Le regard social sur l'enseignement qualifiant, technique, doit changer pour mieux valoriser ces formations

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06 oct. 2021 à 09:41Temps de lecture4 min
Par Adeline Louvigny, sur base d'une séquence de Marc Sirlereau

La formation pour trouver un emploi, pour répondre à la pénurie de main-d'œuvre, l'un des points importants à l'issue des discussions budgétaires qui se tiennent actuellement au sein du gouvernement wallon.

Les formations, il y en a toute une série, elles pullulent. Il y a bien sûr l'école au sens traditionnel, mais à côté de cela, il y a la formation en alternance avec le Forem, l'IFAPME, le CEFA, les centres de compétences, etc. Mais pour bon nombre de patrons wallons, le problème est que les formations données ne correspondent pas à leurs besoins. Alors, côté politique, on dit vouloir changer les choses en rationalisant l'offre de formation, et notamment la formation en alternance, qui dépend de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

L'entreprise Desimone, une PME de 45 personnes, est installée à Farciennes, près de Charleroi. C'est une entreprise de pointe qui produit et conçoit des machines pour tous les secteurs et de tous types. Elle est vraiment très spécialisée, et fait donc inévitablement de la formation. Mais pour son patron, Frédéric Sente, c'est surtout par obligation. "La formation fait partie intégrante de notre quotidien, parce que dans certains métiers dont nous avons besoin pour réaliser nos machines, il y a des réelles pénuries. Ce sont des spécialités où il y a une vraie chasse aux talents et pas assez de filières qui sont réellement formantes, où on peut dire : "'en allant recruter une personne qui sort de cette filière-là, je vais résoudre mon problème parce que j'ai besoin d'un tourneur, j'ai besoin d'un fraiseur, j'ai besoin d'un dessinateur industriel en électricité, j'ai besoin de tout ça '. Ce sont des spécialités où on ne trouve plus personne parce qu'on ne forme plus personne."

Le regard social sur les métiers techniques

"Je dirais que malheureusement, aujourd'hui, les formations techniques de niveau supérieur, pour simplifier, jusqu'à l'âge de 18 ans, ce sont trop souvent des formations qui sont proposées à des jeunes qui sont en rupture scolaire ou qui n'ont pas trouvé leur voie et qui sont arrivés là un peu par hasard. Il y a un problème au niveau des formateurs, au niveau des enseignants techniques, on n'en trouve plus. Et deuxièmement, il y a un énorme rôle qui est très dommageable de la part des parents, des familles, du regard social que l'on a sur les métiers techniques."

Frédéric Sente prône surtout la formation en alternance et il avance des réussites, comme celle de Nathan. Il a aujourd'hui un CDI chez Desimone. Il a fait un bachelor et depuis sa première année en haute école, il a accompli tous ses stages dans cette entreprise. "À la fin de ma secondaire, je ne savais pas trop vers quoi m'orienter. J'ai donc été voir une conseillère en orientation à Louvain-la-Neuve et elle a rapidement compris qu'il me fallait une formation où on agissait et où on avait en même temps des cours sur le côté. Elle m'a donc orienté vers une formation à Liège, qui est une formation en alternance en robotique et mécatronique. Et dès la première année, on commençait avec des stages et c'est comme ça que je suis arrivé chez Desimone."

"Je pense que dans des formations comme ça, c'est important d'avoir de la théorie parce que ça nous permet d'avoir un peu une culture générale dans le secteur, etc. Parce qu'on ne peut évidemment pas tout voir dans une entreprise, on n'a pas une société qui fait tous les domaines. Et après, l'entreprise était là pour compléter l'aspect pratique parce qu'on avait également des travaux pratiques à l'école. Moi, je dirais que l'entreprise m'a vraiment permis d'apprendre le métier et que l'école m'a permis d'apprendre la culture générale de l'industrie."

Mais il arrive aussi que l'entreprise forme des personnes, sans que ça soit prévu au départ, comme pour ce travailleur intérimaire. "On a fait cette expérience il y a déjà quelques années avec Jean-Michel, qui est arrivé chez nous comme manœuvre, explique le patron de Desimone. Jean-Michel avait été en rupture scolaire parce que le système scolaire ne lui convenait pas, il est arrivé chez nous comme intérimaire à l'âge de 20 ou 22 ans, il avait une formation de maçon — je rappelle que nous fabriquons des machines de type automatisées et robotisées — et on a formé Jean-Michel, on lui a proposé des choses nouvelles, on lui a donné sa chance parce qu'il en avait fortement envie, et aujourd'hui, Jean-Michel est un technicien spécialisé et tout à fait qualifié."

Réformes en cours

il y a de nombreuses formations qui existent et qui marchent. Mais avant d'arriver à la formation, et le problème est sans doute là, il faut qu'il y ait un intérêt pour ces formations. Ça demande d'une part des entreprises qu'elles sachent attirer et motiver les gens, et il faut aussi un effort, vous l'avez entendu de la part de Frédéric Sente, des parents qui doivent aussi motiver leurs enfants qui aiment tout ce qui est formation technique, métiers techniques, et qui ne disent pas : " non, tu ne dois pas faire ça, mais tu dois choisir une autre filière ".

Il y a également une réforme importante, la réforme du qualifiant de l'enseignement technique et professionnel, qui est attendue depuis longtemps. Normalement, elle va bientôt venir sur la table et se concrétiser avec le pacte d'excellence. Il y a donc beaucoup de choses qui sont attendues et qui sont prévues, mais il y a une autre question qui se pose. Quand on parle de l'enseignement qualifiant, aujourd'hui, il faut bien dire que ça paraît trop souvent encore comme une filière de relégation, de dernier recours, et c'est un constat, un état d'esprit qu'il faut changer. Et vous savez qu'un état d'esprit, ça ne se change pas simplement par un décret.

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