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Belgique

Le Roi et la Reine ont visité Gand pour leur première "joyeuse sortie"

Le Roi et la Reine ont visité Gand pour leur première "joyeuse sortie"
17 juil. 2013 à 04:59 - mise à jour 17 juil. 2013 à 08:574 min
Par Thomas Nagant

Dans la foule, une dizaine de manifestants flamingants ont accueilli le couple royal en criant "België Barst" et en réclamant l'instauration d'une république.

Des manifestants flamingants "accueillent" le couple royal
Des manifestants flamingants "accueillent" le couple royal RTBF

Le bourgmestre de Gand Daniël Termont et Jan Briers, le gouverneur de la province de Flandre-Orientale ont alors souhaité la bienvenue au couple royal. Deux jeunes filles leur ont offert un bouquet de fleurs. Le roi Albert et la reine Paola ont fait une petite entorse au programme officiel en prenant près d'une demi-heure pour saluer la centaine de personnes venues les accueillir à l'hôtel de ville de Gand.

Le bourgmestre a alors pris la parole, faisant allusion dans son allocution d'accueil aux grands-parents du roi Albert qui, il y a tout juste 100 ans, avaient inauguré l'exposition universelle de Gand. La visite du Roi et de la Reine à la Ghelamco Arena et au musée STAM, récemment récompensé, est un honneur pour les Gantois, a-t-il ajouté.

Les souverains ont reçu une gravure sur cuivre représentant la façade de style gothique et Renaissance de l'hôtel de ville et un album photo contenant des clichés du 19 juin 1960, lorsqu'Albert et Paola avaient visité en tant que couple princier la ville de Jacob van Artevelde.

Après une courte réception avec les membres du collège communal et des représentants des associations patriotiques, le couple a échangé des poignées de mains avec les personnes présentes durant environ une demi-heure, avant de visiter le musée STAM.

Pourquoi Gand?

Pourquoi Gand ? Lorsqu'on leur pose la question, la première réponse qui vient à l'esprit des Gantois, c'est évidemment, les charmes de leur ville. Mais une fois passé ce chauvinisme assez naturel, les Gantois nous retournent la question : "Parce que vous ne le savez pas ? " "Et pourquoi a-t-il choisi Gand ? Normalement il aurait dû choisir Anvers..."

Anvers, avec ses 400 000 habitants, c'est la première ville de Flandre, loin devant les 250 000 habitants de Gand. Daniël Termont, bourgmestre sp.a de Gand, apporte spontanément une réponse politique à la question du jour: "Je peux m'imaginer que comme à Anvers il y a désormais un bourgmestre, Bart De Wever, N-VA, qui a déjà dit à beaucoup d'occasions qu'il n'aime pas la famille royale, qu'il est un républicain et qu'il va faire tout ce qu'il peut pour ne plus avoir de famille royale en Belgique, et même ne plus avoir de Belgique; à ce moment-là je peux m'imaginer que le roi et ses collaborateurs ont décidé de venir à Gand et pas à Anvers."

Fêtes de Gand

Installations de podiums, livraison de boissons : il se trame quelque chose à Gand, ses canaux, ses nombreuses places piétonnières, tout le centre ville se prépare à la fête. Mais toute cette effervescence ne s'adresse pas nécessairement au couple royal, car le coeur de Gand battra au rythme de ses fêtes jusque fin juillet. Parmi toute ces réjouissances la visite royale passe un peu inaperçue.

On voit des drapeaux belges, mais aussi des drapeaux flamands, des drapeaux européens et ceux de la ville de Gand.

L’historien et journaliste Marc Reynebeau précise que les "Flamands en général et surtout les Gantois ne sont pas vraiment des porteurs de drapeaux. De plus, la ville de Gand a quand même une tradition assez rebelle contre tout ce qui est riche et tout ce qui est grand. Depuis le 19ème siècle, c’est une ville d’ouvriers qui ont toujours associé la richesse à l’oppression. Cet esprit est renforcé par la présence de nombreux étudiants".

Comment analyser l’évolution du sentiment royaliste en Flandre depuis la question royale ? Pour l’historien Herman Van Goethem, professeur à l’université d’Anvers, "ce qui s’est passé avec le roi Léopold III entre 1945 et 1950 a été absolument exceptionnel, dans la continuité de la seconde guerre mondiale. Avec le recul, on peut s’étonner que, si l’on généralise,  la Flandre était pro-Léopold tandis que le côté francophone l’était beaucoup moins. Puisque dès la fin du 19ème siècle les relations de la Flandre vis-à-vis de la Belgique sont déjà problématiques, dès cette époque la Flandre a plus de difficultés avec la fonction royale qui personnalise l’unité du pays. Puisque la collaboration politique était plus grande en Flandre que du côté francophone, on ne devrait pas tant s’étonner que la Flandre en général soit plus du côté du roi Léopold, qui a adopté une position problématique durant la guerre, loin de la Résistance, et loin des Alliés. En Flandre, la relation vis-à-vis de la monarchie est quand même imbibée d’une certaine méfiance, mais la bienveillance n’est pas tout à fait absente".

Marc Reynebeau complète: "La fonction royale est surtout symbolique, et pas politique ; elle porte d’autres conflits. Pendant la question royale c’était le conflit entre la gauche et la droite. Maintenant c’est le conflit communautaire. Les francophones ont adopté le Roi comme le dernier rempart contre ce séparatisme flamand. On a une vision un peu utilitaire du Roi. On l’emploie comme on peut : comme un symbole de la droite quand on est de gauche. Maintenant le Roi est le symbole de l’unité belge ; c’est une idée qui plait aux francophones et qui est conflictuelle dans une certaine partie de la Flandre. On voit vraiment la nature de la monarchie : c’est un symbole qui n’est pas toujours rationnel".

La venue d'Albert II et de Paola n'est donc qu'une raison supplémentaire de faire la fête. L'enthousiasme est clairement moins évident du côté des jeunes.

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