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Le retour des bons d’Etat : voulez-vous acheter de la dette belge ?

Le mode d'emploi : bons d'état

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24 mai 2022 à 11:57 - mise à jour 24 mai 2022 à 12:42Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet, avec des interviews de N. Kekatos

Dès ce mardi 24 mai, les investisseurs particuliers ont jusqu’au vendredi 3 juin pour souscrire aux nouveaux bons d’Etat proposés par l’Agence fédérale de la dette. L’Etat propose un taux de 0,70% (brut) pour le bon d’Etat à 5 ans et de 1,30% (brut) pour le bon d’Etat à 10 ans. Cela fait trois ans que ce type de produits d’investissement n’était plus proposé.

Quel est le principe ?

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Le bon d’Etat est un investissement destiné aux particuliers et aux asbl, "des personnes qui ne trouvent pas facilement le chemin vers des investissements en obligations linéaires, notre produit principal", explique Jean Deboutte, le Directeur de l’Agende fédérale de la dette. C’est "un investissement assez simple en dette d’Etat avec une durée fixe, avec un coupon annuel qui est payé à l’échéance. A l’échéance finale, on reçoit l’investissement qu’on a fait", poursuit Jean Deboutte.

Le bon d’Etat est une obligation, un emprunt à long terme qui permet à l’Etat de se financer.

Dans ce cas-ci, l’investisseur particulier peut acheter des bons d’Etat par tranche de 100 euros. Cet argent, il le prête à l’Etat qui lui versera un intérêt annuel. Cet intérêt est de 0,70% si l’on souscrit au bon d’Etat pour 5 ans. Il est d’1,30% s’il s’agit d’un bon d’Etat à 10 ans. Il s’agit d’un taux d’intérêt brut. L’intérêt sera frappé d’un précompte mobilier de 30%.  Le taux d'intérêt net du bon d'Etat à 5 ans est ainsi de 0,49%. Celui du bon d'Etat à 10 ans, de 0,91%.

Pourquoi l’Agence fédérale de la dette émet-elle ces bons maintenant ?

La dernière offre de bons d’Etat belges remonte à il y a trois ans. Après cette dernière émission, l’Agence fédérale de la dette avait temporairement arrêté d’émettre des bons d’Etat parce que les taux d’intérêt étaient trop bas. "La dernière émission s’était faite à un taux de 0,55%. Trois mois plus tard, on était encore plus bas et cela ne valait plus la peine d’offrir ce produit", rappelle Jean Deboute, de l’Agence fédérale de la dette.

A présent, les taux sur les marchés obligataires sont remontés à des niveaux un peu plus élevés, de quoi amener à l’Agence de la dette à proposer des taux d’intérêt de 0,70% et 1,30% et lui permettre d’espérer séduire les investisseurs particuliers et les asbl. Pour l’Agence de la dette, c’est aussi l’occasion d’emprunter à des conditions intéressantes, surtout si la remontée des taux se poursuit.

Comment se procurer ces bons d’Etat ?

Deux possibilités s’offrent à l’investisseur qui serait intéressé par ces bons d’Etats. Soit il se dirige vers sa banque. "Les banques peuvent vous livrer ce produit sur votre compte titres. Il faut normalement avoir un compte titres auprès de la banque", explique Jean Deboutte, Directeur de l’Agence fédérale de la dette.

Autre solution, s’adresser directement à l’Agence fédérale de la dette. "Il y a, sur notre site web, l’application qui permet une souscription en ligne, dans ce qu’on appelle le Grand livre. Là, la gestion est gratuite parce qu’il ne faut pas ouvrir de compte titres", poursuit Jean Deboutte.

Souscrire ou ne pas souscrire ?

Investir en bons d’Etat ou ne pas investir, telle est la question… Avec des taux d'intérêts bruts de 0,70% 0,49% net) ou 1,30% (0,91 net), faut-il engager son argent pour 5 ou 10 ans? "Il faut regarder la concurrence, les comptes d’épargne, les comptes à terme auprès des banques, ce ne sont pas des taux élevés non plus", réagit Jean Deboutte, de l’Agence fédérale de la dette. "Je pense qu’on est compétitif pour l’instant", ajoute-t-il.

Il est vrai qu’avec un taux d’intérêt au plancher légal de 0,11%, prime de fidélité incluse, la grande majorité des livrets d’intérêt offrent moins à l’investisseur particulier que les nouveaux bons d’Etat.

Pour certains observateurs, même à 1,30%, le taux d’intérêt des bons d’Etat reste faible. "Cela reste quand même extrêmement faible au regard de l’inflation qui, pour le moment, est de l’ordre de 8% en définition nationale et de 9% en définition européenne", explique Eric Dor, Directeur des études économiques à l’école de gestion de l’Université de Lille. "Cela veut dire que, même un intérêt de 0,7% qu’offrirait l’Etat, cela reste un intérêt réel de -8% à peu près", ajoute-t-il. "L’épargnant qui va acheter un tel bon va, comme sur les livrets d’épargne continuer à perdre énormément de pouvoir d’achat", poursuit Eric Dor.

Alors les épargnants et investisseurs particuliers vont-ils laisser l’argent sur les livrets d’épargne ou diriger une partie de leur argent vers les bons d’Etat ? Les deux produits ont des modalités pratiques différentes. Un livret d’intérêt permettra à son titulaire de retirer son argent à tout moment. L’argent placé dans un bon d’Etat, lui, ne se récupère qu’à l’échéance, 5 ans ou 10 ans, dans le cas présent. Il est toujours possible de revendre un bon d’Etat en cours de route, mais on perdra une partie de son capital de départ. C’est le marché qui fixe la valeur d’un bon d’Etat "d’occasion". De plus, à la revente avant échéance, une taxe de 0,12% sur les opérations de bourse pourrait être due.

L’évolution future des taux d’intérêt est aussi à prendre en compte. Il n’y a pas de boule de cristal pour prédire l’avenir des taux d’intérêt sur les produits d’épargne et d’investissement. Les récentes déclarations de la patronne de la Banque Centrale Européenne, Christine Lagarde laissent présager une remontée des taux, évoquant une fin des taux négatifs d’ici la fin du troisième trimestre. Cela apportera-t-il des opportunités d’investissement plus intéressantes que les bons d’Etat actuels ? La question reste ouverte.

Les bons d’Etat, une tradition bien belge

Le bon d’Etat est un produit financier prisé des épargnants et investisseurs belges. Il est peu risqué, puisque la faillite de l’Etat serait la seule raison pour laquelle on ne récupérerait pas la mise de départ.

Emprunter de l’argent aux Belges a souvent été un moyen efficace pour l’Etat de se financer. Lors de précédentes législatures, les ministres des Finances y ont eu recours.

Dans les années 90, le ministre des Finances Philippe Maystadt multiplie ainsi les "emprunts Philippe". "Philippe I", "Philippe II", et ainsi de suite jusqu’à "Philippe XVIII", sont autant de bons d’Etat qui ont permis à l’Etat belge de drainer l’épargne des particuliers. Ce sont ainsi des milliards d’euros que la Belgique a empruntés de cette manière à des taux qui feraient pâlir d’envie les épargnants d’aujourd’hui. En 1991, par exemple, l’épargnant pouvait compter sur un taux de 9,15% pour un bon d’Etat à 5 ans. Jusque dans les années 2010, les bons d’Etat ont offert des taux plus intéressants que les livrets d’épargne à qui était prêt à bloquer des fonds pour quelques années.

Ainsi, en 2011, la dette belge est mise sous pression par les marchés financiers, l’Etat belge peine à emprunter à des taux raisonnables. Le Premier ministre Yves Leterme mise alors sur les épargnants belges pour se financer à meilleur compte. Au total, ce sont 5,73 milliards d’euros que les Belges prêtent à l’Etat via des bons d’Etats à 5, 8 ou 10 ans, rémunérés à environ 4%.

Combien les bons d’Etats lancés aujourd’hui par l’Agence fédérale de la dette permettront-ils d’engranger ? La réponse sera connue après le 3 juin, date de la fin de la période de souscription.

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