalisé et des gens qu'il a aidés", a-t-elle ajouté.

Barbara Henning a également remercié tous ceux qui ont apporté leur soutien et milité pour la libération de son mari, dont le gouvernement britannique. Le frère de Barbara Henning avait estimé un peu plus tôt que "le gouvernement aurait pu faire plus".

Parallèlement, plusieurs centaines de manifestants ont protesté sous la pluie ce samedi à Londres contre les frappes aériennes britanniques en Irak lors d'un défilé qui devait se terminer devant la résidence officielle du Premier ministre David Cameron. Le cortège est parti du centre de la capitale pour se diriger vers Downing Street derrière des banderoles disant "non à Irak 3" et demandant d'arrêter de "bombarder l'Irak".

Le Royaume-Uni révulsé par la décapitation de l'otage Alan Henning
Le Royaume-Uni révulsé par la décapitation de l'otage Alan Henning - - BELGAIMAGE

Une "perversion sans limite"

Le Premier ministre David Cameron, des musulmans et les proches de la victime ont également rendu hommage au chauffeur de taxi de Manchester, enlevé en décembre alors qu'il accompagnait un convoi humanitaire en Syrie. "Le fait d'avoir été pris en otage au moment où il était en train de vouloir aider les autres, et maintenant d'avoir été assassiné montre que la perversion de ces terroristes de l’État islamique est sans limites", a dit David Cameron.

"Alan était un ami des musulmans et les musulmans vont le pleurer", a réagi Shuja Shafi, le secrétaire général du Conseil musulman de Grande-Bretagne. "L'Islam ne condamne pas seulement ces crimes mais les interdit", a rappelé Mohammed Shafiq, président de la Ramadhan Foundation.

Les amis de la victime ont insisté sur l'engagement d'Alan Henning qui, à 47 ans, était allé jusqu'à laver des voitures pour lever des fonds. "C'était quelqu'un de très généreux, d'humble et de courageux. Il s'occupait des gens, peu importe leur religion. Il aidait des enfants, des veuves, des gens que le monde entier avait abandonné", a expliqué samedi à BBC Radio 4 Majid Freeman, qui avait accompagné Alan Henning en Syrie.

"Ca me fait presque regretter d'avoir voté contre les frappes en Irak"

Le sort du travailleur humanitaire a rapidement ému et déclenché une forte mobilisation au Royaume-Uni. Sa femme, Barbara, est intervenue plusieurs fois pour demander la libération d'un homme non seulement innocent mais admirable qui "s'était porté volontaire avec ses amis musulmans pour aider le peuple syrien". La communauté musulmane britannique aussi s'est fortement impliquée avec des appels lancés par des imams ou des prières à la mosquée. "Même des personnes considérées comme des extrémistes ont appelé à la libération d'Alan Henning", a insisté auprès de la BBC Peter Neumann, directeur du Centre international d'étude de la radicalisation.

Ces appels, le fait aussi que Alan Henning venait en aide à une population majoritairement musulmane et qu'il travaillait pour le compte d'une ONG musulmane, ont fait penser à certains que si quelqu'un devait être épargné par le groupe terroriste EI, ce serait lui. Son exécution "montre clairement qu'ils (les jihadistes de l'EI) n'ont pas de limites", a souligné le professeur Peter Neumann.

L'intransigeance des jihadistes a conduit la classe politique britannique a faire front commun. Le vice-Premier ministre Nick Clegg a souligné sa détermination à "vaincre ce mal" et le leader de l'opposition travailliste, Ed Miliband a apporté son soutien au gouvernement pour traquer les auteurs de ce "meurtre choquant et barbare".

Alors qu'EI fait passer le message dans la vidéo que l'humanitaire paie le prix de la récente décision du Parlement britannique d'autoriser des frappes aériennes contre le groupe en Irak, personne au Royaume-Uni samedi n'a remis en cause cette intervention. La tendance était au contraire à un durcissement du discours. "Ça ne fait que renforcer la détermination du peuple britannique", a assuré le député conservateur Mark Pritchard. "Ça me fait presque regretter d'avoir voté contre les frappes en Irak", a souligné la parlementaire travailliste Fiona Mactaggart.

Côté belge, la réaction est similaire dans le chef du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders qui se dit "indigné" par le "meurtre répugnant" d'Allan Henning. "L'organisation EIIL qui commet quotidiennement des violations massives des droits de l'homme devra répondre de ses crimes", insiste-t-il dans un communiqué. Il rappelle que la Belgique s'est engagée dans la coalition internationale "visant à affaiblir cette organisation terroriste et venir en appui des autorités irakiennes" et ajoute que "le meurtre d'Alan Henning ne fait que renforcer la détermination de la Belgique", souligne-t-il.

Au Royaume-Uni, les plus va-t-en-guerre ont de nouveau appelé à étendre les frappes contre l'EI à la Syrie, à l'image de l'ancien chef de l'armée, Lord Dannatt. Quelques voix se sont également fait entendre pour critiquer le gouvernement britannique, qui aurait "abandonné" Alan Henning. "La Turquie est parvenue à faire libérer 49 otages. Le gouvernement britannique lui n'a rien fait. A part décider de frappes aériennes qui ont peut-être scellé le sort" d'Alan Henning, a regretté son ami Majid Freeman.

Une enquête ouverte sur un jihadiste britannique

Londres a par ailleurs dit samedi enquêter sur une vidéo mettant en scène un jihadiste présumé britannique publiée vendredi soir peu avant celle montrant l'exécution de l'otage Alan Henning par le groupe terroriste État islamique.

Cette vidéo, qui n'implique aucun otage, montre un homme proférer des insultes à visage découvert contre le Premier ministre David Cameron et appeler les musulmans britanniques au djihad.

Portant barbe et lunettes, l'homme, qui s'exprime avec un accent britannique mais dont l'identité n'est pas précisée, incite également les musulmans à semer la terreur en "terre infidèle".

Selon le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE, qui diffuse ce "message aux moudjahidines" long de deux minutes, il s'agit d'Abu Saeed al-Britani, un djihadiste britannique combattant dans les rangs du groupe terroriste État islamique.

Certains médias britanniques affirment que l'homme a travaillé dans un supermarché au sud de l'Angleterre.

"La police analyse le contenu de la vidéo, y compris pour voir s'il y a matière à des poursuites", a annoncé le gouvernement britannique.

Belga et AFP

Nouvelle décapitation état islamique

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