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Le roi Philippe visite l’hôpital du Dr Mukwege : "un acte humanitaire fort", au moment où les violences reprennent à l'est de la RDC

Le Dr Mukwege, le roi Philippe et la reine Mathilde au chevet d’une femme soignée à Panzi.

© BENOIT DOPPAGNE / BELGA

12 juin 2022 à 15:03 - mise à jour 13 juin 2022 à 07:48Temps de lecture3 min
Par Daniel Fontaine, avec Fabien Van Eeckhaut, envoyé spécial en RDC, et Belga

Au moment où le groupe rebelle M23 lance de nouvelles attaques dans la région, le roi Philippe et la reine Mathilde ont visité dimanche l’hôpital du Dr Denis Mukwege, à Panzi, près de Bukavu.

Accueilli en chanson par le personnel médical, le couple royal a visité les bâtiments de l’hôpital, dont une toute nouvelle salle d’opération. L’hôpital de Panzi bénéficie du soutien de multiples entités belges et d’une coopération scientifique avec l’ULB pour la formation de ses médecins. Philippe et Mathilde ont pu rencontrer en privé quelques femmes encore alitées et entendre leurs témoignages.

L’émotion de Philippe et Mathilde

"Nous sommes sans voix face aux témoignages de ces femmes qui ont été touchées au plus profond d’elles-mêmes", a commenté le roi. La reine Mathilde s’est dite émue et a salué le courage de ces victimes. "Nous ne vous oublierons jamais", a-t-elle ajouté.

Le médecin, Prix Nobel de la paix pour son travail avec les femmes victimes de violences sexuelles, a salué la visite royale dans "cette terre blessée de l’est de la République démocratique du Congo". "Nous rendre visite au moment où le Congo est victime d’une énième agression est un acte humanitaire fort", a souligné le Dr Mukwege.

Combats en cours dans la province voisine

Au moment même de la visite royale à Panzi, des combats faisaient en effet rage ce dimanche dans la province voisine du Nord-Kivu : l’armée congolaise y affronte les rebelles du mouvement M23. Cette rébellion tutsie, qui avait déposé les armes il y a plusieurs années, a relancé les hostilités il y a quelques semaines.

Le Dr Denis Mukwege.

Pour le Dr Mukwege, l’implication du Rwanda voisin dans cette reprise des violences ne fait aucun doute : "L’agression du Rwanda à travers le M23 n’est par une nouvelle chose. On ne peut pas dire que l’on ne sait pas que c’est le Rwanda qui soutient le M23. Ce n’est pas un mouvement spontané."

Les combats récents ont réveillé les vieux démons qui hantent la région. "Le bruit des bottes du groupe armé M23 soutenu par le Rwanda réveille les tourments de notre population, dont les trois dernières décennies ont été jalonnées de massacres horribles, de déplacements massifs de populations, mais également de viols et de violences de toutes sortes", a dit le gynécologue.

Le viol comme arme de guerre

Il souligne qu’aujourd’hui encore, le viol est utilisé comme arme de guerre : "Chaque fois qu’il y a un conflit armé, malheureusement cette arme est utilisée. C’est une arme efficace qui détruit non seulement physiquement, mais aussi psychologiquement. Elle arrive même à détruire le tissu social."

Le Dr Mukwege s’est félicité de la solidarité de la Belgique à l’égard de son hôpital et de la bonne coopération qu’il entretient avec les entités belges. Il a profité de la visite royale pour lancer un appel à la Belgique à s’engager plus pour résoudre les racines politiques de la crise : "Avec la Belgique, nous avons histoire commune. Elle a une expertise indéniable et cela lui donne une responsabilité. Elle peut jouer un rôle important par rapport à la violence que nous subissons. L’agression est claire, il faut la nommer. La Belgique peut le faire."

Devant la presse, le Dr Mukwege a dénoncé "l’humanisme à géométrie variable" de la communauté internationale.
Devant la presse, le Dr Mukwege a dénoncé "l’humanisme à géométrie variable" de la communauté internationale. © F. Van Eeckhaut / RTBF

L’agression contre le Congo n’est pas différente de celle contre l’Ukraine. Les Congolais demandent d’être traités comme les autres peuples

Le Prix Nobel de la paix a dénoncé "l’humanisme à géométrie variable" de la communauté internationale. "L’agression contre le Congo n’est pas différente de celle contre l’Ukraine. On ne peut plus fermer les yeux. Cette politique de deux poids deux mesures ne peut plus continuer. Les Congolais demandent d’être traités comme les autres peuples."

Il souligne en particulier l’impunité des auteurs des crimes commis depuis 30 ans. Leurs actes sont qualifiés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité par le rapport Mapping des Nations Unies, a-t-il rappelé. Le Dr Mukwege a une nouvelle fois plaidé en faveur de la création d’un Tribunal Pénal International pour juger ces faits commis sur le territoire congolais.

"La justice et la réparation font défaut"

Parmi l’équipe soignante de l’hôpital, la Dr Neema Rhukungu, constate que, au-delà du M23, plusieurs petits mouvements de rébellion sont en train de se réveiller. "Il y a une recrudescence de la violence, explique-t-elle. On voit arriver de nouveaux cas. Cela se passe dans un contexte où de nouvelles élections sont en vue et cela nous fait peur. Les survivants ne sont pas à l’aise. La justice et la réparation font défaut : il y a un manque de moyens et de volonté. Beaucoup de bourreaux sont parmi les décideurs."

Cette visite à l’hôpital de Panzi était la dernière étape du séjour du couple royal en RDC. La délégation dîne encore ce dimanche soir à Lubumbashi, avant un retour lundi soir en Belgique.

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