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"Le risque d'une épidémie n'est pas très grand": il y a un an, le tout premier article belge consacré au coronavirus

Wuhan, en janvier 2020. C'est de cette ville chinoise qu'est parti le coronavirus.
06 janv. 2021 à 12:46 - mise à jour 06 janv. 2021 à 12:46Temps de lecture5 min
Par RTBF

"China houdt adem in voor mysterieus marktvirus." La Chine retient son souffle face au mystérieux virus du marché. Ce titre, c’est celui de l’article paru le 7 janvier 2020 dans le Standaard et Het Nieuwsblad. C’est le tout premier article de fond consacré au covid-19 dans la presse belge.

Une dépêche Belga en français et en néerlandais avait succinctement délivré l’information, dès le 31 décembre 2019. Elle est peu reprise. A l’époque, personne ne voit venir la crise sanitaire qui va emporter la planète entière, pas même Marc Van Ranst de la KULeuven, l’expert alors peu connu du grand public qui sera interrogé pour la première fois sur la question, quelques jours plus tard, par la journaliste scientifique du Standaard Hilde Van den Eyde.

Chine + marché + pneumonie

Relire cette publication nous permet de constater qu’il était quasiment impossible de prévoir la pandémie qui a aujourd’hui emporté plus d’1,8 million de personnes sur terre et contaminé plus de 86 millions d’individus.

Ce que l’on sait, par contre, c’est que cette maladie est causée par un nouveau virus, répertorié par aucun virologue. La journaliste écrit : "Ce n’est pas la grippe. Ce n’est pas la grippe aviaire. Ce n’est pas un rhume. La seule chose dont on peut être certain pour le moment, c’est qu’il s’agit d’une pneumonie grave causée par un virus inconnu."

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Le ton n’est pas alarmiste. Il est prudent. Face à de telles zones d’ombre, il faut être mesuré. Ne pas plonger le lecteur belge dans la panique, encore moins quand il habite à plus de 8600 kilomètres de Wuhan (province du Hubei). C’est dans cette ville à l'est de la Chine que les premiers cas ont été découverts. A l’époque, 44 hospitalisations sont déclarées suspectes. Les malades présentent les mêmes symptômes. Certains sont alités depuis décembre.

L’épidémie de SRAS en 2002 a démarré de la même manière

Pour les spécialistes chinois, c’est l’alerte rouge. "Quarante-quatre Chinois sont hospitalisés pour une pneumonie grave après avoir visité un marché. L’épidémie de SRAS en 2002 a démarré de la même manière", écrit le Standaard. Le SRAS, syndrome respiratoire aigu sévère, est apparu en Chine avant de s’étendre à une trentaine de pays.

"Ce n’est que plusieurs mois après et 800 décès plus tard que l’épidémie a été maîtrisée grâce à des restrictions du trafic aérien et des mesures de quarantaine strictes", lit-on dans le Standaard. Quarantaine : le mot ne signifie pas grand-chose en Europe. Il va rapidement nous parler.

"Chine + marché + pneumonie : pour les virologues, cette association équivaut à une alerte rouge depuis 2002", dit encore le journal néerlandophone. Il y a une autre similitude entre les deux maladies : on attribue officiellement leur origine à des animaux (la civette via la chauve-souris pour le SRAS, le pangolin pour le covid-19), que l’on peut acheter sur certains marchés locaux. Même si des questionnements subsistent notamment pour le Covid-19 et l’hypothèse d’une fuite du laboratoire de Wuhan.

L’OMS n’a rien de plus que la rumeur

En tout cas, il faut raison garder, écrit le quotidien qui s’appuie également sur la revue spécialisée américaine "Science". "Personne ne sait si nous sommes à nouveau confrontés à un tel scénario de catastrophe. Pour l’instant, l’Organisation mondiale de la santé n’a rien de plus que la rumeur et la couverture dans les médias locaux. Les premiers signaux remontent au 30 décembre, lorsque les autorités sanitaires de Wuhan ont demandé à tous les hôpitaux du territoire de signaler des cas inhabituels de pneumonie." Résultat : 27 rapports.

44 personnes, on l’a dit, sont déjà hospitalisées "dont onze dans un état critique. Ils ont une forte fièvre et sont essoufflés ; les radios montrent des lésions étendues sur les deux poumons."

Les premières analyses de Marc Van Ranst

Interrogé pour commenter cette actualité chinoise, Marc Van Ranst dresse ses premières analyses. "La province du Hubei a parfaitement équipé des laboratoires de virologie, qui disposent du tout dernier équipement pour lire le schéma génétique d’un virus. Même s’il s’agit d’un virus totalement inconnu, on peut en tout cas déterminer à quel groupe de virus il appartient et quelles propriétés pathogènes il possède."

Le spécialiste, devenu depuis incontournable sur la question, adresse à l’époque un bon point aux autorités locales qui ont pris des mesures fortes et rapides : fermeture du marché, sa désinfection, les personnes en contact avec les 44 malades placées en observation… Le pays aurait retenu, selon lui, la leçon de 2002. "La Chine détenait les cartes pendant longtemps à l’époque. En fin de compte, le pays a dû faire appel à une aide extérieure car il ne pouvait pas contrôler l’épidémie elle-même."

La Chine dispose d’équipements pour contenir une épidémie

Cette fois-ci, c’est différent. Et même pour Marc Van Ranst, la maladie peut être contenue. "Contrairement à 2002, ils (les Chinois) peuvent se permettre de le faire cette fois. La Chine dispose désormais de suffisamment d’experts en virus, de toute la technologie nécessaire et d’hôpitaux bien équipés pour analyser et contenir elle-même une épidémie inconnue."

Il enchaîne. "Et parce que la maladie est limitée au territoire chinois pour le moment, c’est un problème chinois que les Chinois aiment naturellement garder pour eux pendant un certain temps."

Marc Van Ranst rassure aussi, dit le Standaard car il n’y aurait eu "aucun rapport de transmission interhumaine ou d’infection du personnel hospitalier en provenance de Chine". "Cela indique que l’infection ne se propage pas ou pas très facilement d’une personne à l’autre et que le risque d’une épidémie mondiale, comme à l’époque du SRAS, ne semble pas très grand", conclut l’expert.

La suite lui a donné tort. Mais comme à tout le monde, à vrai dire. A l’époque, Marc Van Ranst tweete peu sur ce nouveau virus, préférant se prendre le bec avec le Vlaams Belang. Mais lorsqu’il écrit sur le réseau social au sujet de la maladie, il insiste et fait remarquer qu'"actuellement, aucun cluster n’a été observé dans les hôpitaux. Dans le SRAS, la propagation par le personnel de santé a été un problème majeur depuis le tout début de l’épidémie. Le fait que ce ne soit pas le cas ici est un signe encourageant."

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Au fil des jours et semaines, le Chine comptera ses morts de ce mystérieux virus. Plus tard, c’est en Europe que celui-ci débarquera. Début février, le premier cas belge est signalé : c’est un ressortissant rapatrié avec huit autres Belges de Wuhan. Ce 6 janvier 2021, dans notre pays, plus de 650.000 personnes ont été contaminées, 48.000 hospitalisées et près de 20.000 sont décédées.

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